‹ Le Juif ErrantChapitre 34 sur 43 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes , le Roi.

TOUS. Le roi!

LE ROI. Eh bien 7 quel air singulier vous avez tous ! est-ce que je suis importun? dites une parole, je me retire.

M™' DE POMPADOUR. Importun! vous, sire! Ah! quel mot est sorti de votre bouche !

LE ROI, à la marquise. Ma chère amie , vous oubliez toujours nos conventions ; vous savez qu’au Parc-aux-Cerfe je ne suis plus le roi.

ISAAC , à part. Oh ! si je pouvais m’éloigner , biir avec elle .

LE ROI , apercevant Esther. Mais que vois-je? qu’esl-ce que cela?

ISAAC , troublé. Sire , c’est. . .

LE ROI. Cette jeune personne est vraiment charmante.

ISAAC, bas à Esther. Voilà un des plus grand dangers que tu aies couru. Ne me nomme point ton père, le souvenir de Manassès peut seule te protéger ici.

LE ROI , regardant Esther. Je n’avais pas encore soupé avec une nonne , l’idée est plaisante. ( S’approchant d’Esther et lui prenant la main. ) Ma sœur, -je vous vois ici avec plaisir. La règle de la maison n’est pas trop austère , et nous ne négligerons rien pour qu’elle vous paraisse agréable.

ESTHER. Seigneur.

NERI , au coadjuteur, avec intention d’étre entendu. Que le roi a d’esprit ! qu’il est galant et chevaleresque !

LE ROI. Allonsi^Uons .'.loin de, nous les soucis du tr&oo.ét des affaires! que l’étiquette soit bannie, livrons-nous au plaisir et gaîté. (/4 la marquise.) Toi la seule reine, toi l’enchanteresse de ces lieux, allons, Jeannette, fais-nous d’abord servir le souper.

M“' DE POMPADOüR. Retirez-vous , Lebel, et que les portes soient closes.

ISAAC, à LeM. Un moment. {À lui- même.) Ou\ , cela pourra faire diversion au péril... {Bas au roi.) Sire, il y a là dans les jaidins un jeune gortilhomme de mes amis , dont je connais la famille depuis...

LE ROI , riartt. Depuis deux ou trois mille ans, n’est-ce pas ?

IRAAC. Non ! mais depuis près de cinq siècles.

DE POMPADOÜR, riant. Ah! ah ! ah ! cinq siècles.

SARTINES.' Jongleur.

LE ROI , riant encore. Ah ! ah ! ah ! tu fais mon bonheur, je t’aime à la folie , comte de Saint-Germain. Eh bien , donc ! ton ami , quel est-il?

iSAAC. Sire , c’est le comte Jean Duharry.

LE ROI. Ah ! le plus mauvais sujet de France et de Navarre.

ISAAC. H est accompagné de la plus jolie fille du vieux continent.

LE ROI. Plus jolie quë cette... nonne ?

ISAAC. Cent fois.

LE ROI , oioement. Lebel , dis au cODite Jean ‘Duharry qu’il entre; je l’invite à souper, avec moi.

M»» DE POHPADOUR, à Sartines. Jean Duharry, ce mauvais sujet?

SARTINES. Il s’amende.

LE ROI , bas à Lebel. Tu feras entrer aussi la demoiselle qui est avec lui.

• ( Lefael sort. )

M”* DE POMPADOÜR , OU roi. Sire , vous plaît-il que nous soyons servis à tables volantes?

LE avec enjouement. Eh ! mais cela va sans dire, les tables volantes, et le Paroaux-Cerfs resteront comme les monumens de mon règne.

^11 lui remet son chapeau et sa canne, dont elle frappe trois petits cuops sur le parqnet ; une table monte toute servie et toute éclairde.)

NERi. C’est sans contredit une charmante invention.

LE ROI. Elle est due ( il regarde Satan ) au gr^nd aumônier du Parc-aux-Cerfs.

( Musique. )

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