‹ Le Juif errantChapitre 73 sur 107 · EUGÈNE SUE. — LB JUIF ERRANT. — J. ROUFF, ÉDIT · texte numérisé non relu

EUGÈNE SUE. — LB JUIF ERRANT. — J. ROUFF, ÉDIT

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546 LE JUTF ERRANT

de eetlû cachette se composait d'un panneau glissant sur des coulisses de fer, au moyen de contrepoids et d'engrenages compliqués admirablement travaillés ; c'est mon état, ça m'intéressait : je me mets à examiner ces ressorts avec eurior site malgré mes inquiétudes ; je me rendais bien compte de leur jeu, mais il y avait un bouton de cuivre dont je ne pouvais tsouver l'emploi : j'avais beau la tirer à moi, à droite, à gauche, rien dans les ressorts ne fonctionnait. Je mt? dis : ce bouton appartient sans doute à un autre mécanisme , alors l'idée me vient, au lieu de le tirer à moi, de le pousser fortement; aussitôt j'entends un petit grincement, et je vois tout à coup, au-dessus de l'entrée de la cachette, un panneau do deux pieds carrés s'abaisser de la boiserie comme la tablette d'un secrétaire ; ce panneau était façonné en sorte de boîte ; comme j'avgiiâ sans doute poussé le ressort trop brusquement, la secousse fit tomber par terre une petite médaille en bronze avec sa chaîne.

— Où tu as vu l'adresse.,, de la rue Saint-François? s'écria Dagobert,

— Oui, mon père, et, avec cette médaille, était tombée par terre yne grande enveloppe cachetée,,. En la ramassant, j'ai lu pour ainsi dire malgré moi, en grosses lettres :

— Pour M"" de Cardouille. Elle doit prendre connaissance de ces papiers à l'instant même où ils lui seront remis > Puis, au-des§ou3 de ces mots, je vois les initiales R, et G,, accompagnées d'un parafe et de celle date ; Paris, 42 novembre 1830. Je retourne l'enveloppe, je vois, sur deu-"^ cacbels qui la scellaient, les mêmes initiales R. et C, surmontî'os d'une couronne,

=A= Et ces cachets étaient intacts? demanda la Mayeux. ï= Parfaitement intacts.

— Plus de doute, alors; M"^ de Cardoville ignorait l'exislonco de ces papiers, dit l'ouvrière,

^— C'a été ma première idée, puisqu'il lui était recommandé d'ouvrir tout de suite cotte enveloppa, et que, malgré cette recommandation, qui datait de pipès de deux ans, les cacheta étaient restés intacts,

— C'est évident, dit Dagobert; et alors qu'as-tu fait?

— J'ai replacé le tout dans le secret, me promeltant d'en prévenir M"° de Cardoville; mais, quelques instants après, on est entré dans la cachette, qui avait été découverte; je n'ai plus revu M"" de Cardoville : j'ai seulement pu dire à une de ses femmes de chambre quelques mots à double entente sur ma trouvaille, espérant que cela donnerait l'éveil à sa maîtresse... Enfin, aussitôt qu'il m'a été possible de t'écrire, ma bonne Mayeux, je l'ai fait pour te prier d'aller trouver M''" de Cardoville...

— Mais cette médaille.,, dit Dagobert, est pareille à celle que les lilles du général Simon possèdent; comment cela se fuit-il?

— Rien de plus simple, mon père... je me le rappelle maintenant, M''" de Cardoville est leur parente, elle me l'a dit.

— Elle... parente de Rose et de Blanche?

— Oui, sans doute, ajouta la Mayeux ; elle me Ta dit aussi tout à l'heure.

— Eh bien, reprit Dagobert en regardant son fils avec angoisse, comprends-tu que je veuille avoir mes enfants aujourd'hui même? Comprends-tu, ainsi que me l'a dit leur pauvre mère en mourant, qu'un jour de retard peut tout perdre? Comprends-tu enfin que je ne peux pas me contenter d'un peutêtre demain... quand je viens du fond de la Sibérie avec ces enfants... pour les conduire demain rue Saint-François?... Comprends-tu enfin qu'il me les faut aujourd'hui, quand je devrais mettre le feu au couvent?

— Mais, mon père, encore une fois, la violence...

— Mais, mordieu! sais-tu ce que le commissaire de police m'a répondu ce matin, quand j'ai été lui renouveler ma plainte contre le confesseur de ta pauvre mère? « Qu'il n'y a aucune preuve; que l'on ne pouvait rien faire. »

— Mais maintenant il y a des preuves, mon père, ou du moins on sait où sont les jeunes filles... Avec cette certitude on est fort... Sois tranquille. La loi est plus puissante que toutes les supérieures de couvent du monde.

— Et le comte de Montbron, à qui M"^ de Cardoville vous prie de vous adresser, dit la Mayeux, n'est-il pas un homme puissant? Vous lui direz pour quelles raisons il est important que ces demoiselles soient en liberté ce soir, \;.:si que M"^ de Cardoville... qui, vous le voyez, a aussi un grand intérêt à être libre demain... Alors, certainement, le comte de Montbron hâtera les démarches de la justice, et, ce soir... vos enfants vous seront rendues.

— La Mayeux a raison, mon père... Va chez le comte; moi je cours chez le commissaire lui dire que l'on sait maintenant où sont retenues ces jeunes filles. Toi, ma bonne Mayeux, retourne à la maison nous attendre, n'est-ce pas, mon père?... Donnons-nous rendez-vous chez nous.

Dagobert était resté pensif, tout à coup il dit à Agricol :

— Soit... Je suivrai vos conseils... Mais suppose que le commissaire te dise : « On ne peut pas agir avant demain. » Suppose que le comte de Montbron me dise la même chose... Crois-tu que je resterai les bras croisés jusqu'à demain matin?

— Mon père...

— Il suffit, reprit le soldat d'une voix brève, je m'entends... Toi, mon garçon, cours chez le commissaire... Vous, ma bonne Mayeux, allez nous attendre; moi, je vais chez le comte... Donnez-moi la bague. Maintenant l'adresse ?

— Place Vendôme, 7, le comte de Montbron... vous venez de la part de M"' de Cardoville, dit la Mayeux.

— J'ai bonne mémoire, dit le soldai; ainsi le plus tôt possible à la rue Brise-Miche.

— Oui, mon père ; bon courage... Tu verras que la loi défend et protège les honnêtes gens...

— Tant mieux, dit le soldat, parce que sans cela les honnêtes gens seraient obligés de se protéger et de se défendre eux-mêmes. Ainsi, mes enfants, à bientôt, rue Brise-Miche.

Lorsque Dagobcrt, Agi'icol et la Mayeux se séparèrent, la nuit élait complètement venue.

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