‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 56 sur 90 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Son mal fermente. Le sang circule avec hâte, frappant aux tempes des pulsations brèves, multipliées. L'estomac s'engourdit, répugnant aux aliments. Entre ses lèvres, qu'elle écaille, halète une haleine courte, chaude, fiévreuse.

Ah ! combien il souhaite un événement, une catastrophe qui, jetant brusquement son âme hors du cercle où elle tourne désespérément sur elle-même, le délivrerait sans doute. Mais autour de ce drame cruel, dans lequel il est prisonnier, l'existence pour lui se déroule, commode et sereine. Rien qui fasse secousse.

Il n'ose pas se confier à des collègues. Il a honte de sa maladie, du désarroi de son intelligence, de cet arrière-cortège d'infirmités qu'il traîne avec lui. Il a honte plus encore de ce verdict hasardé que sa conscience, opiniâtre accusatrice, nomme sourdement son forfait.

Et cependant il a un besoin invincible de mettre hors de lui ces rêves affreux, de les expulser, de les expectorer, avec dégoût. Il les écrit en caractères hiéroglyphiques sur des chiffons de papier, il les délinée sur la poussière des meubles, il les parle sans bruit, ouvrant et fermant une bouche qui reste muette. Si alors on le fixe, menaçant il darde ses

5o LEJURÉ

regards, serrant les lèvres, cachant la feuille, brossant du bras la poussière, avec un air de défi qui dit : Ah! vous voulez savoir?... Prenez garde!... Vous ne saurez rien... Prenez garde!! Il faut que vous ne sachiez rien... non rien... rien... rien...

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