‹ Le juif errant (volume 4)Chapitre 15 sur 37 · I.\ IKMrF.iK. S · texte numérisé non relu

I.\ IKMrF.iK. S

Lu jjraïul navire (li'senipaiT , ne juuijjiianl plus que sous des lambeaux de voiles fixés à des trouçous (le mâts , dérive vers la côte.

Tantôt il roule sur la croupe monstrueuse des \atjues, tantôt il plonge au fond de leurs abîmes.

In éclair brille... il est suivi d'un bruit sourd k peine perceptible au milieu du fracas de la "tempête... Ce coup de canon est le dernier signal de détresse de ce bâtiment , qui se perd et court malgré lui sur la côte.

A ce moment, un bateau à vapeur, surmonté de son panacbe de noire fumée , venait de l'est et allait flans l ouest ; faisant tous ses efforts pour se main- (enir éloigné de la côte , il laissait les récifs à sa gauclie.

Le navire démâté devait, d'un instant à l'autre , passer à l'avant du bateau à vapeur, en courant sur les roches où le poussaient le vent et la marée.

Tout à coup un violent coup de mer coucha le baleau à vapeur sur le flanc ; la vague énorme , furieuse , s'abattit sur le pont ; en une seconde la cheminée fut renversée, le tambour brisé, une des roues de la machine mise hors de service;... une seconde lame , succédant à la première , prit encore le bâtiment par le travers , et augmenta tellement les avaries , que , ne gouvernant plus , il alla bientôt à la côte... dans la même direction que le trois-màts.

Mais celui-ci, quoicjue plus éloigné des récifs, offrant au vent cl à la mer une plus grande surface que le baleau à vapeur, le gagnait de vitesse dans

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leur (lériic coniimiiii' , cl il s'en rapproelui l)ieut«U asHCZ pour qu'il y rut à craindre \\n abordajjc entre les (lcii\ bàtiniciils... nomcaii dunjfcr ajouté à toutes les horreurs d'un uaulragc alors certain.

Le trois mâts , navire an«|lais , nommé le Black* F.aijle , venait d'Alexandrie , d'où il amenait des passagers (|ui , arrivés de l'Inde et de Java par la mrr RoujjC sur le bateau à vapeur le Rtnjter, avaient (fuitté ce bâtiment pour traverser l'isthme de Suez. Le Blar/i-Eof/lc , en sortant du détroit de Gil)raltar. avait été relâcher aux Acores, d'où il airivait alors... Il faisait voile pour Portsmoutli lorsqu'il lut assailli par le coup de vent du noi'd-onesl qni rejouait alors dans la ]\Ianche.

Le bateau à vapeur, nommé le (hiillaume-Tell , arrivait d'Allemajjne par l'Elbe ; après a\oir passé à Hambonry , il se dirijjcait vers le Havre.

Ces deux bâtiments , jouets de lames énormes . poussés par la tempête , entraînés par la marée, cool'aient sur les réciis avec une effrayante rapidité.

Le pont de chaque navire offrait un spectacle terrible ; la mort de tous les passagers paraissait ce' tainc , car une mer affreuse se brisait sur des roches vives au pied d'une falaise à pic.

fiC capitaine du Blark-Eogle , debout à l'an'ièi-e , se tenant à un débris de nuiture , donnait dans cette extrémité terrible ses derniers oi'drcs avec un courageux sang-froid. Les enjbarcations avaient été enlevées par les lames. Il ne fallait pas songer à mettre la chaloupe à flot ; lu seule cliance de salut, dans le

i.\ tempktf: S"

(•!»s où le navire ne se briserait pas (oui d abord en londianl le l)anc des roclier:* , était détal)lir, au moyen d'un câble porté sur les roches , un ra-etricnt, sorte de communication des plus dangereuses entre la terre et les débris d'un navire.

Le pont était couvert de passagers dont les cris et l'épouvante augmentaient encore la confusion génorale.

Les uns, frappés de stupeur, cramponnés au\ râteliers des haubans , attendaient la mort avec une insensibilité stupide ; d'autres se tordaient les main> avec désespoir, ou se roulaient sur le pont en poussant des imprécations teiTibles.

Ici , des femmes priaient agenouillées : d'autres cachaient leurs figures dans leurs mains, comme pour ne pas voir les sinistres approches de la mort : un»jeune mère , pâle comme un spectre . tenant son enfant étroitenient serré contre son sein , allait , suppliante, d'un matelot à l'autre, offrant, à qui se chargerait de son fds, une bourse pleine d'or et des bijoux qu'elle venait d'aller chercher.

(À's cris , ces frayeurs , ces larmes , contrastaient avec la résignation sombre et taciturne des marins. Reconnaissant l'imminence d'un danger aussi effrayant qu inévitable, les uns, se dépouillant dune partie de leurs i ètements , attendaient le moment de tenter un dernier effort pour disputer leur vie à la fureur des vagues; d'autres, renonçant à tout espoir, bravaient la mort avec une indifférence stoïque.

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