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CHAPITRE DEUXIÈME

esprit vers les choses du ciel. Le bas de leurs robes est d’ailleurs armé d’épines, et le bord de leurs vêtements , non moins que leurs manches, se garnissent de phylactères, c’està-dire de petites bandes que couvrent, h leur usage et à l’usage des passants, les plus belles sentences. Mais le catalogue de leurs observances est interminable-, aussi, jusque devant Dieu, leur conscience se rend-elle un éminent témoignage, et les proclame-t-elle supérieurs aureste des hommes!. .. Le Pharisien se séparera donc de la foule, car ce qu’il dit, il le croit-, il s’en isolera comme si l’attouchement d’une personne étrangère à sa secte lui était une souillure -, et si le Fils de Dieu lui devient un sujet de scandale, c’est surtout lorsqu’il commet l’indignité de se laisser approcher et toucher par des pécheurs.

Ces Pharisiens, qui peut-être ne nous séduisent gu ère, et qui furent les premiers à s’arroger le nom doctoral de Maître, ou de rabbin , surent mêler assez d’adresse aux grossièretés de leur hypocrisie pour s’emparer de l’esprit du peuple et le manier à leur gré. Les princes mêmes et les rois avaient flni par trembler devant eux , et le plus souvent la puissance du souverain était trop légère pour faire équilibre à leur crédit. Un seul exemple que nous empruntons aux temps reculés répandra sa lumière jusqu’à notre époque et nous dispensera de tout antre.

Un beau jour, l’un des rois de la nation juive, Alexandre, après avoir bravé quelque temps la haine et les outrages du peuple, repousse l’insulte par le carnage. La guerre civile naît de ce sang. Mais, au bout de six ans de combats et de massacres, le prince fatigué s’adoucit : « Réconcilionsnous, dit-il à ses adversaires-, parlez, et (jue faire pour obtenir vos bonnes grâces? — Te tuer! voilà quelle fut la réponse. — La guerre, la guerre donc, et la guerre à outrance, » reprit Alexandre. Or, un jour qu’il avait obtenu quelque succès, il lui prit fantaisie de se donner un passe-temps d’un goût tout orientai. Ordre fut donné par ses gens de réunir pour un festin champêtre ses concubines. L’obéissance fut

promple, et, du haut de l’éminence où ces femmes étaient assises, il dirigea leurs regards vers un espace où se dressaient huit cents croix. Ces instruments de supplice étaient inoccupés; mais, l’instant d’après, et sur un signe de sa main, un nombre égal de vaincus, c’est-'a-dire huit cents pharisiens, y furent attachés. C’était quelque chose déjà que cette vengeance. Cependant, afin de donnera 1a terrible agonie de ces malheureux un relief qui semblait y manquer, leurs femmes et leurs enfants amenés au pied de ces croix eurent à tendre la gorge au fer des bourreaux, et tombèrent égorgés sous les yeux de leurs maris ' .

A quelque temps de là, ce même prince git étendu sur son lit de mort. 11 est entoure de scs enfants, et sa femme Alexandra laisse éclater auprès de lui sa désolation et ses terreurs... «Calmez-vous, écoutez-moi; suivez mes conseils, et cessez de craindre, lui dit le mourant, qui sait son monde. Tout à l'heure , la place que mes soldats assiègent va tomber entre leurs mains. Allez, partez aussitôt, rentrez victorieuse à Jérusalem, flattez, honorez les Pharisiens, et, de vos mains, déposez dans les leurs une large part de votre pouvoir, car tel est le prodige de leur empire sur l’esprit du peuple, qu’ils lui font aimer ou haïr quiconque est l’objet de leur amour ou de leur haine. Que vous les entendiez médire ou calomnier, ne donnez aucun crédit à leur parole; et, sachez-le bien, l’orgueil et l’intérêt sont le mobile unique de leurs actes. .Mais la multitude ne démêle rien à ces choses. Convoquez donc les principaux de la secte; et, devant mon corps refroidi , dites-leur, comme si ces sentiments s’échappaient du fond de votre âme : Le voilà! le voilà donc enfin I 0 bonheur! je puis vous le livrer, vengez-vous! Point de sépulture à ce cadavre ; qu’il soit couvert d’outrages , et que vos désirs soient satisfaits. Ce sera justice, et je le veux ; je veux aussi prendre vos conseils pour guides; je veux ne me conduire et ne régner que par votre sagesse... »

Ainsi fut-il fait; et les Pharisiens de dire au peuple:

* Josèphe, Hist., liv. XIII, cli. xxi-xxii.

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