I.A FEMME DE DAGOBERT
peine la brunie , deux hommes , an'ètés dans l'angle de l'un de ces murs énormes, échangeaient quelques paroles.
it Ainsi, — disait l'un, — c'est bien entendu... vous resterez dans la rue jusqu'à ce que vous les ayez vus entrer au numéro 5.
— C'est entendu...
— Et quand vous les aurez vus entrer, pour mieux encore vous assurer de la chose vous monterez chez Françoise Baudoin...
— Sous le prétexte de demander si ce n'est pas là que demeure l'ouvrière bossue , la sœur de cette créature surnommée la l'eine Bacchancil. . .
— Très-bien... Quant à celle-ci, tâchez de savoir exactement son adresse par la bossue ; car c'est trèsimportant : les femmes do cette espèce dénichent comme des oiseaux, et on a perdu sa trace...
— Soyez tranquille... Je ferai tout mou possible auprès de la bossue pour savoir où demeure sa sœui*.
— Et pour vous doimer courage, je vais vous attendre au cabaret en face du cloître ; et nous boirons un verre de vin chaud à votre retour.
— Ce ne sera pas de refus, car il fait ce soir un froid diablement noir.
— Xe m'en parlez pas ! ce matin l'eau gelait sur mon goupillon , et j'étais roide comme une momie sur ma chaise à la porte de l'église. Ah, mon garçon! tout n'est pas roses dans le méfier de donneur d'eau bénite...
— ■ Heureusement, il y a les profits... n. 9
|:U) I.K .M IF KHRAVT.
— Allons, bonne cliancf... X'onhiioz pas, nunK'i'o 5^. la pelilp allée à cofé de la lioiifiqne fin leiiitui'ier.
— • (j'est dit, r'es( dit...
Va les deux hommes se séparèrent.
L'un ;fa;]nu lu place du Cloître ; l'auti-e se dirigea au contraire vers l'extrémité de la ruelle qui débouche rue Saint-AIen'y, et ne fut pas lonjrtemps à trouver le numéro de la maison qu'il cherchait : maison haute et étroite, et, comme toutes celles de cette rue, d'une triste et misérable apparence.
De ce moment, l'homme conmiença de se promener de lon|{ en larjfe devant la porte de l'allée du numéro 5.
Si l'extéi'ieur de ces demeures était repoussant, rien ne saurait donner une idée de leur intérieur luj{ubre, nauséabond; la maison numéro 5 était surtout dans un état de délabrement et de malpropi'ele affreux à voir...
L'eau qui suintait des murailles ruisselait dans l'escalier sombre et boueux; au second étaji^e, on avait mis sur l'étroit palier quelques brassées de paille pour que l'on pùl s'y essuyer les pieds; mais cette paille, chanjîée en fumier, au,q[mentait encore cetle odeur énervante, inexprimable, qui résulte du manque d'air, de l'humidité et des putrides exhalaisons des plombs : car quelques i-ares ouvertures, pratiquées dans la caj^e de l'escalier, y jetaient à peine quelques lueurs d'une lumière blafarde.
Dans ce quartier, l'un des plus populeux de Paris,
LA FËNniE »K DAG(mEKT. 1.11
cps maisons sordides, froides, malsaines, sont crénéralement habitées par la classe ouvrière, qui y vit entassée. La demeure dont nous parlons était de ce nombre.
{ n teinturier occupait le rez-de-chaussée ; les exhalaisons délétères de son officine augmentaient encore la fétidité de cette masure. De petits ménages d'artisans, quelques ouvriers travaillant en chambrées, étaient logés aux étages supérieurs ; dans l'une des pièces du quatrième demeurait Françoise Baudoin, femme de Daaobert.
l ne chandelle éclairait cet humljle logis, composé d'une chambre et d'un cabinet ; Agricol occupait nne petite mansarde dans les combles.
l n vieux papier d'une couleur grisâtre , cà et là h'ndu par les lézardes du mur, tapissait la muraille où s'appuyait le lit; de petits rideaux, iixés à une tringle de fer, cachaient les vitres ; le carreau , non ciré , mais lavé, conservait sa couleur de brique ; à l'une des extrémités de cette pièce était un poêle de fonte rond contejiant une marmite où se faisait la cuisine ; sur la commode de bois blanc peint en jaune veiné de brun, on voyait une maison de fer en miniature, chef-d'œuvre de patience et d'adresse, dont toutes les pièces avaient été façonnées et ajustées par Agi'icol Baudoin (lils de Dagobert).
In christ de plâtre , accroche au mur et entouré (le plusieurs rameaux de buis bénit, quelques images de saints grossièrement coloriées, témoignaient des habitudes dévotieuses de la femme du sohlat : une