ACTE TROISIEME
Car il reste vrai, n'est-ce pas, que tout cela n'est qu'illusion?
Cette persécution impitoyable ne correspond à aucune réalité. Il ne se fait pas, il ne peut se faire que ce misérable, irrémissiblement enfermé, puisse détacher de son corps prisonnier une apparence vengeresse acharnée à le poursuivre. Non, ceux qui, dans le passé, ont cru à ces infernales merveilles, se trompaient; ceux qui, au temps présent, y croient encore, se trompent. La Science rit de ces superstitions. Inexplicable aérolithe, nul fragment du monde invisible ne tombe parmi nous. Non! non!! non!!! ce n'est pas un démon venu du dehors par un impossible prodige. C'est lui-même, dans son infirme nature, qui crée ces monstres, qui évoque ces insanités pareilles à une éruption pustuleuse,... et c'est sur lui qu'il faut agir.
Mais que faire?
Comment retrouver cette paix si douce, maintenant détruite, cet orgueil de marcher dans sa force, libre de soucis et gonflé d'espérances ?
Ah! qu'ils sont loin, ces jours où, dans sa belle virilité, il se sentait maître de lui-même et des autres !
Que faire !
La pratique banale parle de douches et de saignées, de purgatifs et de vésicatoires. Ah ! cette thérapeutique des maisons de santé est bonne pour les natures vulgaires. Mais lui, lui, qui de son esprit exercé ne découvre dans ses organes aucune lésion, aucune altération physique, qui se sent atteint au plus profond de son être moral, ce n'est pas à cet empirisme qu'il doit recourir. « Où sont les remèdes qui soulagent les souffrances de l'âme, arrachent de la mémoire un chagrin enraciné, effacent du cerveau l'empreinte des douleurs qui l'assiègent, et, avec l'aide bienfaisante d'un élixir d'oubli, débarrassent le cœur du poids dangereux qui l'oppresse? »
Ses angoisses transparaissent au dehors par une lente déformation du visage et de la démarche.
Il a le regard défiant du fuyard, de brusc^ues effrois, de longs affaissements. Au moment de sortir de chez lui, il scrute les alentours, préoccupé de vagues embûches. Il a épousé l'inquiétude. Il guette. Sous l'impression d'une anxiété rongeante, sa voix se vicie en un graillonnement pénible, dont la raucité l'humilie.