‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 21 sur 90 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

L'affaire en est à la dernière audience; le Jury délibère.

Un dimanche, mais sans repos pour la population de la grande cité que les débats d'un procès retentissant, conduit avec une lente minutie, ont amenée au paroxysme de la surexcitation et de l'acharnement contre l'Accusé.

Le soir, mais sans la paix, car partout, dans le vieux Palais de Justice et aux alentours, gronde le bourdonnement d'une ville n'ayant d'autre préoccupation que sa curiosité et sa rage cruelles. Elle veut, elle attend, elle pressent une condamnation à mort.

Dans la salle des assises, sous le clair-obscur d'un éclairage de hasard, au milieu de l'atmosphère étouffante vomie par les calorifères, ici

les sièges de la Cour, les bancs en amphithéâtre du Jury, la cage de l'Accusé, vides, mornes, attendant le retour de leurs tragiques occupants; là, derrière la massive balustrade, un entassement de corps et de têtes, agité de remous et de rumeurs, noir dans les dessous où se piètent les corps, clair de l'éclat des chairs dans les dessus où pullulent les visages : la Foule! non plus agrégat d'âmes capables de pitié, mais hydre farouche, tenaillée aux entrailles par des appétits sanglants; tantôt, elle a hué la Défense tentant un dernier assaut pour emporter l'acquittement.

Du dehors arrive en bruit régulier, sinistre, de fer heurtant les pavés, le piétinement d'escadrons de Gendarmes occupant militairement les cours.

Les jurés sont menacés. S'ils ne frappent point, ils seront frappés eux-mêmes. La fureur populaire, depuis six mois, depuis le crime, leur crie le verdict! Elle veut être obéie. Des sabres sont là pour protéger la Justice qui refuserait de tirer son glaive. Pris par le froid de cette nuit de décembre, les cavaliers, sous leurs bonnets à poil et leurs manteaux sombres, tournent en un circuit lugubre, ininterrompu.

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