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CHAPITRE XIV

4. — Celui qui nous a suivis dans nos développements avec simplicité et sans préjugés, ne pourra se refuser d'avouer que dans son ensemble comme dans ses parties essentielles la Critique de la Raison pure est une œuvra qui pèche par la base.

En premier lieu, quant aux ennemis dont la défaite était le but du penseur orgueilleux, il n'a fait qu'engager avec eux une escarmouche illusoire. Le ver qui chez eux ronge la moëII& de la saine raison, a aussi ruiné sa pensée avant qu'elle fût née. Esprit nuageux, il s'est

battu contre des nuages, car il recelait en luimême ceux qu'il voulait détruire.

Kant se proposait de réfuter Berkeley. Selon celui-ci, l'être des choses c'est qu'elles sont perçues (esse est percipi), ce il est impossible que les choses aient une existence quelconque hors des esprits ou des êtres pensants, par lesquels elles sont perçues. » Appliquant ces principes à l'univers, Berkeley considère comme un préjugé la croyance à la réalité des maisons^ des montagnes, des fleuves, etc. Le monde n'existe que dans mes représentations et ces représentations sont quelque chose de tout subjectif ; voilà l'essentiel de l'idéalisme de Berkeley. On a montré que la théorie de Kant est invinciblement poussée au même idéalisme, et que les théorèmes contraires dans Kant ne concordent pas avec sa doctri ne.

Kant se proposait de réfuter Hume. Celui-ci cherchait à se rendre compte de la valeur réelle objective du principe de causalité. Pour lui, la grande question était celle-ci : Étant donnée une

expérience que j'ai faite sur certains objets, comment puis-je l'étendre à d'autres choses qui ne leur ressemblent que dans les phénomènes extérieurs? Kant reprit cette question. Tandis que Hume faisait de tous les raisonnements des effets de V habitude, a cette grande directrice de la vie», Kant cherchait la solution dans l'apriorisme. On a vu comment, décrivant la causalité comme catégorie de l'entendement pur, il ne rend aucun service à la connaissance objective: le terrain se dérobe sous ses pieds. Kant se proposait de vaincre le dogmatisme de Leibniz et de Wolf, qui admettait la vérité comme donnée, sans rendre compte de la manière dont elle est donnée. Mais les éléments les plus essentiels de la philosophie de Kant ne sont-ils pas aussi tout simplement donnés ? Je dois admettre comme donné et sans aucune démonstration ce fait, que des formes subjectives me contraignent à penser de telle façon et non de telle autre; bien plus, que l'objet 0 pparait à tous les hommes de la même manière qu'à moi.

En un mot ; Kant est victime de toutes les erreurs qu'il voulait détruire. En apparence, il les a détruites : en réalité il n'a fait que les reprendre sous une autre et pire forme.

En ce qui concerne la tache que Kant nous promettait d'accomplir, il suffit de rappeler brièvement, que non seulement il ne Ta pas accomplie, mais encore qu'il s'est bien trompé. Il se proposait d'expliquer l'expérience. Or on a vu que la construction, à l'aide de laquelle le grand penseur croyait atteindre son but, qui était d'expliquer la possibilité de l'expérience, faisait ressortir l'entière impossihililé de l'expérience même, puisqu'elle arrivait à faire de toute expérience en apparence existante une pure illusion.

2. — Le philosophe de Kœnigsberg n'a-t-il donc rendu à la science aucun service réel ? On sait comment dans Kant à côté de Vidéa- //^me transcendantal se joue un m(/^5me transcendantal. Bien des penseurs modernes veulent voir dans ce dernier système ce qu'il y a de mieux dans la philosophie de Kant.

Répétons que ce réalisme existait déjà dans la scolastique du moyen âge, plus pur et plus d'accord avec la réalité. Ce réalisme n'est donc pas un résîtltat des efforts de Kant^ ainsi qu'on le prétend souvent à tort, c'est une concession à laquelle le grand critique s'est trouvé contraint malgré lui. Et encore il a fait tout son possible pour affaibhr cette concession et même pour la rendre illusoire. (( Je ne puis, dit-il, « percevoir proprement de choses extérieures ; (( je puis seulement conclure de ma perception (( intérieure à leur existence, en considérant (( cette perception comme l'effet dont quelque (( chose d'extérieur est la cause prochaine. Or « d'un effet donné à une cause déterminée la (( conclusion est toujours douteuse, parce que « l'effet peut provenir de plus rf't^ne cause. Aussi (( dans le rapport de la perception à sa cause « est-il toujours douteux si cette cause est inté- « rieure ou extérieure, si tout ce qu'on appelle (( perception n'est pas un pur jeu de notre (( sens interne, ou si elle se rapporte à des (( objets extérieurs réels, comme causes. Du

« moins l'existence de ces causes n'est-elle «jamais que conclue et court le même danger (( que tous les raisonnements. » Voilà la pensée qui revient à chaque instant clans la Critique de la raison pure sous les formes les plus diverses.

Un autre service qu'aurait rendu Kant, c'est d'avoir affirme qu'aucune connaissance ne se produit sans le concours de notre faculté cognitive même, sans le travail d'une activité mentale soumiseà des lois immanentes, c'està-dire sans un élément a priori, a Par cette dé- « monstration, dit Ulrici, il a rendu un service « et s'est acquis un mérite immortel; il a une « fois pour toutes réfuté tout sensualisme exce clusif, tout empirisme à la Locke et à la Coni( dillac (1) ». Hartmann dit de même : (( Dans « l'idéalisme subjectif même il y a quelque « chose à retenir, et il ne faut pas en faire fi « absolument : cette doctrine est arrivée à voir « clair dans l'hétérogénéité de la chose (en soi)

(1) Hcrzog, Eticyclopcdie réelle, \U, 338.

(( et de r objet de la représentation, et nous (( montre que le contenu, comme la forme (( de l'intuition, ne sont qu'en puissance dans (( le sujet pensant et sont mis au jour grâce ^( à sa propre activité, mais dans la mesure de (( l'action qu'il subit de la chose (comme « cause). Voilà la vérité par laquelle l'idéa- « lisme subjectif dépasse le réalisme naïf, qui « identifie les objets et les choses et fait pé- « nétrer le contenu en môme temps que la (( forme intuitive delà chose dans ràme(1))). 11 suffit de feuilleter la ce Philosophie ancienne » du P.Kleutgen pour s'assurer que ces prétendues conquêtes de Kant étaient des vérités depuis longtemps connues de la scolas-

tique.

Nous arrivons ainsi à ce résultat, que la Critique de la Raison pure n'a rien, absolument rien produit de positif pour la vraie science. Elle ne fait que partager avec toute grande erreur la nécessité de provoquer Tes-

(1) Sur Frauenstaedt, dans le Journal « Unsere Zeit, » 1876. 1,246.

prit à la combattre. Toutes les amères censures, que le hautain critique répand si libéraralement à la moindre opposition sur ceux qui pensent autrement que lui, le système de Kant les mérite à la douzaine.

8. — lAIais si nous ne sommes pas disposés à brûler, selon la coutume, de l'encens en l'honneur de Kant, loin de nous la pensée d'en faire un météore sans influence! Le protestantisme a trouvé en lui le plus grand de ses fils; un siècle en travail, le plus puissant de ses enfants. Il y a cent ans que dure « l'influence de Kant » : tel qu'un Atlas qui porte la science destructrice de tous, tel qu'un souffle empesté qui a empesté la vie tout entière d'une nation, tel qu'un bélier colossal qui frappe la muraille de la Cité de Dieu. De son temps déjà on l'appelait démolisseur. 11 l'est, en effet. Qui a vu les ruines que laisse derrière elle une locomotive lorsque, victime d'une erreur d'aiguillage, eUe sort à toute vapeur de la bonne voie et déraille, peut se faire une idée de la confusion que le démolisseur a produite en fonçant de toutes

les forces de son extraordinaire intelligence dans le fondement même de la vie supérieure de l'homme, je veux dire dans la théorie delà connaissance. Quelle capilotade d'idées eût-ce été, si les idées se fussent heurtées et choquées les unes les autres comme les choses dans Tespace. Avec le fondement devait crouler et s'abattre l'édifice tout entier de la vie supérieure de l'homme. Ainsi s'explique la confusion eff*royable qui remplit le présent :

Hélas! tu Fas détruit, cet admirable monde, Homme, de ton bras tout-puisâant :

Un demi-Dieu le frappe en sa base profonde ; Il s'en va s'évanouissant.

Faust (Gœthe )

Si donc la critique de Kant est telle que nous l'avons exposée, deux conséquences s'imposent :

Premièrement, — toute la science moderne recèle en son essence, en tant que, sciemment ou à son insu, efle s'inspire de Kant, iUusion

et erreur ; Secondement, — celui qui veut contribuer

pour sa part à étendre le royaume de la vérité parmi les hommes, doit se garder de ce préjugé mortel, que nous pouvons apprendre quelque chose de Kant. Il doit être convaincu que l'entreprise si vantée du nouveau Copernic doit être comptée pâmai les plus grandes sottises de l'histoire humaine, et que, dans les circonstances aetuelles, la science doit considérer comme l'une des tâches les plus importantes de lu réfuter et de la rejeter.

CONCLUSION

CONCLUSION

1 . — « Qui pourra nier, demande Borner, « qu'aujourd'hui encore c'est non seulement « un réconfort, mais encore, pour qui veut (S comprendre les besoins de la philosophie (( allemande, une nécessité de se baigner dans « l'aurore du grand mouvement de l'esprit (c allemand qui commence avec Kant? » Ce bain, nous venons de le prendre. 11 ne nous a pas réconfortés : nous devrions plutôt croire de ceux qui ont assez de patience pour lire Kant, ce que disait Herder : « Fatigué d d'errer à travers des solitudes pleines de ce rêveries creuses, dans un nuage de paroles (( présomptueuses, le lecteur prendra congé « avec plaisir.» Or, un coup d'œilsur la phi-

PESCH. — KANTISME. — 21.

losophie allemande affermira en nous cette conviction qu'il est indispensable de la connaître pour bien apprécier dans son cours ce qu'on appelle la culture moderne.

Le grand évèque d'IIippone disait autrefois que Dieu permet les hérésies afln qu'elles servent à faire briller la lumière de tout son éclat. Cela est vrai surtout de la grande hérésie moderne, du Kantisme. Quiconque lit froidement et objectivement la Critique de Kant, sans se laisser empaumer par les sophismes audacieux du téméraire penseur, verra bientôt lui apparaître en pleine lumière ces trois vérités, qui condamnent tout le travail de la science moderne comme contraire à la raison et destructeur de la vie.

2. — En premier lieu, s'il est une vérité, c'est que nous sommes en face d'une m(/^te' transcendante objective, et de plus siiprasensible, qui ne se règle pas sur nous, mais sur laquelle nous devons nous régler. Sous ce rapport, Hartmann dit avec un soupçon de raison : « Seul, celui qui aura pesé à leur vrai poids

CONCLUSION

(( les arguments idéalistes ; seul, celui qui aura « compris que rillusionnisme absolu résulte ce fatalement des prémisses idéalistes, sera en (( état de ne plus craindre que la critique atta- (( que son réalisme; tout autre réalisme ne peut (( se soustraire aux attaques de l'idéalisme (( qu'en y fermant les yeux (1) ». Ajoutons par curiosité cet autre passage du même Hartmann : « Pour se baigner impunément dans les c( profondeurs de l'idéalisme, sans perdre la (c notion juste du réel, il faut vraiment possé- (( der la formule magique capable de vaincre « l'idéahsme et l'illusionnisme, et comme nul « avant moi n'a bien connu cette formule, il (( n'a pu y avoir jusqu'ici que des réahstes ((. aveugles ou des demi-idéalistes ou des mélan- « ges obscurs de ces deux doctrines (Ibid). » Avouons que mil avant moi du savant de Berlin semble être d'un réalisme aussi naïf que celui qu'on rencontre d'ordinaire chez des enfants étourdis.

(1) Exposit. critiq. du réalis. transe, p. 108.

Sur la base de la Critique de la raison pure, Kant croyait pouvoir établir solidement la même existence d'un monde réel extérieur en instituant les quatre antinomies cosmologiqnes que voici:

1. — Un monde réellement existant doit avoir un commencement dans le temps et des limites dans l'espace ; et, inversement, il doit être sans commencement et sans limites.

2. — Un tel monde se compose de parties simples ; et, inversement, il n'existe rien de simple.

3. — Ce monde doit supposer la liberté, et cependant tout dans le monde se produit en vertu de lois nécessaires.

4. — Ce monde doit supposer un être absolument nécessaire, et cependant il n'existe rien d'absolument nécessaire.

Nous ne rapportons pas ces antinomies afm d'en traiter au long, mais seulement pour nous étonner qu'un aussi grand esprit que Kant ait pu attacher de l'importance à de tels fantômes.

CONCLUSION

Mais, s'il existe réellement une réalité externe indépendante de l'homme, si l'homme fait réellement partie d'un univers extérieur, la science perd son caractère de futilité constante ; sa tache, pleine de responsabilités, consiste à se soumettre à la vérité, à connaître. L'esprit humain doit ainsi arriver à comprendre que le bonheur et la fin de l'homme, ce n'est pas de fabriquer la vérité, c'est de la connaître et de la suivre.

Qui ne se règle pas sur la vérité, la vérité le réglera un jour, aussi vrai qu'il y a une vérité.

Voilà le réalisme pratique, le seul nécessaire et qui atteigne le fond de la vérité, tel qu'il a toujours été cultivé par la science catholique.

3. — Un second résultat de l'étude de la Critique de Kant, c'est de confirmer la conviction qu'il y a dans l'homme un principe de vie et d'action suprasensible, partant immatériel et qui survit à la mort. Kant lui-même a dit un jour que, si l'on pouvait démontrer

l'existence de ce principe, fout rédifice des formes de la Critique serait inutile. Ne voit-on pas encore ici combien le grand penseur avait l'esprit faux? Partant de ce tait indéniable que nous connaissons le suprasensible, il en aurait précisément conclu l'existence d'une faculté intellectuelle suprasensible, et, poussant plus loin ses conclusions, serait arrivé à comprendre qu'il y a dans l'homme un être indépendant de la matière et qui est le sujet de cette faculté. On peut affirmer que l'illustre philosophe s'est perdu dans les détours de la Critique pour n'avoir point voulu voir cette voie

Et avec quels piteux arguments le penseur désorienté ne cherche-t-il pas à détruire comme des « paralogismes psychologiques, » les preuves de l'existence d'une àme spirituelle dans l'homme ! Il prétond que tout ce que la psychologie rationnelle démontre de la nature de l'âme humaine n'a de valeur que pour le moi pensant phénoménal el non pour le mol réel, qui se cache derrière celui-ci. Voici son argumenta-

CONCLUSION

tion dans l'essentiel. La pensée suppose comme sujet un moi pensant et implique avec la conscience, cette idée, je pense. Ce moi est logiquement simple, un et identique dans les divers actes et peut se distinguer de tous les autres êtres. La psychologie rationnelle prend alors ces attributs qui pourtant ne représentent que les formes logiques des actes de la pensée pour en faire une expression du moi pensant lui-même. Du sujet logique elle fait un sujet subsistant en soi ; de la simplicité et de la personnalité apparentes, elle fait une personnalité réelle et prononce que le sujet pensant est un être spirituel impérissable. L'existence réelle d'une àme serait, conclut Kant, inconcevable par cela même qu'il est impossible d'expliquer l'union de Fàme et du corps.

Il suffit d'exhumer de la nécropole de la Raison pure celte momie au plein jour de la réalité pour ([u'elle tombe aussitôt en poussière.

Si l'homme a réellement une àme spirituelle, par suite, survivant au corps, la vie terrestre prend une autre valeur ; il devient absurde

de faire du monde d'ici-bas le seul facteur réel de nos conceptions et de nos entreprises. Alors cette véritable et profonde parole de Saint Augustin, méditant la nuit, prend une importance décisive: « Cette vie mortelle n'est qu'un ri- « vage où les hommes sortis du néant, se ren- « contrent pour faire voile vers leur véritable « patrie. »

3. — La troisième vérité enfin, que le démolisseur a raffermie et rendue indestructible par ses attaques, c'est que, au-dessus et avant les individus possibles et réels, il y a un être absolu et nécessaire, duquel tout dépend. C'est donc une solide et sûre connaissance : il y aun Dieu et il est en dehors et au-dessus du monde.

Contre les preuves de l'existence de Dieu l'illustre penseur a, du point de vue de la Critique, fait donner son artillerie, et dénoncé ces preuves comme des sophismes.

L'argument cosmologique, qui est l'argument capital, conclut de l'existence d'êtres contingents à celle d'un être absolument nécessaire. Selon Kant, il ne peut avoir de valeur.

CONCLUSION

parce que le principe de causalité n'a d'emploi justifié que dans le domaine de l'expérience sensible ; en dehors, il encourt le reproche de confondre l'idée de l'être tout réel avec celle de l'être absolument nécessaire. Inutile de nous arrêter à cette critique sans fondement. Le P. Kleutgen a raison de le remarquer : « Si l'on reconnaît que nous sommes autorisés, « — et Kant le nie — à juger des choses (( d'après nos idées, on pourra soutenir avec « confiance qu'il y a peu de démonstrations « plus claires et plus complètes que celle qu'on « a ainsi donnée de tout temps de l'existence « de Dieu (Philos, ancienne. N^ 941 ) ».

D'ailleurs, dans notre critique de la Critique, nous avons vu, en expliquant la connaissance humaine, qu'on arrive nécessairement à conclure qu'il y a concordance entre les formes fondamentales de l'existence des choses et nos facultés de connaître.

Nous sommes ainsi amenés à une métaphysique qui, selon le mot de Hartmann, « mon- « tre la domination de la raison dans toutes

« les sphères de Texistence et fait voir que le « Cosmos, dans sa création originelle, comme (( au cours de son développement, est le produit (( léléologique d'une idée qui se détermine « elle-même logiquement ( Expos, critique, « 137 ). » Ce n'est qu'en admettant cela que l'expérience est possible, car ce n'est qu'en admettant cela qu'elle n'est pas une escroquerie aux dépens de l'entendement, mais une vraie connaissance. La raison, avec ses lois constitutives, et les choses, avec leurs lois directrices, ont leur dernier fondement dans un être qui a tout créé et qui gouverne tout. Nous trouvons un reflet de cet être suprême absolu dans la nécessité et l'universalité de notre connaissance rationnelle. Car la vérité, avec son caractère absolu, subsisterait encore, quand même le monde périrait : elle ne peut émaner d'un être contingent et périssable, elle doit avoir son fondement dans un être absolument nécessaire, qui est en même temps le principe dernier de toutes choses. 5. — Si, malgré la Critique de Kant, l'exis-

CONGLUSION

tence de Dieu est indéniable, c'est de la part de la philosophie moderne une folle présomption que de s'être écartée du terrain de la foi chrétienne, et d'avoir déclaré la guerre au

c< dogme )).

Certes, aucune nécessité ne s'imposait à Dieu d'offrir un appui à la ftiiblesse humaine sous la forme de moyens naturels et surnaturels. Mais étant donnée l' infinité des moyens que la sagesse divine a coutume d'employer pour atteindre les buts naturels, il fallait encore en quelque manière s'attendre à ce qu'elle usât de celui-là. Si donc elle l'a employé, l'homme doit se sentir tenu à la plus grande reconnaissance envers la divine bonté. Qui ne sait combien est mobile la nature humaine, combien sourde l'intelligence à la voix de la vérité ! Autant d'hommes sur terre, autant de genres possibles de paganisme renaissant. Quelques progrès que fasse dans ses conquêtes la civilisation, avec chaque enfant entre dans la vie un agent de recul, de barbarie, de révolution. Comme le montre l'histoire. Dieu

Notre Seigneur a pour ainsi dire tendu un bras secourabie à l'humanité (jui s'égarait. C'est à l'homme de saisir cette main, sachant qu'il en a besoin. Oui, de même que Dieu a librement révélé sa toute puissance et son infinité par la Création, de môme il a librement au-dessus de la nature créée, — et pour ainsi dire, afin d'affoler la nature, — révélé les profondeurs mômes de son essence. Dieu est amour, et la révélation de cet amour est le (( dogme chrétien. » Et il serait scientifique de combattre cette œuvre de Dieu ! Schiller dit fort bien quelque part, au sens de Kant, que tel fut le but de la civilisation postérieure à la Réforme : des chrétiens refaire des hommes. La vérité est que les chrétiens qui se laissent emporter par cette civilisation, tombent bien au-dessous de l'humanité môme.

Dans la forme extérieure de son œuvre Dieu s'est accommodé aux particularités de la nature humaine, sa créature ; cette forme nous Tavons sous les yeux : société perpétuelle et parfaite, c'est l'Église catholique. Il était à pré-

CONGLUSION

voir que Torgueil insensé, qui vit dans l'humanité, en viendrait à la révolte. C'est ce qui est arrivé. Et ainsi, dit Gœthe, - le conflit entre la foi et l'incrédulité est le — thème le plus profond de l'histoire du monde. Résumons en quelques mots le résultat de

nos études.

— Ce n'est pas le subjectivisme protestant, mais l'objectivisme cathoUque, qui peut seul sauver le monde. Si la philosophie veut rester raisonnable, qu'elle s'attache à la base de la conception chrétienne, et, si elle s'y attache, qu'elle s'oriente vers le cathoUcisme.

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