‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 58 sur 90 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

recherches et par les jouissances sublimes des découvertes, de dominer et d'écraser la monomanie qui monte dans sa vie, pareille à une lune malfaisante, arrondissant chaque soir un peu plus haut à l'horizon son disque menaçant?

Des jours, des semaines s'écoulent presque paisibles.

Dans les moments d'inattention et de repos, la vue, l'ouïe ont encore des écarts vagues, promptement réprimés. Si la lésion intellectuelle subsiste, l'inaction des idées maladives l'endort. La fêlure n'a pas disparu, mais se distingue moins dans l'organe manié avec une prudence infinie. Larbalestrier gagne du terrain. Pli par pli, il reprend cette trame légère de la pensée que le souffle de la démence avait déroulée, et qui, en désordre, claquait au vent. Il respire. Il espère. Cet amphithéâtre sévère et vide dans lequel, seul devant la Mort, il poursuit patiemment sa cure morale, est pour lui un lieu de prédilection. C'est un îlot auquel il a abordé, ruisselant encore des flots amers qui avaient failli l'engloutir.

Pour le public, cet isolement, ce silence subit, ces travaux mystérieux, sont l'héroïque résolution d'un savant sacrifiant tout à la science.

On ne soupçonne pas le nœud de vipères qui le mordent au ventre.

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