‹ Le Kaiser en enfer [microforme]Chapitre 4 sur 4 · EU · texte numérisé non relu

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‘‘O Dieu juste, il est temps que votre bras nous venge!”?

—Quels sont vos meurtriers et cruels bourreaux ? dit l’angef

Comme sut les créer un chancelier d'enfer; Cavaliers, fantassins, multitudes fatales, Au eri rauque, au pas lourd. aux s

Tout le sombre ouragan, devant cette clarté!

L'ange dit:—Qu'êtes-vous?

—Du Kaiser, les armées.

Alors, pâles, debout, les ombres ranimées Crièrent, écartant les linceuls de leurs seins:

—Malheur! Malheur! Malheur! à tous ces assassins! Et l’ange dit, levant les bras pour les confondre: —Vous avez entendu. Qu'’avez-vous à répondre? Et les morts répétaient:—Malheur aux assassins! —Regardez, eria l’ange.—Alors ces lourds essaims,

Ces soldats plus nombreux que les épis des plaines, Dirent :

—Ce n’est pas nous, ce sont nos capitaines.

Nous dûmes obéir à leur ordre inhumain; Nous n'’étions que le sabre, eux, ils étaient la main. C’est sur eux, non sur nous que le erime retombe —

L'ange, vers la lueur calme comme une tombe, Leva, grave et pensif, son œil fixe aux cils blonds, Puis se tournant, il fit signe aux aquilons.

Les vents ayant soufflé, ces hommes disparurent.

Puis au fond de la nuit les aquilons coururent

Et revinrent, poussant une nuée encor,

Et ce nuage était plein de fantômes d’or.

Il s’ouvrit devant l’ange avec un sourd tonnerre.

Je vis des généraux sur leurs chevaux de guerre,

L'’épée au flanc, le casque au front, l’air irrité,

Debout sur la nuée avec autorité;

Des flammes dans leurs yeux et du sang dans leurs bouches; Triomphants, quelques-uns très vieux et farouches,

Et l’ange leur cria:—C'est vous les capitaines? C’est nous. Que nous veux-tu ?—Silence aux voix hautaines!

Regardez cet oiseau qui dort et taisez-vous!

ES à ee

Dit l’ange, et dérangeant sa robe avec courroux, Il leur montra la foudre en son sein endormie.

1 reprit:—Vous avez ainsi qu'une ennemie

Traité la race Belge; où vous avez passé,

Tout est mort, l’herbe crut; vous avez écrasé

Les femmes et les enfants, les vieillards aux fronts chauves, Et lâché vos soldats comme des bêtes fauves:

Allumé l'incendie, relevé l'échafaud,

Brisé la loi d’en-bas, bravé la loi d’en-haut ;

Vous êtes devant Dieu: qu’avez-vous à répondre?

Comme devant la braise on voit la cire fondre, Ces noirs teutons tombèrent à genoux, Et criant et pleurant, dirent :

—Ce n’est pas nous!

Le seul responsable est notre grand Empereur. L'Allemagne, devant lui, plie avec terreur, Nous lui renvoyions toutes nos actions.

Lui seul commandait, nous lui obéissions, Seigneur, car de tout temps, nos ministres si sages, Disaient, ô Dieu, qu’il était l’une de vos images.

L'ange dit:—Amenez l’image de Dieu.

Un être révoltant parût. Du milieu

De l’abîme on le vit surgir dans l'ombre impure. Il ressemblait au meurtre, à l'envie, à la luxure, A la fraude, à l’orguenil, surtout à celui-là ;

Au mensonge, et d’horreur je demeurai saisi,

Car il avait du mal toutes les ressemblances.

A travers cette nuit, les brouillards, les silences, Dans ce gouffre sans fond de toutes parts béant, Dans ces immensités qu’emplissait le néant,

11 se dressait le sceptre appuyé sur l'épaule;

Fier comme s’il eut conquis le monde et le pôle; L'air superbe, l'épée au flane, couronne en tête, Globe en mains. Arrogant, il était sur le faîte D'un trône, comme un roi d'Egypte ou d’Issachar, Et ce trône était porté sur un grand char.

Devant ce dur fantôme, en la brume glacée, Ayant le vague aspect d’une croix renversée, Venait un glaive nu, ferme et droit dans le vent, Qu'’aucun bras ne tenait et qui semblait vivant.

Les vapeurs au-dessous, flottaient basses et lentes. Le char était traîné par des bêtes volantes, Monstres inconnus même au gouffre sans clarté; Attelages impurs.—Il était emporté

Par des tigres ailés, au pied large, aux yeux mornes, Aïdés par des griffons, aussi par des licornes, Survolés de vautours à deux têtes, ayant

Des diadèmes d’or sur leur front flamboyant. : Tous ces monstres poussaient des cris, battaient de l'aile, Tantôt mêlés, tantôt en ligne parallèle.

Le trône approchait sous ces lugubres cieux;

On entendait gémir autour des noirs essieux,

La ciameur de tous ceux qu’avaient broyé leurs roues; 11 venait, il fendait l’ombre comme une proue; Sous un souffle invisible, il semblait se mouvoir ; Rien n’était plus étrange et plus farouche à voir Que ce char effrayant tourbillonnant dans l’ombre, Dans le gouffre tranquille où l'humanité sombre, Ce trône d'Allemagne apparaissait hideux.

Sa vue instinctivement faisait fermer les yeux.

Il était à chaque marche encombré de squelettes

Et de cadavres froids aux bouches violettes,

Et le plancher rougi fumait, de sang baigné;

Du sommet de ce char, sinistre forcéné,

Guillaume trônait, terrible et couronné,

Pas un des généraux à l'allure guerrière

Ne regardait cet homme. A l’écurt et derrière, Vêtu d’un noir manteau qui semblait un linceul, Espèce de lépreux du trône, un autre venait seul:

11 posait les deux mains sur sa face morose

Comme pour empêcher qu’on y vit quelque chose; Quand parfois il ôtait ses mains en se baissant,

En lettres qui semblaient faites avec dn sang

On lisait sur son front ces trois mots: Je le jure. Quoiqu'il fut au fond de l’ombre obscure,

Je reconnus Bethmann, le sinistre chancelier, L'homme historique du ‘‘chiffon de papier”?

Et les généraux"s’étaient éclipsés. L'ange dit:

—Qu'êtes-vous ? :

Et le kaiser aux yeux de loup répondit:

—Empereur et maître de tout du droit de mon ancêtre.

—Empereur peut-être, mais nullement le taaître, Dit l’ange. Allons, venez, c’est l'heure, approchez-vous,

De

ni

Vous voilà donc enfin, kaiser! D'où sortez-vousf O Empereur, vous sortez, et je vais vous le dire,

Des forfaits, des fureurs, du meurtre, du délire, Des deuils, des faux serments dont l’homme est éperdu, Et du sang innocent à grands flots répandu.

Vous sortez des palais qu'habite la démence,

Des tranchées, des charniers, et de la plaine immense De l’Europe criant vers le haut firmament !

Kaiser! l’homme n'est pas fait pour votre amusement. Kaiser! la terre est un temple et non pas une étable, Le tyran, dans l’orgie, accoudé à sa table, Commande au criminel et Dieu au châtiment.

Empereur, avant que Dieu regarde froidement

Tout le sang qui ruisselle autour de vos armures, Les astres tomberont comme des figues mûres

Qui tombent d'un figuier secoué par le vent.

O Kaiser qui massacrez sous l’œil du Dieu vivant, La voix du genre humain contre votre front s'élève. Plus nombreux que les flots Ju sur la grève.

Les morts auprès de Dieu, Kaiser, vous ont précédés, Otez votre couronne, accusé, répondez.

Tous ces crimes abjects, mêlés au vice immonde, Les avez-vous commisf

Et ce maître du monde Trembla comme l’arbre zu vol d’un ouragan, Et l’ange regardait pâlir cet arrogant, Sous le manteau de sang dont il était vêtu.

Et l'ange commanda:—Voyons, défends-toi; as-tu Pour lui jeter ta faute et pour qu'il en réponde, Au-dessus de ta tête un être dans ce monde?

Et Guillaume répondit :

—Je n’ai que vous, mon Dieu!

Aiors je crus voir un rayon du ciel bleu, Et la lueur soudain, grandit funèbre et pure Et devint formidable, ainsi qu’une figure.

Des sept anges rêveurs les clairons se baissèrent, Le gouffre, que les nuits insondables enserrent, Frémit comme l'oiseau pri; au fatal | Et l’espace entendit la voix de Dieu qui disait: ‘‘Les vivants, sous le ciel, tremblent, souffrent et pleurent; ‘La vertu, la raison et la sagesse meurent;

‘“Le crime est couronné.

‘L'homme récolte ici ce que là-bas il sème,

tu

“Kaiser Guillaume, appelé deuxième, ‘Approche, infortuné!

‘Nul ne s’évade. Ici les choses sont connues, ‘Les os sont transparents et les Âmes sont nues; ‘Ici tout est clartés; ‘*L'’ombre de l’homme prend la forme de sa vie, ‘‘La justice affamée ici n’est assouvie ‘Que de réalités,

‘Et tu as foulé aux pieds les multitudes, ‘‘Transformé des pays vivants en solitudes, ‘‘Dressé des échafauds, ‘Et marché sur les peuples, affreux, vainqueur, superbe, ‘Comm le moissonneur à grands pas dans l'herbe, ‘Marche avec une faulx;

‘Me voici. Vois ma face, et sache que j’existe.

‘‘O malheureux, regarde en toi-même et sois triste, ‘“Une main t'a saisi;

‘Comme une vision, rappelle-toi le monde;

‘Ceci c'est ma clarté; le reste est nuit profonde; “C’est moi qui suis ici.

‘Devant le Créateur, devant les créatures,

‘Tu mis sur les traités, tu mis sur tes parjures, ‘“Sur le vol effronté,

“Sur le meurtre ivre et fou qui dans le sang se plonge,

“Ta mis sur cet amas d'horreur et de mensonge, ‘Mon sceau de vérité,

‘J'avais entre tes mains déposé ma justice,

‘“Disaistu? Kaiser du meurtre et du vice, ‘Empereur du forfait,

‘“Des vies dont j'avais peuplé ton domaine

‘“Et d’autres appartenant à la race humaine, Réponds? Qu'en as-tu fait !”?

L'homme resta béant, et, sans cri, sans prière

Et sans souffle, il tomba les d-1x mains en arrière Comme s’il eût été poussé par la .larté.

Je sentis tressaillir l’obscure éternité.

Dans un ouragan de feu et de fer,

Guillaume l’assassin tomba en enfer, :

Prendre le grand dîner qu’en Août dernier,

La ville de Paris ne voulut pas payer.

$’il est maintenant froid, point n’est d'inquiétude, Satan sert toujours chaud, c’est son habitude,

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