UN MOT ESSENTIEL SUR LA CIVILISATION
Que signifie ce mol civilisation? Car les camps les plus opposée, les plus hostiles, se le disputent, se l’arrachent, comme s’il portait en lui tout l’honneur de l’homme, comme s’il était la gloire exclusive de l’époque actuelle !
La civilisation se renferme et repose, tout entière, dans l’ensemble des principes qui font de l’homme un citoyen (oiois) , le digne habitant d’une cité, le membre sain et actif d’une société humaine, c’està-dire un être éminemment sociable. Et depuis longtemps est formulé ce mot heureux : Nul ne peut être bon citoyen de la terre, s’il ne travaille à se rendre bon citoyen du ciell
En d’autres termes , la civilisation consiste dans un lien plein de force et de douceur, qui, liant l’homme à son semblable , les lie tous ensemble à Dieu. Le mot religion (de religare, lier) est le nom de co lien; or, en fait de religion, le simple bon sens nous enseigne qu’une seule peut être vraie, et la moindre réflexion nous apprend que cette religion vraie ne peut être que la plus ancienne. Elle est, par cela même, celle que le Dieu d’Israël grava sur la pierre du Sinaï lorsqu’elle se fut presque effacée de la pierre du cœur humain : celle que le Christ, annoncé par elle, est venu coniplélcr et rendre parfaite. Hors de ce dernier code religieux, la civilisation n’existera jamais, elle ne sera qu’imparfaite.
Ainsi, les peuples les plus lettrés de l’antiquité, adorateurs de dieux homicides et infâmes, chez lesquels les passions recevaient un culte, et pour qui l’homme était un instrument, une proie, une chose*, moins qu’une chose; ces peuples, malgré la culture de leur intelligence, n’étaient point des hommes civilisés; ils n’étaient que des hommes policés, des gens que les lois de leurs cités avaient assez polis par le dehors pour que le contact leur devînt moins blessant. Au fond , et par le côté moral, ces hommes , malgré quelques préceptes échappés à la ruine de la loi naturelle, ne s’élevaient guère au-dessus des Barbares. Ils se livraient par leur philosophie, qui sapa leur culte, à toutes les débauches de l’esprit ou de la libre pensée; et, par les désordres de leur cœur, à toutes les débauches de la morale indépendante, c’est-à-dire à la licence que professe de toute nécessité celui qui renie toute croyance et tout législateur suprême, en d’autres termes Vhomme sans foi ni loi
Or, pour le Juif, depuis le Christ jusqu’au milieu de ce siècle, la loi de Mo'i’se n’est que néant à côté des traditions rabbiniques. Car ce
* L’Église réprouve l'esclavage sons toutes ses formes ; mais , diilactiquemeut, l’esclave ancien est moins une chose qu'un néant, non /am vitis quant nutlus.
Au milieu de ces peuples eiistaient des hommes qui vivaient d'une vie pure, parce que les préceptes de la loi naturelle eiistaient dans leur cœur.