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Augmentation du salaire en raison d’actes liés au travail de l’ouvrier

Nous nous trouvons ici en face des nombreux systèmes qui ont pour but d'attribuer une prime venant accroître le salaire de base en raison d’actes que le salarié est libre d’accomplir ou de ne pas accomplir. L'augmentation de son salairé est souvent due à une initiative patronale, mais, en réalité, pour être effective, elle réclame un effort spécial de l’ouvrier.

$ 4rr. — Les salaires à primes

L'ouvrier et le patron conviennent d’un salaire qui est un salaire de base, un minimum garanti à l’ouvrier. Ce minimum ne correspond pas forcément au salaire vital : son importance varie selon l'importance de la prime ; si la prime est importante et facile à gagner le salaire de base est en général assez faible ; si la prime est exceptionnelle et de peu d’importance il est au contraire plus élevé. Ceci montre d’ailleurs que la valeur de la prime varie souvent d’après le but que l’on recherche : rapidité du travail, encouragement au gain, récompense de l’ouvrier, etc.

Normalement la prime est individuelle, c’est-à-dire allouée à l’ouvrier qui la gagne; mais elle peut être aussi collective et attribuée à une équipe, un atelier etc.

Nous allons examiner les genres de primes le plus couramment employées.

Il existe tout d’abord une prime d’un caractère exceptionnel, qui, sans doute, vient en augmentation du salaire lors-qu’elle est distribuée, mais qu’on ne peut considérer comme apportant un supplément normal et régulier. C’est celle qui est

liée au système de la « boîte aux idées » établi dans certaines usines. Pour faire collaborer le personnel à la bonne marche de l’entreprise et le faire profiter aussi des avantages que peuvent découvrir ceux qui sont occupés aux tâches immédiates de la production, certaines entreprises américaines invitent le personnel à faire part de leurs critiques et de leurs idées sur les méthodes et la technique de la maison, en les inscrivant dans une lettre déposée dans la « boîte aux idées ». Lorsque une lettre contient une idée intéressante, susceptible d’améliorer un point quelconque de la marche de l’entreprise, l’ouvrier qui l’a signalée reçoit une prime d’invention. On voit, par là, combien son caractère est exceptionnel et anormal, si bien qu’on ne peut guère la considérer que comme un gain accidentel et non comme un supplément de salaire.

Plus proches d’un supplément de salaires sont les primes à l'ancienneté. Elles peuvent d’ailleurs elles-mêmes revêtir des formes diverses, mais le principe général qui préside est qu’un avantage est accordé aux ouvriers qui, attachés à l’entreprise depuis une longue période, lui ont ainsi témoigné leur fidélité. On leur accorde ainsi, soit un supplément de salaire annuel, soit une participation aux bénéfices, soit des avantages Spéciaux tels que logements ouvriers, fournitures en nature, etc.

Mais les primes, qui ont le caractère le plus accusé d’augmentation de salaire proprement dit, sont celles qui sont distribuées en liaison avec le travail accompli par l’ouvrier. C’est ainsi qu’on trouve les primes à l’ augmentation de production, à l'économie de temps, à l'économie de matières premières, au chiffre de vente etc.

Nous allons les examiner rapidement.

La prime à l'augmentation de production est certainement

une des plus fréquemment employées. On commence par déterminer un salaire de base qui est accordé pour une production moyenne. Si l’ouvrier dépasse le niveau de production fixé, il reçoit une prime dont le montant est fixé d'avance. Cette prime est calculée différemment selon la part personnelle prise par l’ouvrier dans la production. Si l’ouvrier ne peut facilement augmenter, à son gré, le niveau de la production, parce que celui-ci par exemple, dépend surtout du rendement d’une machine, le salaire de base représentera la plus grande part du salaire total et la prime sera faible. Si au contraire l’action directe de l’ouvrier est importante, le salaire de base sera relativement faible et la prime relativement importante. Ce que l’on recherche, en effet, avec la prime à l'augmentation de production, c’est le maximum de rendement de l’ouvrier. Lorsque l’on a à craindre qu’une nonchalance, une flânerie de Sa part ne diminuent par trop sa production, on subordonne pour une large part sa rémunération au fruit de son travail. Il se trouve donc dans l’obligation de faire un minimum d’efforts pour obtenir un salaire moyen et il est amené à travailler davantage, parce qu’il sait que chaque unité de fabrication, qu’il fait en supplément, lui rapporte une forte prime. Si, au contraire, la part directe de l’ouvrier dans l’augmentation possible de la production est réduite, il faut lui assurer le salaire moyen à l’aide de la production normale, puisque le niveau de celle-ci échappe par définition à son contrôle.

La nature de la prime varie aussi selon le résultat que l’on veut obtenir. Si l’on cherche une augmentation de rendement, mais en exigeant surtout une qualité supérieure, on n’a pas intérêt à ce que la production soit très supérieure au chiffre de base, afin d'éviter qu’un travail rapide ne produise des malfaçons; aussi peut-on fixer à un taux élevé le quantum de pro-

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duction et ne donner qu’une faible prime par unité de production supplémentaire, ou bien donner une prime dont le montant va en décroissant au fur et à mesure que les unités supplémentaires augmentent. Si au contraire on recherche avant tout l'augmentation de rendement, le quantum sera assez peu élevé et la prime assez forte par quantités supplémentaires ; ou bien la prime ira en croissant avec l’augmentation de la production. On peut obtenir ainsi : les primes décroissantes, les primes progressives etc. Mais toutes poursuivent un but identique qui est l'augmentation de la production.

Aussi ce système a-t-il été violemment combattu par les organisations ouvrières. Elles lui reprochent de rechercher avant tout l'intérêt du patron au détriment de l’ouvrier. L’ouvrier peut effectivement toucher un supplément de salaire et percevoir ainsi un gain plus élevé, mais cela au prix d’un effort supplémentaire qui vient aggraver celui, déjà bien pénible, qu’il faut souvent fournir pour obtenir le salaire de base. En effet, disent les ouvriers, lorsque la prime est élevée, elle est très difficile à gagner, ou si elle est obtenue sans trop de peine, le salaire de base est faible. De toute manière le patron s’arrange pour n'avoir pas à verser, pour une production normale, un salaire total supérieur à ce qu’il serait s’il ne comportait pas de prime. La prime, pour être obtenue, exige un pénible Supplément d’effort.

Il semble bien que dans l’ensemble cette argumentation ne soit que trop vraie, et qu’on ait tendu surtout « à régler le taux normal du salaire sur le taux du travail maximum » (1), sacrifiant l’ouvrier moins habile ou moins vigoureux et épuisant l’ouvrier d'élite. 11 ne semble donc pas que la prime à la

(4) Charles Gide, — Cours d'Economie Politique, pags 314,

production puisse être considérée comme un bon moyen d’augmenter le salaire.

De ce genre de prime on peut rapprocher la prime à l’économie de temps. Elle n’est plus établie sur le niveau de la production, mais sur le temps mis pour accomplir une tâche déterminée. On établit à l'avance un salaire pour l’accomplissement d’un travail dans un temps donné. C’est le salaire de base. Si l’ouvrier accomplit ce travail dans un temps moindre on lui accorde généralement la moitié du bénéfice procuré par cette économie de temps; l’autre moitié allant au patron. On a fait à ce système des reproches identiques à ceux que l’on a fait au système précédent : il exige de l’ouvrier un effort supplémentaire, qui n’est souvent pas récompensé proportionnellement à la peine qui en résulte ; le temps pris pour la détermination du salaire de base étant trop proche du temps limite.

La prime à l’économie de matières premières encourt moins de reproches. Ele est accordée à l’ouvrier qui atteint le même niveau de production avec une quantité de matières premières inférieure à la quantité normale. Le type en est la prime pour économie de charbon, accordée aux mécaniciens de locomotives qui font un parcours, dans le temps imposé par les horaires, en employant une quantité de charbon inférieure à celle prévue par le règlement. Ici, il s’agit plus d’une prime à l'expérience et à l’habileté, que du prix de la fatigue supplémentaire.

La prime au chiffre de vente est employée plutôt dans le commerce que dans l’industrie. Un salaire de base est tout d’abord accordé; il est majoré d’une prime calculée d’après un pourcentage du chiffre d’affaires réalisé ; le taux de cette prime varie d’après le chiffre d’affaires moyen; il varie même, à l’intérieur d’un magasin, d’un rayon à l’autre; selon l’impor-

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tance des ventes et le prix des produits vendus. Ce système est très employé; il présente l'inconvénient, lorsque le salaire de base est trop faible, de faire supporter aux salariés la mauvaise marche de l'affaire.

Il existe encore de nombreuses variétés de primes : primes à la qualité du travail, etc.

Les primes peuvent constituer un moyen d'augmenter le salaire, mais on peut se demander si ce moyen n’est pas demeuré plus théorique que réel. En fixant des conditions trop rigoureuses pour l'obtention des primes, les entrepreneurs ont montré qu'ils cherchaient beaucoup plus une amélioration du rendement ouvrier qu’une amélioration de la condition ouvrière. Pratiquement il semble bien que ce ne soit qu’au prix d’efforts supplémentaires que les ouvriers arrivent à obtenir un salaire plus élevé.

$ 2. — Le système des hauts salaires

Certains industriels des Etats-Unis ont poursuivi, avant la crise de 1929, une politique dite des hauts salaires. Aux termes de cette politique les industriels distribuaient à leurs ouvriers des salaires élevés; ainsi, pensaient-ils, la masse des ouvriers disposant d’un pouvoir d'achat important sera la meilleur cliente de nos industries et nous nous ouvrons ainsi des débouchés permanents. Le célèbre constructeur d'automobiles Henry Ford s’était fait le champion de cette politique : il embauchait de simples manœuvres pour un salaire journalier très élevé de cinq dollars, et devant le nombre de citoyens américains possédant leur « Ford » on peut se demander dans es mesure ce système n’a pas porté ses fruits:

Quoiqu'il en soit quelques réflexions s ‘imposent. Il: est

indéniable que le fait de donner Systématiquement un salaire

élevé est un avantage pour l’ouvrier. Il y trouve une rémunération plus juste, et peut-être même entièrement juste de son travail. À ce point de vue les hauts salaires sont un progrès pour la classe ouvrière. L

Mais jusqu'où va cet avantage ? il est contrebalancé, a-ton dit, par ce fait que la hausse des salaires entraînant un accroissement de la demande provoque une hausse des prix, qui absorbe la marge de hausse des salaires. Il y a sans doute une élévation du coût de la vie, mais on peut faire remarquer qu’elle n'est pas proportionneile à celle des salaires. En effet le pouvoir d'achat des autres classes sociales n’augmente pas comme celui de la classe ouvrière, ce n’est pas l’ensemble de la demande qui connaît un accroissement, mais seulement une partie déterminée de celle-ci, si bien que la hausse des prix peut ne pas être aussi forte qu’on veut bien le dire.

Mais par contre un danger guette l’ouvrier : la crise. Les hauts salaires risquent de compromettre les réserves des entreprises. En outre la crise provoque une chute profonde des prix de vente, et la compression nécessaire du coût de production, qui en résulte, amène fatalement une baisse des salaires : la politique des hauts salaires a vécu. Le principal inconvénient de cette politique semble donc être son instabilité.

Il convient enfin de faire remarquer, qui si cette politique aboutit en fait à une augmentation du salaire, elle n’est pas une politique du juste salaire. Le but qui est poursuivi en effet, n’est pas la recherche de la justice dans la rémunération du travailleur, mais l’augmentation de son pouvoir d’achat afin de faire de lui un bon client. En d’autres termes ce n’est pas le bien du travailleur que l’on recherche, mais le plus grand profit de l’entrepreneur. Les deux coincident, et c’est heureux ; mais

A ONIETE

sur le terrain des principes, la politique des hauts salaires n’est pas une politique du juste salaire .

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