ACTE III
3e, 4", 5e, Ce et 7e Tableaux
L'orchestre décrit le cauchemar de Mathis, les voix et les terreuis qui le poursuivent. Le rideau se lève sur la chambre haute où il dormira seul ; Suzel la fait préparer, tandis que les chansons à boire résonnent encore dans l'auberge. Mathis, un peu alourdi par le vin et la bonne chère, demande lui-même, au grand scandale de Walter tout guilleret, à boire de l'eau et à dormir, deux prescriptions du docteur Nickel et de Catherine ; ensuite, il exige de Christian la promesse de rester au village tant que vivront ses beaux-parents et congédie tout le monde.
Les chansons des buveurs attardés s'éloignent et s'égrènent dans le village. Mathis s'assoupit lourdement... Peu à peu, autour de lui, des plaintes s'éveillent, des voix justicières, des appels lugubres et vengeurs ; il s'agite fiévreusement ; mais des spectres et des visions tragiques l'assiègent, se précisent : la cour d'assises lui apparaît ; il se reconnaît lui-même au banc des accusés. Interrogé' il nie son crime ; mais le songeur, appelé à la barre, le force à parler et, par la puissance évocatrice de son fluide, voici se dérouler, dans une lumière fantomatique, toutes les scènes delà nuit tragique, l'entretien de Mathis et du Juif polonais, les angoisses de l'aubergiste sans argent, le projet criminel de tuer l'opulent voyageur, l'embuscade dans la campagne glacée, les scrupules suprêmes du meurtrier, le crime enfin et la disparition du cadavre dans le feu d'un four à plâtre ; une marée de sang monte autour de Mathis ; il étouffe, appelle au secours... Le jour paraît. La noce attend Mathis ; on le hèle ; il ne répond pas ; on enfonce la porte. . .
Mathis est mort ; les femmes sanglotent auprès de lui ; ses amis exaltent ses venus, la sérénité vénérable de sa vie et de sa mort.