SCÈNE SEPTIÈME
La pleine lune a relayé le soleil. Descendant des champs vers la ville, il entend sonner dix heures à la nécropole dont les trois
tours dressent leurs stèles tronquées au-dessus d'un cimetière. Il lui semble que la cloche sonne dans des ruines.
Il traverse le pont d'un canal.
Devant lui, au loin, effaçant la clarté lunaire, brillent les phares électriques d'une gare.
Il les regarde, puis les compte : deux, quatre, six... huit! Il tressaille. La sensation mauvaise que ce nombre lui a longtemps causée revient, acre, importune.
Il se détourne et s'engage dans une allée dont les tilleuls séculaires sont glacés de givre. Il se hâte, comme si l'accélération de sa marche devait accélérer la marche du temps.
Dans peu d'instants le charme sera rompu. C'est à onze heures, en effet, qu'un an auparavant a été rendu le verdict.
Oh! la Ma-lé-dic-tion!...
Mourante et mélancolique, du lointain, par ondes, arrive une musique, balançant dans la nuit l'écharpe de sa mélodie.
La vieille avenue est solitaire.
Sa longue et droite chaussée, côtoyant le canal long et droit ainsi qu'elle, semble dormir près de lui, comme l'épouse près de l'époux. La neige les couvre tous deux d'une courtine