‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 24 sur 90 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

de la main gauche, tremblante, le verdict qu'il va lire, de la droite, tâtonnant pour trouver la place de son cœur, qu'il doit toucher, selon la loi. Et il prononce :

Sur la première question : Oui. — Sur la seconde question : Oui.

Ces deux oui tombent sourdement comme des coups de maillet.

Une immense et sauvage acclamation jaillit de l'auditoire. Et un instant après, en un écho prolongé, elle est répétée par la foule au dehors. Le tumulte des chevaux en est couvert. Monstrueuse d'épouvante, elle plombe l'accusé dans son cabanon, pareille au flot qui défonce une embarcation. Il a l'impression de sa cervelle se retournant sous son crâne comme une tasse pleine qui basculerait. Une nuit effroyablement noire emplit d'un seul jet sa pensée. Et tout de suite après, comme brûlées par un éclair, ces ténèbres sont sanglantes. Deux coups de tonnerre, l'un chassant l'autre : le désespoir faisant place à la rage.

On l'introduit, on le pousse à son escabeau, et le Greffier, indifférent et morne, relit les deux réponses, répète les deux Oui qui le sacrent assassin et le marquent pour la peine de mort.

Il écoute, raide, bandé comme un arc par toutes les fibres exaspérées de son corps maigre et nerveux, le visage exsangue et jaune, les yeux, sous leurs profondes arcades, brûlant pareils à deux clous de phosphore, une balafre brunâtre qui va de la commissure des lèvres à la tempe soudain rouge de sang. Et alors, par une détente furieuse, dardant son bras comme s'il lançait un couteau empoisonné, en une clameur qui paraît plus tonnante que celle de la foule,... il crie aux jurés : « Je vous maudis ! ! ! »

Ils frissonnent et se penchent comme sous une volée de mitraille. Le visage du condamné, diabolique, hypnotisant, gueule encore fumante d'où vient de sortir le terrible projectile, est pour jamais imprimé dans leur souvenir. Coin battu dans le métal par un écrasant balancier, il les scelle de sa cuisante empreinte. Tous l'ont subie, tous ont pâli.

Un instant dérangée, la machine judiciaire reprend son fonctionnement impitoyable.

Ce n'est plus pourtant l'insolente assurance de tantôt : le dramatique incident a laissé une vapeur de doute et d'inquiétude, partout promptement épandue. Le cri du condamné, protesta-

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