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CHAPITRE DEUXIÈME

père, la famille pharisaïque date de Moïse, et nous avors reçu de sa bouche nos traditions, c’est-à-dire les splendeurs sinaïques de la loi orale, dont il nous a faits les dépositaires et les interprètes. — Erreur, erreur. Pharisien-, car, d’après l’historien Josèphe , membre de ta secte , et d’après saint Jérôme, ce docte hébraïsanl qui vécut dans l’intimité de tes docteurs, l’origine du pharisaisme ne remonte point au delà d’Hillel, ou de Jonathan, l’un des Machabées; elle ne saurait s’élever d’un siècle et demi au-dessus de la date du Christ

Mais de la question de temps passons à celle de la personne. Le livre sacré de Juda, le Talmud, si tu lui laisses la parole, nous apprendra que la secte pharisaïque se divisait en sept ordres, reconnaissables à leurs pratiques de dévotion. (( L’un mesurait l’obéissance selon le profit et la gloire; l’autre s’étudiait à ne point lever les pieds en marchant; le troisième frappait sa tête contre les murailles, afin d’en tirer du sang-, un quatrième la cachait dans un capuchon, et, de cet enfoncement, abaissait ses regards sur le monde comme du fond d’un mortier; le cinquième s’écriait d’une voix fière ; Que faut-il que je fasse, et je le ferai? Qu’y a-t-il déjà que je n’aie fait? Le sixième obéissait par amour de la vertu et de la récompense-, enfin le dernier n’exécutait les ordres de Dieu que par la crainte de la peine »

Ces ordres, observons-le bien, en jetant ce coup d’œil indispensable sur les temps antiques , ne formaient que les insignifiantes nuances d’une masse homogène; et, simples particuliers, les Pharisiens, composés de lévites et d’hommes de toutes les tribus, comptaient quelquefois dans leurs rangs les grands sacrificateurs, vivaient sans vœux, sans règles déterminées, et semblaient n’avoir pour but que d’at-

‘ Voir plus bas sur Hillel ; mais les rabbins « ne débitent que des conjectures sur l’âge de ce fameux défenseur des traditions. » Hisl. des Juifs, supp\., t. I", p. 358. Paris, <710.

* Ibid. p. 379.

teindre une vertu plus haute dans la voie de leurs traditions

Avides des louanges et de l’estime du peuple , les Pharisiens embrassaient avec empressement les grandes austérités de la vie. Ils se livraient aux jeûnes, aux veilles et k la mortification des sens^ mais l'orgueil s’unissait en eux aux exigences d’une hypocrisie sans bornes. Ils avaient l’art de ne se laisser voir au dehors que sous le masque d’un visage pâle et que l’exténuation défigurait. La trompette annonçait dans les synagogues et dans les places publiques la solennelle distribution des largesses qu’ils laissaient tomber dans le sein du pauvre. Voyez, voyez ces hommes de bonnes oeuvres et de méditation s’arrêter au coin des rues, et paraître s’oublier sous l’œil admirateur des foules-, on les dirait anéantis dans les extases de la prière!...

Mais le for intérieur de leur maison s’offre k nous-, la porte nous en est ouverte, et leur lit s’avance pour frapper nos regards. Ce lit, c'est une planche étroite et disposée de manière k ménager une chute dangereuse au dormeur dont le sommeil aurait ses franchises. Les épines et les cailloux dont une main savante le jonche sont un remède contre la volupté ; et ces fouets terribles dont la muraille fait parade servent aux flagellations qui leur méritent le nom flatteur de tire-sang; d’autres obtiennent, il est vrai, ce titre par leur marche dans les rues les yeux baissés ou fermés; car ils doivent k ce recueillement de se heurter et de se meurtrir sans cesse contre les murailles. Ceux que vous voyez un peu plus loin s’avancent tête basse et le dos voûté. La pensée de respect qui les anime est celle-ci : leurs traditions enseignent que ce qu’ils appellent les pieds de Dieu ne s’élèvent que de quatre pieds au-dessus de la terre ; ils se courbent donc pour ne point les profaner en les touchant. Que si leur pas traînant rabote le pavé des rues, sachons que cet oubli de leur personne et de leurs actes n’a pour but que de marquer au peuple la sainte et consolante élévation de leur

' Ibid., p. 3B9-380.

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