‹ Le Kantisme et ses erreursChapitre 16 sur 37 · On doit donc considérer comme dé · texte numérisé non relu

On doit donc considérer comme dé

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montré que le temps et l'espace, tels que nous les concevons, n'existent pas hors de nous pleinement et entièrement. L'espace est la possibilité de rétendue ; le temps est la possibilité de la succession. Cette possibilité de concep- ' tion existe hors du sujet connaissant. Mais qu'est-elle donc proprement?

Certains modernes avecBalmès font consister l'espace dans l'étendue actuelle des corps réels, en sorte qu'il n'y aurait d'espace que là où se trouveraient présentement des corps. En s'appuyant ici sur Balmès, ils ont oublié que Balmés lui-même ne s'était pas dissimulé tout ce que cette théorie renferme de contradictions (1). Si d'après cette théorie on se figurait un veire dont on aurait chassé tous les corps, l'eau, l'air, Téther, etc., on en aurait aussi chasse l'espace, — on pourrait alors se représenter les parois de ce vase comme se touchant, ce qui est contraire àlajéalité. L'espace et l'étendue actuelle des corps ne sont donc pas identiques.

• (1) Philos, fondam., lome lU, chap. 12, flo 83. •

D'autres ont fait de l'espace quelque chose d'absolu, un attribut de la diriiiitc. C'est l'avis de Newton, qui définit l'espace le sensoriuin de la Divinité, et de Clarke, qui, dans sa controverse avec Leibniz, a considéré rinfinité divine comme constituant l'espace. Or il est très clair que rien de divin ne peut être conçu comme divisible, composé, mesurable, ainsi que c'est le cas pour l'espace. L'espace n'est donc pas un attribut de la divinité.

D'autres enfln disent que l'espace est le vide. Quoique ce mot ne nous apprenne rien, nous voyons cependant, grâce à lui, parfaitement que l'espace est pour nous un de ces objets de conception qui, tout en ayant un fondement correspondant dans le monde extérieur, n'existent pas, tels qu'ils sont pensés, dans les choses, mais seulement dans l'esprit. La philosophie du moyen âge les a appelés cntia raliohis cum fundamcuto in ?'e (1) : ce qui veut dire, le temps et l'espace sont des êtres de

(1) Cf. entre a\ilres, Tolet, Phys., 1. 4, q. 3 ; Fonseca, métaph., liv. 5, c. 5, q. 1.

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CHAP. VI. — DU TEMPS ET DE l' ESPACE 145

raison qui ont tiré leur fondement de la réalité. Mais comment l'entendre? Nous trouvons dans les choses l'étendue (ainsi que la succession des changements). Supprimons par la pensée la chose étendue (ou successive), reste la représentation (l'idée) de la possibilité ( de la chose) par rapport à r^ètendue. Cette idée persiste parce que nous avons connu /lans la chose la manière d'être résultant de l'étendue, la sp:ilialilé. De même pour le temps. Percevant les changements successifs dans un sujet, nous concevons en même temps sa tetnporalilé, c'est à dire celle de ses manières d'être en vertu de laquelle son existence est permanente «t successive. Nous voyons enfm que les choses dans l'espace peuvent toujours être accrues et agrandies quant à l'extension, et aussi, que les changements actuels peuvent toujours être suivis de changements nouveaux. A cette possibilité de conception nous ne voyons pas de limites, et voilà l'espace et le temps, dans^ lesquels les choses existent ou peuvent exister.

PESCH. — KANTISME. — 1U.

6. — Que les choses soient dans le temps et dans l'espace, cela résulte de leur lirnitalion et de leur imperfection. Comme il va élre question du temps en particulier, considérons ici l'espace seulement. Toute chose créée a, parce qu'elle n'est pas infinie, une présence limitée : elle est quelque part dans l'espace. Les corps sont extérieurement quant à leur étendue dans l'espace, c'est à dire sont tout entiers dans un lieu tout entier, et partiellement dans les pailles du lieu qu'ils occupent. Cela vient de leur imperfection matérielle, laquelle consiste en ce qu'ils ne possèdent pas leur existence tout entière en même temps, mais d'une certaine manière snccessivenïent. C'est dans cette imperfection qu'est le fondement del'-étendue, et dans l'étendue, celui de la spatial ité.

D'où il suit clairement que l'espace,- comme tel, c'€st à dire, comme distinct des choses qui sont ou peuvent être en lui, n'existe pas extérieurement dans la nature, mais seulement dans notre pensée. Ce n'est que par la

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réflexion, par le travail de l'esprit, que naît le concept d'espace. Déjà la philosophie du moyen âge avait reconnu ce caractère « subjectif!^ de l'espace. Elle faisait consister le travail de l'esprit en ce que, premièrement^ Tespril fait abstraction de l'existence réelle des choses et s'attache à l'étendue comme telle; deuxièmemeni, W considère le concept de retendue mathématique indépendamment du cz-^ps comme la possibilité de la conception d"bjet étendu, — et cela, sans limites, — parce îu'il voit que les choses étendues peuvent U-ijours être accrues et augmentées; troisièuwrteiit, il conçoit l'étendue comme une mani-re d'être qui rentre à sa façon dans les lois ..iiiverselles et nécessaires de toute existenc .

Oi le voit: cette élaboration mentale. n'est pas lelle que l'espace ne soit qu'une pure fiction, sans autre fondement que notre façon de penser. On peut d'une certaine manière comparer le concept d'espace aux concepts dits généraux. Soit, par exemple, le concept gé-

néral d'hommes. Prenons-le comme prédicat, les sujets isolés lui sont subordonnés. Pareillement le général comme tel n'est pas dans les individus, mais seulement dans l'esprit qui pense. Néanmoins il est avec raison conçu comme objectif, parce que ce que nous concevons comme général,, est fait de telle manière qu'il peut exister en plusieurs individus. C'est tout de même que les concepts de temps et d'espace, bien qu'ils n'existent que dans l'esprit, ont une vérité objective, parce que ce que nous concevons comme temps et •espace, est, hors de l'esprit connaissant, la possibilité illimitée de l'étendue et de la succession.

7. __ C'est à bon droit que l'esprit demande sur quoi repose en dernière analyse cette possibilité illimitée, si elle n'a pas son fondement tout entier dans l'esprit même? Ici la philosophie dégagée de tout préjugé s'est vue ramenée à Dieu, l'Infini, l'Éternel.

C'est qu'en effet, si les choses sont dans le temps et dans l'espace, c'est que leur existen-

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ce actuelle, leur durée est bornée. Or la durée et l'existence actuelle marquent une perfection positive, elles doivent donc avoir leur fondement dans le principe de toute perfection, en Dieu. Toute perfection se trouve d'une j'.'içon correspondante dans l'Infini, comme dans la raison dernière de /existence de cette perfection hors de lui. C'est pourquoi c'est dans l'élemilé et dans l'immensité de Dieu qu'il faut chercher le motif en vertu duquel il peut y avoir quelque chose qui dure et qui existe. La présence ( l'existence) de Dieu est infinie et indivisible : c'est par elle qu'il est pr.ésent à tout ce qui est et peut être, non à la manière de l'être étendu, mais à la manière de l'être simple. Sa durée est illimitée, excluant, non seulement tout commencement et toute fin, m.'îis aussi toute succession, et par suite embrassant dans un instant indivisible tous les temps qui sont et peuvent être (1). A aucunpoint de vue l'immensité et l'éternité de Dieu n'ont les caractères du temps et de l'espace :

(I) Cf. Kleutgen, Philos, ancienne, n. 3B8.

on ne peut même pas dire qu'elles soient un espace idéal et un temps idéal, selon les termes inexacts de Fénelon et de Lessius : ce sont au contraire ces attributs de Dieu qui sont le dernier fondement du temps et de l'espace.

On voit donc que le temps et l'espace trouvent d'une manière conforme aux choses une explication suffisante, sans qu'on soit contraint de recourir aux fictions de Kant. Restent à étudier quelques points qui se rapportent spécialement au temps.

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