‹ Le juif errant (volume 5)Chapitre 29 sur 31 · V. Iii · texte numérisé non relu

V. Iii

:IM LE Jl IF ERRAXT.

lemague, (ont ce que je puis jurer, c'est que vous êtes un excelleul...

— Allons , allons , n'exagérons rien , — dit Rodiii eu interrompant Rose -Pompon , — dites un bon vieux brave bomme et rien de plus , ma cbère fille. Mais voyez donc comme les choses s'enchaînent quelquefois ! Je vous demande un peu qui m'aurait dit , lorsque j'entendais frapper ù ma porte , ce qui m'impatientait fort , je l'avoue , qui m'aurait dit que c'était une petite voisine qui, sous le prétexte d'une mauvaise plaisanterie , me mettait sur la voie d'une bonne action?.,. Allons, donnez courage à votre amie... ce soh' elle recevra un secours, et, ma foi, confiance et espoir! Dieu merci! il est encore de bonnes gens sur la terre.

— Ah! monsieur... vous le prouvez bien.

— Que voulez-vous? c'est tout simple: le bonheur des vieux,,. c'est de voir le bonheur des jeunes... 1)

Ceci fut dit par Rodin avec une bonhomie si parfaite, qne Rose-Pompon sentit ses yeux humides, et reprit tout émue : « Tenez, monsieur, Géphyse et moi , nous ne sommes que de pauvres filles ; il y en a de plus vertueuses , c'est encore vrai ; mais nous avons, j'ose le dire, bon cœur: aussi, voyezvous, si jamais vous étiez malade, appelez-nous; il n'y a pas de bonnes sœurs qui vous soigneraient mieux que nous... C'est tout ce (pie nous pouvons vous offrir; sans conqitcr Philémon , que je ferais se scier en (pialre morceaux pour \ons ; je m'y en-

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gage sur l'Iioimeur; comme Ccphyse, j'en suis sûre, s'engagerait aussi pour Jacques , qui serait pour vous à la vie , à la mort.

— Vous voyez doue bien, chère fille , que j'avais raison de dire : tète folle, bon cœur... Adieu et au revoir! d

— Puis Rodin , reprenant son panier , qu'il avait posé à terre à cote de son parapluie , se disposa à descendre l'escalier.

«D'abord vous allez me donner ce panier-là, il vous gênerait pour descendre , — dit Rose-Pompon en retirant en effet le panier des mains de Rodin , malgré la résistance de celui-ci. Puis elle ajouta : — Appuyez-vous sur mon bras : l'escalier est si noir... vous pourriez faire un faux pas.

— Ma foi , j'accepte votre offre , ma chère fille , car je ne suis pas bien vaillant. t>

Et s'appuyant paternellement sur le bras droit de Rose-Pompon , qui portait le panier de la main gauche, Rodin descendit l'escalier et traversa la cour.

« Tenez, voyez-vous là-haut , au troisième, cette grosse face collée aux carreaux? — dit tout à coup Rose-Pompon à Rodin en s'arrètant au milieu de la petite cour, — c'est Xini-Moulin... Le reconnaissezvous?... Est-ce bien le votre?

— C'est le mien , — dit Rodin après avoir levé la tcte ; et il fit de la main un salut très-affectueux à Jacques Dumoulin, qui, stupéfait, se retira brusqucmejit de la fenêtre.

— Le |)auvrc garçon!... Je suis sur qu'il a peur

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(le moi... depuis sa mauvaise plaisanterie, — dit Rodin en souriant, — il a bien tort..."

Et il accompagna les mots // a bien tort d'un sinistre pincement de lèvres dont Rose-Pompon ne put s'apercevoir.

a Ah çà! ma chère lille, — lui dit-il lorsque tous deux entrèrent dans l'allée , — je n'ai plus besoin de votre aide; remontez vile chez votre amie, lui donner les bonnes nouvelles que vous savez.

— Oui, monsieur, vous avez raison, car je grille d'aller lui dire quel brave homme vous êtes. »

Et Rose-Pompon s'élança dans l'escalier.

.'. Eh bien!... eh bien!... et mon panier qu'elle emporte, cette petite folle! — dit Rodin.

— Ah! c'est vrai. .. Pardon, monsieur, le voici... Pauvre Géphyse ! va-t-elle être contente ! Adieu , monsieur. i

Et la gentille figure de Rose-Pompon disparut dans les limbes de l'escalier , qu'elle gravit d'un pied alerte et impatient.

Rodin sortit de l'allée.

i Voici votre panier, chère dame , — dit-il en s'arrètant sur le seuil de la boutique de la mère Arsène. — Je vous fais* mes très-humbles remercinients... de votre obligeance...

— Il n'y a pas de quoi, mon digne monsieur; c'est tout à votre service... Eh bien, le radis était-il bon ?

— Succulent , ma chère dame , succulent et excellent.

LKS COXSKII.S. ^45

— Ail! jVn suis bion aiso. Vous roin*ra-(-on hioufùt?

— JVspère que oui... Mais pourrirz-vous m'iniliquer un bureau de poste voisin ?

— En détournant la rue à gaucbe , la troisième maison , chez l'épicier.

— Mille remercîmcnts.

— Je parie que c'est un billet doux pour votre bonne amie , — dit la mère Arsène , probablement mise en gaieté par le contact de Rose-Pompon et de \ini-Moulin.

— Eb!.., eh!... eh!... cette chère dame, — dit Rodin en ricanant; puis, redevenant tout à coup parfaitement sérieux, il fit un profond salut à la fruitière en lui disant : — Votre serviteur de tout mon cœur... ^ Et il 'fagna la rue.

Nous conduirons maintenant le lecteur dans la maison du docteur Baleinier , où était encore enfermée mademoiselle de Cardoville.

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