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C"est le terme consacré par la jurisprudence

Vous ne me recouuaissez doue pas? dit Dagobert. fP. 671.)

sa pensée vers l'humble presbytère où il espérait aller bientôt vivre dans la pratique des plus saintes vertus évangéliques.

Ces idées se heurtaient confusément dans son esprit. La vue du portrait de femme, les révélations sinistres contenues dans le testament, la grandeur de vues qui s'était manifestée dans les dernières volontés de M. de Rennepont, tant d'incidents extraordinaires jetaient Gabriel dans une sorte de stupeur étonnée

EUGE>E SUE. — LE JUIF ERRVNT. — J. ROUFF, ÉDIT.

uv. So.

OÙ il était encore plongé lorsque Samuel dit au notaire, en lui présentant la clef du registre :

— Vous trouverez, monsieur, dans ce registre, l'état actuel des sommes qui sont en ma possession par suite de la capitalisation et accumulation des cent cinquante mille francs confiés à mon grand-père par M. Marins de Rennepont.

— Votre grand-père!... s'écria le père d'Aigrigny au comble de la surprise ; c'est donc votre famille qui a fait constamment valoir cette somme?

■ — Oui, monsieur, et ma femme va dans quelques instants apporter ici le coîîret qui renferme les valeurs.

— Et à quel chiffre s'élèvent ces valeurs? demanda Rodin de lairdu monde le plus indifférent.

— Ainsi que M. le notaire peut s'en assurer par cet état, répondit Samuel avec une simplicité parfaite, comme s'il se fût seulement agi des cent cinquante mille francs primitif-, j'ai en caisse, en valeurs ayant cours, la somme de deux cent douze millions cent soixante...

— Vous dites, monsieur? s'écria le père d'Aigrigny sans laisser Samuel achever, car l'appoint importait assez peu au révérend père.

— Oui, le chiffre? ajouta Rodin d'une voix palpitante, et pour la première fois peut-être de sa vie il perdit son sang-froid, le chiffre... le chiffre... le chiffre I

— Je dis, monsieur, reprit le vieillard, que j'ai en caisse pour deux cent douze millions cent soixante-quinze mille francs de valeurs... soit nominatives, soit au porteur... ainsi que vous allez vous en assurer, monsieur le notaire, car voici ma femme qui les apporte.

En effet, à ce moment, Bethsabée entra, tenant entre ses bras la cassette de bois de cèdre où étaient renfermées ces valeurs, la posa sur la table, et sortit après avoir échangé un regard affcMitueux avec Samuel.

Lorsque celui-ci eut déclaré l'énorme chiffre de la somme en question, un silence de stupeur accueiUit ses paroles. Sauf Samuel, tous les acteurs de cette scène se croyaient le jouet d'un rêve, le père d'Aigrigny et Rodin comptaient sur quarante millions... Cette somme, déjà énorme, était plus que quintuplée... Gabriel, en entendant le notaire lire les passages du testament où il était question d'une fortune de roi, et ignorant les prodiges de la capitalisation, avait évalué celte fortune à trois ou quatre millions... Aussi, le chiffre exorbitant qu'on venait de lui révéler l'étourdissait... Et malgré son admirable désintéressement et sa scrupuleuse loyauté, il éprouvait une sorte d'éb'.ouissement, de vertige, en songeant que ces biens immenses auraient pu lui apparlcnir... i\ hù seul... Le notaire, presque aussi stupéfait que lui, examinait l'état de la caisse de Samuel, ■et paraissait à peine en croire ses yeux. Le juif, muet aussi, était douloureusement absorbé en songeant qu'aucun autre héritier ne se présentait.

Au milieu de ce profond silence, la pendule placée dans la chambre voisine Dmmença à sonner lentement midi 1...

Samuel tressaillit... puis poussa un profond soupir... Quelques secondes ncore, et le délai fatal serait expiré.

Rodin, le père d'Aigrigny, Gabriel et le notaire étaient sous le coup d'un saisissement si profond, qu'aucun d'eux ne remarqua combien il était étran^^e d'entendre la sonnerie de cette pendule...

— Midi! s'écria Rodin ; et, par un mouvement involontaire, il posa ! rusquement ses deux mains sur la cassette, comme pour en prendre possession.

— Enfin ! 1 ! s'écria le père d'Aigrigny avec une expression de joie, de triomphe, d'enivrement, impossible à peindre.

Puis il ajouta en se jetant dans les bras de Gabriel, qu'il embrassa avec exaltation :

— Ah! mon cher fils... que de pauvres vont vous bénir!... Vous êtes un saint Vincent de Paul... Vous serez canonisé... je vous le jure...

— Remercions d'abord la Providence, dit Rodin d'un ton grave et ému, en tombant à genoux ; remercions la Providence de ce qu'elle a permis que tant de biens fussent employés à la plus grande gloire du Seigneur.

Le père d'Aigrigny, après avoir embrassé Gabriel, le prit par la main et lui dit :

— Rodin a raison... A genoux, mon cher fils, et rendons grâce à la Providence.

Ce disant, le père d'Aigrigny s'agenouilla et entraîna Gabriel, qui, étourdi, confondu, n'ayant plus la tête à lui, tant les événements se précipitaient, s'agenouilla machinalement.

Le dernier coup de midi sonna. Tous se relevèrent.

Alors le notaire dit d'une voix légèrement altérée, car il y avait quelque chose d'extraordinaire et de solennel dans cette scène :

— Aucun autre héritier de M. Marins de Rennepont ne s'élant présenté avant midi, j'exécute la volonté du testateur en déclarant au nom de la justice et de la loi, monsieur François-Marie-Gabriel de Rennepont, ici présent, seul et unique héritier, et possesseur des biens meubles et immeubles et valeurs de toute espèce provenant de la succession du testateur ; desquels biens le sieur Gabriel de Rennepont, prêtre, a fait librement et volontairement don, par acte notarié, au sieur Frédéric-Emmanuel de Bordcville, marquis d'Aigrigny, prêtre, qui, par le même acte, les a acceptés, et s'en trouve ainsi légitime possesseur, aux lieu et place dudit Gabriel de Rennepont, par le fait de cette donation entre vifs, grossoyée par moi ce matin, et signée Gabriel de Rennepont et Frédéric d'Aigrigny, prêtres.

A ce moment on entendit dans le jardin un grand bruit de voix. Bethsabée entra précipitamment, et dit à son mari d'une voix altérée :

— Samuel... un soldat... il veut...

Bethsabée n'en put dire davantage.

A la porte du salon rouge apparut Dagobert. Le soldat était d'une pâleur eiïrayante : il semblait presque défaillant, portait son bras gauche en écharpe et s'appuyait sur Agricol.

A la vue de Dagobert, les flasques et blafardes paupières de Rodin s'injectèrent subitement comme si tout son sang eût reflué vers son cerveau. Puis le socius se précipita sur la cassette avec un mouvement de colère et de possession si féroce, qu'on eût dit qu'il était résolu, en la couvrant de son corps, à la défendre au péril de sa vie.

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