‹ Le Juif errantChapitre 11 sur 107 · LA SURPRISE · texte numérisé non relu

LA SURPRISE

Les orphelines, après avoir lu le journal de leur père, étaient restées pendant quelque temps muettes, tristes et pensives, contemplant ces feuillets jaunis parle temps. Dagobert, également préoccupé, songeait à son fils, à sa femme, dont il était séparé depuis si longtemps, et qu'il espérait bientôt revoir. Le soldat, rompant le silence qui durait depuis quelques minutes, prit les feuillets des mains de Blanche, les plia soigneusement, les mit dans sa poche et dit aux orphehnes :

— Allons, courage, mes enfants... vous voyez quel brave père vous avez ; ne pensez qu'au plaisir de l'embrasser, et rappelez-vous toujours le nom du digne garçon à qui vous devez ce plaisir ; car sans lui votre père était tué dans l'Inde.

— 11 s'appelle Djalma... Nous ne l'oublierons jamais, dit Rose.

— Et si notre ange gardien Gabriel revient encore, ajouta Blanche, nous lui demanderons de veiller sur Djalma comme sur nous.

— Bien, mes enfants; pour ce qui est du cœur, je suis sûr de vous, vous n'oublierez rien... Mais pour revenir au voyageur qui était venu trouver votre pauvre mère en Sibérie, il avait vu le général un mois après les faits que vous venez de lire, et au moment où il allait de nouveau entrer en campagne contre les Anglais; c'est alors que votre père lui a confié ses papiers et la médaille.

— Mais cette médaille, à quoi nous servira-t-elle, Dagobert?

— Et ces mots gravés dessus, que signifient-ils? reprit Rose en la tirant de son sein.

— Dame! mes enfants... cela signifie qu'il faut que le 13 février 4832 nous soyons à Paris, rue Saint-François, numéro 3.

— Mais pour quoi faire ?

— Votre pauvre mère a été si vite saisie par la maladie, qu'elle n'a pu me le dire; tout ce que je sais,' c'est que cette médaille lui venait de ses parents; c'était une rslique gardée dans sa famille depuis cent ans et plus.

— Et comment notre père la possédait-il?

— Parmi lés objets mis à la hâte dans sa voiture lorsqu'il avait été violemment emmené de Varsovie, se trouvait un nécessaire appartenant à votre mère, où était celte médaille ; depuis, le général n'avait pu la renvoyer, n'ayant aucun moyen de communication et ignorant où nous étions.

— Cette médaille est donc bien importante pour nous?

— Sans doute, car, depuis quinze ans, jamais je n'avais vu votre mère plus heureuse que le jour où le voyageur la lui a apportée... « 3Jaintenant le sort de mes enfants sera peut-être aussi beau qu'il a été jusqu'ici misérable, me disait-elle devant l'étranger, avec des larmes de joie dans les yeux; je vais demander au gouverneur de Sibérie la permission d'aller en France avec mes filles... On trouvera peut-être que j'ai été assez punie par quinze années d'exil et parla confiscation de mes biens... Si l'on me refuse... je resterai, mais on m'accordera au moins d'envoyer mes enfants en France, où vous les conduirez, Dagobert; vous partirez tout de suite, car il y a déjà malheureusement bien du temps perdu... et si vous n'arriviez pas le 13 février prochain, cette cruelle séparation, ce voyage si pénible, auraient été inutiles. »

— Gomment, un seul jour de retard?...

— Si nous arrivions le 14 au lieu du 13, il ne serait plus temps, disait votre mère; elle m'a aussi donné une grosse lettre que je devais mettre à la poste, pour la France, dans la première ville que nous traverserions, c'est ce que j'ai fait.

— Et crois-tu que nous serons à Paris à temps ?

— Je l'espère; cependant, si vous en aviez la force, il faudrait double quelques étapes, car en ne faisant que nos cinq lieues par jour, et même sans accident, nous n'arriverions à Paris au plus tôt que vers le commencement de février, et il vaudrait mieux avoir plus d'avance.

— Mais, puisque notre père est dans l'Inde, et que, condamné à mort, il ne peut pas rentrer en France, quand le revcrrons-nous donc?

— Et où le reverrons-nous?

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Elle était déjà presque à l'agonie... et méconnaissable. (P. 84.)

BUOÈNE SUB. — LK JUIF ERRANT. — J. ROOFF, SDIT. UV. 11.

— Pauvres enfants, c'est vrai... il y a tant de choses que vous ne savez pas! Quand le voyageur l'a quitté, le général ne pouvait pas revenir en France, c'est vrai, mais maintenant il le peut.

— Et pourquoi le peut-il?

— Parce que, l'an passé, les Bourbons, qui l'avaient exilé, ont été chassé.à leur tour... la nouvelle en sera arrivée dans l'Inde, et votre père viendra certainement vous attendre à Paris, puisqu'il espère que vous et votre mère y serez le 13 février de l'an prochain.

— Ah ! maintenant je comprends : nous pouvons espérer de le revoir, dit Rose en soupirant.

— Sais-tu comment il s'appelle, ce voyageur, Dagoberi?

— Non, mes enfants... mais, qu'il s'appelle Pierre ou Jacques, c'est un vaillant homme. Quand il a quitté votre mère, elle l'a remercié en pleurant d'avoir été si dévoué, si bon pour le général, pour elle, pour ses enfants. Alors il a serré ses mains dans les siennes, et lui a dit avec une voix douce qui m'a remué malgré moi : « Pourquoi me remercier ? n'a-t-il pas dit : Aimez-vous

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