‹ Le juif errant (volume 4)Chapitre 10 sur 37 · Kiiiùscun-:. i.î · texte numérisé non relu

Kiiiùscun-:. i.î

rapaccs que les Anglais... Frère , j'ai vu daii.s les rizières inaréca;reuses de cette lie , toujours mortelles à ceux qui les cultivent , des hommes que le besoin forçait à ce travail homicide , ils étaient livides comme des cadavres ; quelques-uns , exténués par la maladie , par la fatigue et par la faim, sont tombés pour ne plus se relever... Frères, la honneœiirre grandira dans ce pays.

— L'autre soir, — dit le métis, — j'étais sur le l)ord du lac , dcnière un rocher ; une jeune femme est venue , quelques lambeaux de couverture entouraient à |)eine son corps maiîjre et brûlé par le soleil ; dans ses bras elle tenait un petit enfant qu elle seiM-ait en pleuiaiit contre son sein tari. Elle a embrassé trois lois cet enfant en disant : — Toi , au moins , tu ne seras pas malheureux comme ton père ; — et elle l'a jeté à l'eau, il a poussé un cri en di.s- |)araissai!t... A ce cri, les caïmans cachés dans les roseaux ont joyeusement sauté dans le lac... Frères, ici les mères tuent leurs enfants par pitié , la Ijoiuicwur.re grandira dans ce pays.

— (]e matin, — dit le nègre, - — pendant qu'on déchirait un de ses esclaves noirs à coups de fouet , nn vieux petit homme , négociant de Batavia , est sorti de sa maison des champs pour regagner la ville. Dans son palanquin, il recevait, avec une indolence blasée, les tristes caresses de deux des jeunes lilles dont il peuple son harem, en les achetant à leurs lamillcs, trop j)auvres pour les nouj'rir. Le palan- (jiiin où se tenaient ce petit vieillard et ces jeunes

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lilles était porté par douze hoiimies jeunes et jol)u.stes. Frères , il y a ici des mères qui , par misère, vendent leurs lilles, des esclaves que l'on fouette, des hommes qui portent d'autres hommes comme des bètes de somme... la bonne-œuvre grandira dans ce pays...

— Dans ce pays... et dans tout pays d'oppression , de misère , de coiTuption et d'esclavage.

— Puissions - nous donc engager parmi nous Djalma , comme nous l'a conseillé Alahal le contrebandier! — dit l'Indien; — notre voyage à Java aurait un double profit : car, avant de partir, nous complerions parmi les nôtres ce jeune homme entreprenant el hardi , (pii u tant de motifs de haïr les hojunies.

— Il va venir... envenimons encore ses resscnlimenls.

— Rappelons-lui la mort de son père.

— Le massacre des siens...

— Sa captiv ilé.

— Que la haine enflamme son c(pur, et il est à nous... 7)

liCjiègre, (pii élait resté quehpie tejnps pensif, dit tout à coup : « Frères... si ^Jahal le contrebandier nous trompait?

— Lui ! — s'écria l'Indien prestjue avec indignalion; — il nous a donné asile sur son bateau côtiei', il a assuré notre fuite du continent ; il doit nous embarquer ici à bord de la goëlellc qu'il va connnander, et nous juener à Bombay, où nous li-ouverons des

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hàtiincnts pour l'Amérique , l'Europe el l'.AIricpic.

— Quel intérêt aurait Malial à nous Iraliir? — dit Fai'inghea. — Rien ne le mettrait à l'abri de la ven- }{eauce des fils de Bohwanic , il le sait.

— Enfiji, — dit le noir, — ne nous a-t-il pas promis que, par ruse , il amènerait Djalma à se rendre ici ce soir parmi nous?... et une lois parmi nous... il faudra qu'il soit des nôtres...

— \'est-ce pas encore le contrebandier (jui nous a dit : Ordonnez au .Malais de se rendre dans l'ajoiipa de Djahna... de le surprendre pendant son sommeil, et, au lieu de le tuer connue il le pourrai!, de lui tracer sur le bras le nom de Dobu anie ; Djalma jugera ainsi de la résolution , de l'adresse , de la soumission de nos fi-ères , et il comprendra ce que l'on doit espérer ou craindre de tels hommes... Par admiration ou par ten-eur, il faudra donc qu'il soit des nôtres!

-^ Et s'il refuse d'être à nous , malgré les raisons qu'il a de haïr les hommes ?

— Alors... Boluvanie décidera de son sori , — dil Faringhea d'un air sombre. — J'ai ïuon projel...

— ^lais le ^laliiis réussira-t-il à surprendre Djalma pendant son sommeil? — dit le lu-gre.

— Il n'est personne de plus hardi , de plus agile, de plus adroit (pu' le Malais , — dit Faringhea. — 11 a eu l'audace d'aller surprendre dans son repaire une panthère noire qui allaitai! !... il a tué la mère et eidev(' la |)eli(e femelle, qu'il a plus lard vendue à un capitaine de navire européen.

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— lip Malais a réussi! — s'écria riiidicii en |)rclant l'orrillc à im cri singulier qui retentit dans le profond silence de la nuit et des bois.

— Oui, c'est le cri du vautour emportant sa proie, — dit le nègre en écoulant à son tour, — c'est le signal par lequel nos frères annoncent aussi (|u'ils ont saisi leur proie. -

Peu de temps après, le Malais paraissait à la porte de la hutte. Il était drapé dans une grande pièce de coton i-ayée de couleurs tranchantes.

ù Kh bien? — dit le nègre avec in(jniélude, — as-tu réussi ?

— Djalma portei-a toute sa vie le signe de la hoiiuc-d'iicre ^ — dit le Malais avec orgueil; — pour parvenir jusqu'à lui... j'ai du offrir à Bolnianie un homme qui se trouvait sur mon passage ;... j'ai laissé le coi'ps sous des broussailles pi'ès de l'ajoupa. Mais Djalma... porte notre signe. Mahal le contrebandier la su le premier.

— Et Djalma ne s'est pas réveillé?... dit l'Indien , confondu de l'adresse du Malais.

— S'il s'était réveillé, — répondit celui-ci avec calme, — j'étais mort... puisque je devais épargner sa vie.

— Parce que sa \ie peut nous être plus utile (pic sa mort, — reprit le métis. — Puis s'adressani au .Malais : — Frère, en risquant ta \ie pour la honiun'urrc , tu as fait aujoui'd'luii ce que nous avons fait hier, ce (pie nous ferons demain... Aujourd hui tu obéis, un autre jour tu commanderas.

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— \oiis appartenons tons à Boliuaiiic, — dit le .Malais. — Que laut-il encore faire?... je suis prêt. -

Kn parlant ainsi , le Malais faisait face à la perle de la masnre ; tont a conp , il dit à \ ()i\ basse : w \ oici Djalina, il approche de la cabane; Mabal ne nous a pas ti'onipés...

— Qu'il ne me voie pas encore, — dit FarLnjjhcii en se retirant dans un coin obscur de la cabane et se cachant sous luie natte, — tâchez de le convaincre... s'il résiste... j'ai mou projet... -

A peine Farinjjhea a\ ait-il dit ces mots et disparu , que Djalma arrivait à la porte de cette masure.

A la vue de ces trois personnajjes à la physionomie sinistre , Djalma recida de surprise. Ijjuoraut que ces hommes appartenaient à la secte do^ Phansejjars , et sachant que souvent , dans ce pays où il n y a pas d'auberjjes, les voyajjcurs passent les nuits sous la tente ou dans les ruines qu'ils rencontrent, il fit un pas vers eux. Lorsque son premier étonnement fut passé , reconnaissant au teint bronzé de 1 un de ces hommes, et à son costume , qu il était Indien , il lui dit en lan;;uc indoue : - Je croyais trouver ici un Européen... un Français...

— Ce Français n'est pas gjicoi'c venu, — répondit l'Indien , — mais il ne tardei-a pas. -

Devinant à la ([uestion de Djalma le moyen dont s'était servi Alahal poui- l'attirer dans ce pié*]e , l'Indien espérait ;]a;juer du temps eu prolonjieanl cette erreur,

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