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Rodin , malgré sa surprise et son inquiétude, ne sourcilla pas ; il commença par fermer sa porte après soi , remarquant le coup d'œil ciuMeux de la jeune fille ; puis il lui dit avec bonhomie :
« Qui demandez-vous , ma chère fille ?
— ]\Ionsieur Rodin, — reprit crânement Rose-Pompon en ouvrant ses jolis yeux bleus de toute leur grandeur, et regardant Rodin bien en face.
— Ce n'est pas ici... — dit-il en faisant un pas pour descendre. — Je ne connais pas... Voyez plus haut ou plus bas.
— Oh! que c'est joli! Voyons... faites donc le gentil , à votre Age ! — dit Rose-Pompon en haus-
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sauf Ips épaulos, — conimr si on no savait pas qiip c'pst vous qui vous appelez AI. Rodin.
— Gharlemagnc, — dit le socius en s'inclinant, — Cliarlemagne, pour vous servir, si j'en étais capable.
— Vous n'en êtes pas capable, — repondit Rose- Pompon d'un ton majestueux , et elle ajouta d'un air narquois : — Xous avons donc des cachettes à
e nom
la minon-niinette , que nous changeons d
Xous avons peur que maman Rodin nous espionne?
— Tenez , ma chère fille , — dit le socius en souriant d'un air paterne, — vous vous adressez bien : je suis un vieux bonhomme qui aime la jeunesse... la joyeuse jeunesse. . . Ainsi amusez-vous , même à mes dépens... mais laissez-moi passer, car l'heure me presse... — Et Rodin fit de nouveau un pas vers rescalier.
— Monsieur Rodin , — dit Rose-Pompon d'une voix solennelle , — j'ai des choses très-importantes à vous communiquer, des conseils à vous demander sur une affaire de cœur. ..
— Ahçàî voyons, petite folle, vous n'avez donc personne à tourmenter dans votre maison , que vous venez dans celle-ci ?
— Alais je loge ici , monsieur Rodin , — répondit Rose-Pompon en appuyant malicieusement sur le nom de sa victime.
— Vous? ah! bah! j'ignorais un si joli voisinage.
— Oui... je loge ici depuis six mois, monsieur Rodin.
— Waiment ! et où donc?
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— Au troisième, dans le bàfimeiit du devanl , monsieur Rodin,
— C'est donc vous qui chantiez si bien tout à l'heure ?
— lloi-meme , monsieur Rodin.
— Vous m'avez fait le plus grand plaisir , en vérité.
— \'ous êtes bien honnête , monsieur Rodin.
— Et vous logez avec votre respectable famille , je suppose ?
— Je crois bien , monsieur Rodin , — dit Rose- Pompon en baissant les yeux d'un air ingénu ; — j'habite avec grand-papa Philémon et grand'maman Bacchanal. . . une reine , rien que ça. -d
Rodin avait été jusqu'alors assez gravement inquiet, ignorant de quelle manière Rose-Pompon avait surpris son véritable nom ; mais, en entendant nommer la reine Bacchanal et en apprenant qu'elle logeait dans cette maison, il trouva une compensation à l'incident désagréa])le soulevé par l'apparition de Rose- Pompon ; il importait en effet beaucoup à Rodin de savoir où trouver la reine Bacchanal , maîtresse de Couche- tout -Xu et sœur de la Mayeux, de la Mayeux , signalée comme dangereuse depuis son entretien avec la supérieure du couvent , et depuis la part qu'elle avait prise aux projets de fuite de mademoiselle de Cardoville. De plus , Rodin espérait , grâce à ce qu'il venait d'apprendre , amener adroitement Rose-Pompon à lui confesser le nom de la
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personno donl rlle tenait que ^I. Charloina<];no s'appelait M. Rodin.
A peine la jeune fille eut-elle prononcé le nom fie la reine Bacchanal , que Rodin joijjnit les mains , paraissant aussi surpris que vivement intéressé.
a Ah î ma chère fille , — s'écria-t-il , — je vous en conjure , ne plaisantons pas... S'agirait-il, par hasard, d'une jeune fille qui porte ce surnom et qui est sœur d'une ouvrière contrefaite?...
— Oui , monsieur , la reine Bacchanal est son surnom , — dit Rose-Pompon assez étonnée à son tour ; — elle s'appelle Céphyse Soliveau , c'est mon amie.
— Ah! c'est votre amie ! — dit Rodin en réfléchissant.
— Oui, monsieur, mon amie intime...
— Et vous l'aimez ?
— Comme une sœur... Pauvre fille ! je fais ce que je peux pour elle! et ce n'est guère... Mais comment un respectable homme de votre âge connaît-il la reine Bacchanal ?. .. Ah ! ah ! c'est ce qui prouve que vous portez des faux noms...
— Ma chère fille ! je n'ai plus envie de rire maintenant, — dit si tristement Rodin, que Rose- Pompon , se reprochant sa plaisanterie, lui dit :
— ^lais enfin, comment connaissez -vous Céphyse ?
— Hélas ! ce n'est pas elle que je connais... mais un brave garçon qui l'aime comme un fou !...
— Jac(jU('s Rejinepont ?. ..
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— Autrement flifCouche-tout-\n.. A cette heure, .il est en prison pour dettes, — reprit Rodin avec
un soupir. — Je l'y ai vu hier.
— \'ous l'avez vu hier ? Alais , comme ça se trouve ! — dit Rose-Pompon en frappant dans ses mains. — Alors , venez vite , venez tout de suite chez Philémon , vous donnerez à Céphyse des nouvelles de son amant ;... elle est si inquiète !...
— Ma chère fille... je voudrais ne lui donner que de honnes nouvelles, de ce digne garçon que j'aime malgré ses folies ( car , qui n'en a pas fait. . . des folies?) — ajouta Rodin avec une indulgente bonhomie.
— Pardieu!... — dit Rose-Pompon en se balançant sur ses hanches comme si elle eût été encore costumée en débardeur.
— .Je dirai plus, — ajouta Rodin, — je l'aime à cause de ses folies ; car , voyez-vous , on a beau dire , ma chère fille , il y a toujours un bon fond, un bon cœur, quelque chose enfin, chez ceux qui dépensent généreusement leur argent pour les autres.
— Eh bien ! tenez , vous êtes un très - brave homme , vous ! — dit Rose-Pompon enchantée de la philosophie de Rodin. — ]\Iais pourquoi ne voulezvous pas venir voir Céphyse pour lui parler de Jacques ?
— A quoi bon lui apprendre ce qu'elle sait ? Que Jacques est en prison?... Ce que je voudrais, moi, ce serait tirer ce pauvre garçon d'un si mauvais pas...
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— Oh! mousiciir , faites cola, (irez Jacques de prison , — s'écria vivement Rose-Pompon , — et nous vous embrassons, nous deux Ccpliyse.
— Ce serait du bien perdu, chère petite folle, — dit Rodin en souriant ; — mais rassurez-vous , je n'ai pas besoin de récompense pour faire un peu de bien quand je le puis.
— Ainsi vous espérez tirer Jacques de prison?... »
Rodin secoua la tète et reprit d'un air chagrin et contrarié : « Je l'espérais... certainement... je l'espérais ;... mais , à cette heure... que voulez-vous? tout est changé...
— Et pourquoi donc? — demanda Rose-Pompon, surprise.
— Cette mauvaise plaisanterie que vous me faites en m' appelant ^I. Rodin doit vous paraître trèsamusante , ma chère fdle ; je le comprends : vous n'êtes en cela qu'un éclio... Quelqu'un vous auia dit : a Allez dire à M. Charleinagnt; qu'il s'appelle ^I. Rodin... ça sera fort drôle... ?
— Bien sûr qu'il ne me fût pas venu à l'idée de vous appeler monsieur Rodin... on n'invente pas un nom comme celui-là soi-même , — - répondit Rose*- Pompon.
— Kh bien ! cette personne , avec ses mauvaises plaisanteries , a fait , sans le savoir , un grand tort au pauvre Jacques Rennepont.
— Ah ! mon Dieu ! et cela parce que je vous ai appelé M. Rodin au lieu de M. Charlemagne ? —
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s'écria Rose-Pompon tout alfristcc , re<{i-ettant alors la plaisanterie qu'elle avait faite à l'instigation de Aini-Moulin.
— Mais enfin, monsieur, — reprit-elle, — qu'estce que cette plaisanterie a de commun avec le service que vous vouliez rendre à Jacques ?
— Il ne m'est pas permis de vous le dire , ma chère fdle. En vérité,... je suis désolé de tout ceci pour ce pauvres Jacques... croyez-le bien; mais permettez-moi de descendre.
— Monsieur... écoutez-moi, je vous en prie, — dit Uosc-Pompon, — si je vous disais le nom de la personne qui m'a engagée à vous appeler M. Rodin, vous intéresseriez-vous toujours à Jacques ?
— Je ne cherche à surprendre les secrets de personne... ma chère fdle;.., vous avez été dans tout ceci le jouet ou l'écho de personnes peut-être fort dangereuses , et , ma foi ! malgré l'intérêt que m'inspire Jacques Rennepont, je n'ai pas envie, vous entendez bien , de me faire des ennemis , moi, pauvre homme... Dieu m'en garde ! s
Rose-Pompon ne comprenait rien aux craintes de Rodin, et il y comptait bien; car, après une seconde de réflexion, la jeune fdle lui dit: o Tenez, monsieur , c'est trop fort pour moi , je n'y entends rien ; mais ce que je sais , c'est que je serais désolée d'avoir fait tort à un brave garçon par une plaisanterie ; je vais donc vous dire tout bonnement ce qui eu est ; ma franchise sera peut-être utile à quelque chose —
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— La franchise éclaire souvent les choses ohscures, — (lit sentencieusement Rodin.
— Après tout, — dit Rose-Pompon, — tant pis pour \ini-Moulin. Pourquoi me fait-il dire des hètiscs qui peuvent nuire à l'amant de cette pauvre Céphyse ? Voilà, monsieur, ce qui est arrivé : Xini-Moulin , un jp-os farceur, vous a vu tout à l'heure dans la rue ; la portière lui a dit que vous vous appeliez M. Charlemagne. Il m'a dit , à moi : a Xou , il s'appelle Rodin , il faut lui faire une farce : Rose-Pompon, allez à sa porte , frappez-y , appclcz-le M. Rodin. Vous verrez la drôle de fij^ure qu'il fera... d J'avais promis à Xini-Moulin de ne pas le nommer ; mais, dès que ça pourrait risquer de nuire à Jacques... tant pis, je le nomme. ■>
Au nom de Xini-Moulin, Rodin n'avait pu retenir un mouvement de surprise. Ce pamphlétaire, qu'il avait fait charger de la rédaction de l'Amour du Prochah} , n'était pas personnellement à craindre ; mais Xini-Moulin, très-havard et frès-expansif après boire, pouvait être inquiétant, gênant, surtout si Rodin , ainsi que cela était probable , devait revenir plusieurs fois dans cette maison pour exécuter ses projets sur Couche-tout-Xu , par l'intermédiaire de la reine Bacchanal. Le socius se promit donc d'aviser à cet inconvénient.
u Ainsi, ma chère lllle , — dil-il à Rose-Pompon, — c'est un monsieur DesmouJiiis qui vous a engagée à me faire cette mauvaise phiisaiilcrie?
— Xon pas Desmoulins... mais Dumoulin, — re-
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prit Rosc-Ponipou. — Il écrit dans les jourDaux des sacristains , et il défend les dévots pour l'argent qu'on lui donne; car si Xini-Moulin est un saint.... ses patrons sont saint Soiffard et saint Chicard, comme il dit lui-même.
— Ce monsieur me paraît fort gai.
— Olî ! très-bon enfant !
— Mais attendez donc , attendez donc , — reprit Rodin en paraissant rappeler ses souvenirs ; — n'estce pas un homme de trente-six à quarante ans , gros... la figure colorée?
— Colorée conmic un verre de vin rouge , — dit Rose-Pompon , — et par là-dessus le nez bourgeonné... comme une framboise
— C'est bien lui... M. Dumoulin... oh! alors vous me rassurez complètement , ma chère lille ; la plaisanterie ne m'inquiète plus guère. j\Iais c'est un trèsdigne homme que M. Dumoulin , aimant peut-être un peu trop le plaisir.
— Ainsi, monsieur, vous tâcherez toujours d'être utile à Jacques ? La bète de plaisanterie di; Xini- Moulin ne vous en empêchera pas?
— Xon, je l'espère.
— Ah ! çà ! il ne faudra pas que je dise à Xini- Moulin que vous savez que c'est lui qui m'a dit de vous appeler monsieur Rodin , n'est-ce pas , monsieur?
— Pourquoi non ? En toutes choses , ma chère lille, il faut toujours dire franchement la vérité.
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— Aluis , monsieur, \ini-AIouliii m'a lanl recommandé de ne pas vous le nommer...
— Si vous me l'avez nonmié , c'est par un trèsbon motif; pourquoi ne pas le lui avouer?. ..Du reste, ma chère fille, ceci vous regarde, et non pas moi... Faites comme vous voudrez.
— Et pourrai-je dire à Ccpiiysc vos bonnes intentions pour Jacques?
— La franchise , ma chère fille , toujours la franchise... On ne risque jamais rien de dire ce qui est...
— Pauvre Ccphysc, va-t-elle être heureuse!.. — dit vivement Rose-Pompon , — et cela lui viendra hien à propos...
— Seulement il ne faut pas qu'elle s'exagère trop ce bonheur... je ne promets pas positivement. .. de faire sortir ce digne garçon de prison;... je dis que je tâcherai; mais ce que je promets positivement... car depuis l'emprisonnement de Jacques , je crois votre amie dans une position hien gênée...
— Hélas... monsieur...
— Ce que je promets , dis-je , c'est un petit secours... que votre amie recevra aujourd'hui , afin qu'elle ait le moyen de vivre honnêtement... et si elle est sage, eh hien ! ... si elle est sage, plus tard on veiTa...
— Ah! monsieur! vous ne savez pas comme vous venez à temps... au secours de cette pauvre Ccphysc... On dirait que vous êtes son vrai bon ange... Ala foi, ([ue vous vous appeliez M. Ilodin ou AI. Char-