‹ Le Juif ErrantChapitre 23 sur 43 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BARBARA, ALBIGEOIS, puis RENAUD.

l’hohme, à genoux. Albigeois! grâce! pitié!

TOUS. Non ! non !

l’iiomme , au bourreau qui lève la hache. Pitié ! si ce n’est pour mon corps , au moins pour mon ame. .. tm prêtre ?

( Entre un moine, le capuchon baisse'.)

LE MOi.\E. Qui demande un prêtre ?

l’uohhe. Moi , Barbara , sénéchal du bailliage d’Aqueville.

LE MOINE. Et moi Renaud , natif de Bar , serf il y a un an par le droit d’oppression, aujourd’hui homme libre par le droit de la force , je te déclare que tu n’en auras pas.

TOUS. Renaud ! notre chef !...

RENAUD. Amis, pom' arriver à vous en plus de sécurité, j’avais pris la livrée des soldats de Rome. {Jetant sa robe de moine.) Au diable à présent ! T u demandes un prêtre , sénéchal ? ce n’est pas à un prêtre cpie l’on se confesse parmi nous ; mais toi , esclave des nobles, par goût et par habitude , toi qui les admiies et les imites en toute occasion , tu n’ignores pas que , frappé au cœur , le chevalier, au besoin , se confesse sur la croix d’une épée... Je t’offre celle de mon poignard; confesse-toi donc!... Rien... la voix te manque?... Eh bien! tes crimes , c’est moi qui les dirai !... Né on ne sait de qui , sorti on ne sait d’où , tu t’es pris tout-à-coup de fol orgueil , orgueil que tu avais ra-

masse sous la semelle du maître et que tu nous jetais à la face, à nous qui valions mieux que toi ; tu devins bailli , sénéchal , et ton despotisme ne fit que s’accroître ; on te haïssait, on t’exécra !... Oh ! alors , il fallut t’en venger ; l’occasion était belle !

un schisme venait d’éclater les Albigeois bravaient la cour

de Rome , comme ils la bravent encore en ce moment ; Simon de Montfort et l’Inquisition marchèrent contre eux. . . aussitôt on te vit , loi , courir à Simon de Montfort et à l’Inquisition , pour leur offrir tes services... Sus aux Albigeois! criais-tu de toutes parts ; et à ce cri , le fer s’aiguisait , la fiamme s’étendait en immense incendie. Voilà, voilà tes crimes! De tout ce que tu aurais dit^ si tu en avais fait un aveu franc et sincère, ai-je omis quelque chose?

BARBARA. Oui.

RENAUD. Quoi ?

BARBARA. Mon repentir.*

RENAUD. Dieu t’absolve ! nous, jamais !

TOUS. Jamais !

RENAUD. Dans une guerre de bourreaux , il faut des bourreaux. {A l’homme qui tient lu hache.) Et maintenant , maître , à la besogne !

BARBARA, poussuiit un Cri d effroi et tombant laface contre terre. Jésus ! mon Dieu !

RENAUD. Arrête ! il serait mort de jieur avant que l’acier eût efileui é son cou , et tu ne frapperais qu’un caàivre. Allons , debout , sénéchal ! plus de couardise , retourne auprès du légat de Rome tu lui diras que nous avons dans l’ame plus

de générosité que lui , et pour preuve tu lui montreras ta tête que nous te laissons sur les épaules... Ah I j’oubliais... une torche... avant de nous quitter , il faut que nous voyions nos visages , afin que je rie du tien , et que toi tu recules , si à l’avenir tu rencontres le mien. C’est fait , va-t’en.

( On ril. )

RENAUD. Le diable t’étrangle , sénéchal de malheur. . .

BARBARA. Dieu te garde , Renaud de Bar.

( Il s'éloigne rapidement. )

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