‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 22 sur 90 · SCENE DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME

Dans ce drame aux proportions colossales, où tout est multitude et agitation, il n'en est qu'un qui soit seul, immobile, muet : l'Accusé. On l'a ramené au cabanon sans feu, où pour lui se sont consommées, désespérantes et longues, les minutes des suspensions d'audience. Oh ! si longues ! Et moins longues pourtant que les minutes présentes, ces dernières de l'horrible événement qui, brusquement, l'a saisi dans son existence, comme une bête féroce surprenant un passant et, les crocs au flanc, l'entraînant vers son antre.

Par le judas de la porte, apparaît de temps en temps la face d'un gardien.

L'Accusé sait quel ouragan de haine l'emporte vers l'abîme. Sa pénétrante intelligence, dont l'adresse et la force sans cesse manifestées au cours des débats n'ont servi qu'à irriter un public prévenu, lui fait comprendre que là est le péril insurmontable. Coupable ou non, ce que nul ne peut dire, ce n'est plus à sa conscience que vont ses préoccupations. Il sent que désormais ce mystère, capital pour une justice qui eût été divine, ne compte pas pour

cette justice lâchement humaine. Innocent ou indigne, son sort ne dépend plus de la vérité. Il ne dépend même pas des règles habituelles de la procédure criminelle : des preuves contre lui il n'y en a point; ses avocats l'ont démontré avec la clarté resplendissante de l'évidence. Non, tout est dans l'affolement de l'opinion ! Il n'est plus un accusé comparaissant devant des juges, il est un gibier poursuivi, traqué par une meute que rien ne peut apaiser.

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