‹ Le Juif ErrantChapitre 29 sur 43 · SATAN , PUIS LILITH · texte numérisé non relu

SATAN , PUIS LILITH

SATAN , en abbé ^ la montre en main. Aller un ti'ain de tous les diables , comme ils disent ici , est un mot qui va tomber en désuétude ; ah ! mais c’est à déshonorer l’enfer. ( Musique. Lililh sort de dessous le théâtre.) Te voilà enân , c’est bien heureux. 11 y a cinq mortelles minutes , montre en main, que je t’ai appelée, et que je t’attends.

LILITH. Monseigneur et maître voudra bien observer que j’étais à onze cent dix mille neuf cents lieues , et que le chemin va toujours en montant.

SATAN. J’ai vu un tems où nous allions aussi vite que la pensée. C’est fini , l’enfer devient vieux.

' LILITH. Aussi voilà que Satan s’est fait, non ermite , mais

SATAN. Abbé , c’est un acheminement.

LiLiTit. Qué monseigneur veuille donc bien me dire ce qu’il veut de moi. '

SATAN. Toi qui m’as aidé à séduire la première femme , et qui a entraîné le premier homme dans le péché , astucieuse Lilith , ce que j’ai à t’ordonner aujourd’hui n’est pas tout-à-fait aussi digne de toi. Mais tu ne me seras pas moins i^éable en l’accomplissant. Nous sommes en France ; Louis XY , le bien-aimé , règne ; la cour de Sardanapale ne t’a rien offert de mieux que ce que tu vas voir à Versailles.

LILITH. Oh .' bon vieux tems , que le tems de ce Sardanapale.

SATAN. Tu sais que parmi les mortels qui , en si petit nombre , sont restés dans les voies de leiu salut, il n’en est point qui ^ m’aient causé autant de jalousie que la fille d’Ahasvérus. Je , suis indigne , déshonoré à mes propres yeux , bon à pendre au dernier clou à crochet du garde-meuble infernal, si Esther n’est ]>as des miens.

LILITH. D’autant que tu as déjà la moitié la plus précieuse

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d’elle-même , son Manassès qu’elle n’a pas cessé d’aimer jusqu’à l’heure de sa deimière mort.

SATAN. Elle est ici'.

LILITH. Estlicr?

SATAN. J’ai fait découvrir son tombeau dans le cimetière de Saint-Laurent où de pieux missionnaires font en ce moment des fouilles pour l’établissement d’une fbirc qu’ils veulent mettre à la mode ; par mes soins Isaac en a été instruit , et selon le pouvoir qui lui a été donné , il a rappelé sa fille à la lumière.

LILITH. Il est donc aussi à cette cour.

SATAN. Il y est sous le nom de comte de Saint-Germain ; on le prend pour un alchimiste , un sorcier , presque un diaÛe ! ah I ah ! ail ! Le roi l’aime beaucoup. Le chef de la police fournit aux frais de son équipage. Or donc , la petite à peine ressuscitée a été amenée à Y ersaiUes , dans cette maison qu’on nomme le Parc-aux-Cerfs , et l’ami Ahasvérus i^ore où elle est. Louis le bien-aimé ne la verra pas impunément ; il est comme ce nôti'e empereur romain qui aurait souhaité que le genre humain n’eût qu’une tète pour la pouvoir abattre d’un seul coup. Il voudrait que toutes les femmes de son royaume (toutes les femmes jeunes et jolies) n’eussent qu’un seul cœur afin de le pouvoir conquérir d’une seule fois.

LILITH. Bon roi ! mais Estlier lui résistera peut-être ?

SATAN. Aucune n’a résisté jusqu’ici; mms, enfin, c’est pour cda que je t’ai fait venir. Tu sauras qu’au Parc-aux-Cerfs on tient de jeunes recluses, fillettes à peine sorties de l’enfance et enlevées à leurs parens. Il y en a une que le bon prince préfère à toutes les autres , M’*' Rosalie ; ce matin , elle a négligé ses petites oraisons ; pour ce moment elle m’appartenait de droit. Je me suis doucement approché d’elle, et d’une main (de magrande main de Satan), lui saisissant la taille ainsi (// fait ce jeusurune tabalieré), je lui appliquai l’autre en même tems sur la tête... comme cela. Alors je fis ce simple mouvement de rotation, etl’ame de M"' Rosalie, cette petite ame, si ténue, si mignonne, s’échappa en poussant un petit cri aigu ( il fait crier sa tabatière ') , et alla tomber , la tête la première , dans l’immense gouffre où est mon Parc-aux-Cerfs, à moi.

LILITH. C’est elle , sans doute, que j’ai rencontrée en venant;* elle faisait des cabrioles qui m’ont beaucoup amusée.

SATAN. Sa frêle dépouille est en ce moment sur son lit parfumé , où elle a l’air de dormir du sommeil le plus paisible. Rends-toi auprès d’elle ; passe dans ce corps enfantin. . . assez

grand pour te loger, et que Louis ne s’aperçoive de rien. Tu verras Esther, tu t’insinueras dans ses amitiés , et tu la conduiras doucement, innocemment, à faire le grand pas qu il est nécessaire quelle fasse pour être définitivement à moi. ^ MLiTH. C’est dit, maître. (Musique.) Mais qu est-ce que c est

que cela?

SATAN. C’est Isaac, laisse-nous.

lui-même , le comte de Saint-Germain ;

( Lililh sort )

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