‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 87 sur 90 · ACTE aNQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE aNQUIEME

blanche. Les arbres les protègent du baldaquin de leurs ramures.

Subitement il entend marcher derrière lui.

Son cœur bat à coups pressés. Il s'arrête... Le passant approche... Il se retourne. Le passant est à quelques pas.

C'est Lui! C'est l'Autre ! !

Ils se regardent, fardés tous deux d'une lividité qui les fait plus blancs que la neige étendue sous leurs pieds. Comme à la prison, le Mort et le Vivant semblent frères.

Dans Larbalestrier se gonfle le flot des résolutions suprêmes et de la rage du désespoir.

Il se ramasse pour bondir, frapper, mordre, déchirer.

Celui qui n'est plus élève la voix :

— Tu ne t'es point tué ?

— Non ! non! ! non! ! ! rugit l'halluciné.

— Alors, râle le revenant, en se ruant sur lui, à nous deux !

Le duel s'engage, féroce comme si des fauves étaient aux prises.

Le Spectre a saisi le Juré à la gorge, des deux mains. Et celui-ci, secoué d'épouvante et d'horreur, a au cou la même impression étranglante et molle qu'un an auparavant, daijs son

rêve, quand un des cavaliers de l'escorte l'avait, en passant, cueilli sous le péristyle, de ses doigts rouges comme de la viande de boucherie. Dans ses narines, pestilentielle, suffocante, entre l'odeur cadavérique. De ses poings, en désespéré, il martèle la tête de son ennemi. Ses bras passent et repassent dans l'air, ailes de moulin tournoyantes. Il entend les coups qui meurtrissent et fendent la chair ; elle se détache par morceaux, sèche et vide de sang. Comme s'il frappait sur du plâtre, des écailles tombent.

Le crâne d'un squelette apparaît par degrés et finalement reste seul, hideux, invulnérable.

Larbalestrier, se piétant et se bandant, malgré ses efforts, cède. Le Fantôme le pousse vers le canal, marécageux et torpide. L'épouvantable combattant veut le noyer. Frénétique, il résiste. Rien n'y fait : irrésistiblement il approche de la rive.

Il sent le moment où ses pieds, arrachés du chemin auquel, d'une volonté surhumaine, il essaie de les coller, entrent dans le gazon de la berge dont le grésil craque. Il sent l'infériorité que lui donne la pente pour résister à l'impitoyable poussée du monstre. Il sent son corps basculer et tomber en arrière, tandis que les

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