‹ Le Juif ErrantChapitre 7 sur 43 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, BARABBAS. ‘

BARABBAS. Quc la joie et le plaisir soient toujours parmi vous. {Voyant tout le monde jrappé de surprise à son aspect. ) Vous êtes étonnes de me voir ; an ! vous ne vous trompez pas ; oui , c’est moi , moi-même , Barabbas , Barabbas le séditieux , Barabbas le condamné ! je suis libre.

RACnEL, à part. Barabbas! l’infâme entre les infâmes!

LE LÉVTTE. Et comment se fait-il que Barabbas soit libre comme il le dit ?

BARABBAS. Par Belzébutb ! c’est une histoire que cela; je vous la dirai ; mais je meurs de faim et de soif. J’ai entendu , en passant devant cette maison, qu’on y célébrait une'fête, •qu’il y avait un festin, et je suis entré.

raCuel , lui présentant un gd/ct/w. Tenez rompez cc gâteau. {Lui emplissant une tempe.) \ idez celte coupe de vin pur d’Engaddi. Quel qu’il soit , celui qui a faim et soif ne sera pas aujourd’hui repoussé de cette demeure. *

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BARABBAS , romBard k gâteau et avançant la main pour prendre ta coupe. Ah ! c’est qn’aujourd’hui j’ai failli passer un moment moins agréable que celui que la vieille hospitalité de Benjamin me fait ici. C’est au sommet du Golgodia que la cérémonie devait avoir lieu pour l’édification du bon peuple de Jérusalem ; mais le bon peuple de Jémsalem n’y perdra rien : un autre y va à ma place.

laAAC. Un autre !

BARABBAS, Oui , le roi des Juifs, le fils de Dieu , comiiije il se nomme lui-même.

I8AAC , vivement. Qui? le Galiléen?

LE LÉVITE. Le docteur que nous a enfanté Bethléem ?

BARABBAS. Lui-méme.

ISAAC. n y a ici une place vide; prends-la , Barabbas, assieds-toi et conte-nous cela. ^

BARABBAS. Volontiers. ( ü s’assied.) Vous saurez donc que Pilate le Romain , désolé d’avoir condamné celui qu’il appelait le juste , entreprit de le sauver au moyen du stratagème suivant. {Tendant sa coupe.) Mais à boire ! U y a long-tems que je suis privé de vin, et celui-ci est bon. {Quand il a Au.) Vous savez qu’à l’occasion de la Pâque , le peu^e a aujourd’hui le droit de débvrer un condamné.

SIMON. Eh bien?

BARABBAS. Eli bien ! le seigneur Pontius voulut que ce droit fût aussi un devoir. . . et de cela ce n’est certes pas moi qui le blâme. Il nous fit donc venir , le Galiléen et moi , dans la galerie de son palais qui donne sur la grande rue. Il nous préscnLi à la foule. Quand on eut fait silence : Quel est, s’écria-t-il, celui • de ces deux hommes que vous voulez sauver ? au nom de César mon maître et le vôtre, je vous jure que je lui ferai grâce. H se flattait qu’on lui désignerait Jésus... J’avoue que moi-mème j’en frissonnai jusque dans le fond de mon amc. Il y eut un moment de silence qui trois fois fit bondir sur lui-même mon cœur dans ma poitrine. Une gi’ande voix s’éleva enfin , la voix unanime d’Israël: Barabbas, Barabbas ! c’est Barabbas que nous voulons délivrer.

SIMON. Quoi ! la haine du peuple a pu l’aveugler à ce point !

B.VR.ABBAS. Qu’est-ce que vous dites donc? aveugler? Prends garde de m’offenser , Simon le Cyrénéen : je sais qui tu es et je ne suis plus prisonnier.

SIMON. Misérable !

LE LÉVITE. Calmez-vous, Simon , et respectez la voix du peuple : la voix du peuple est la voix de Dieu même.

; (Mi.siqae; marche lugubre.)

RACnEL. Écoutez, écoutez! ■■ • ■

NOÉM A. Qu’est-ce que cela ? '

SIMON, qui s’est approché d’une fenêtre. Une foule immense

de soldats..! Les cavaliers du prétoire C’est le fils de Mai'ie

que l’on mène au supplice. '

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