‹ Le Kantisme et ses erreursChapitre 37 sur 37 · CH. XIV. — A QUOI JCANT A-T-IL SERVI · texte numérisé non relu

CH. XIV. — A QUOI JCANT A-T-IL SERVI

« et de l'objet de la représentation, et nous « montre que le contenu, comme la forme (( de l'intuition, ne sont qu'en puissance dans « le sujet pensant et sont mis au jour grâce >( à sa propre activité, mais dans la mesure de (( Faction qu'il subit de la chose (comme « cause). Voilà la vérité par laquelle l'idéa- "« lisme subjectif dépasse le réalisme naïf, qui « identifie les objets et les choses et fait pé- « nétrer le contenu en même temps que la « forme intuitive delà chose dans ràme(1))).

11 suffit de feuilleter la « Philosophie ancienne » du P.Kleutgen pour s'assurer que ces prétendues conquêtes de Kant étaient des vérités depuis longtemps connues de la scolastique.

Nous arrivons ainsi à ce résultat, que la Critique de la Raison pure n'a rien, absolument rien produit de positif pour la vraie science. Elle ne fait que partager avec toute -, grande erreur la nécessité de provoquer l'es-

(1) Sur Frauenstaedt, dansle Journal « Unsere Zeit, » 1876. I, 246. .

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prit à la combattre. Toutes les amères censures, que le hautain critique répand si libéraralement à la moindre opposition sur ceux qui pensent autrement que lui, le système de Kant les mérite à la douzaine. .

3. —Mais si nous ne sommes pas disposés à brûler, selon la coutume, de l'encens en l'honneur de Kant, loin de nous la pensée d'en faire un météore sans influence! Le protestantisme a trouvé en lui le plus grand de ses fils; un siècle en travail, le plus puissant de ses enfants. Il y a cent ans que dure « l'influence de Kant » : tel qu'un Atlas qui porte la science destructrice de tous, tel qu'un souffle empesté qui a empesté la vie tout entière d'une nation, tel qu'un bélier colossal qui frappe la muraille.de la Cité de Dieu. De son temps déjà on l'appelait démolisseur. 11 l'est, en effet. Qui a vu les ruines que laisse derrière elle une .locomotive lorsque, victime d'une erreur d'aiguillage, elle sort à toute vapeur de la bonne voie et déraille, peut se faire une idée de la confusion que le démolisseur a produite en fonçant de toutes

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les forces de son extraordinaire intelligence dans le fondement même de la vie supérieure de l'homme, je veux dire dans la théorie delà connaissance. Quelle capilotade d'idées eùt-ce été si les idées se fussent heurtées et choquées les' unes les autres comme les choses dans . l'espace. Avec le fondement devait crouler et s'abattre l'édifice tout entier de la vie supérieure de l'homme. Ainsi s'explique la confusion effroyable qui remplit le présent :

Hélas ! tu ras détruit, cet admirable monde, Homme, de ton bras tout-puissant :

Un demi-Dieu le frappe en sa base profonde ; n s'en va s'évanouissant.

Faust (Gœthe )

Si donc la critique de Kant est telle que nous l'avons exposée, deux conséquences s'imposent:

Premièrement, — toute la science moderne recèle en son essence, entant que, sciemment ou à son insu, elle s'inspire de Kant, illusion

et erreur ; Secondement, — celui qui veut contribuer

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pour sa part à étendre le royaume de la vérité parmi les hommes, doit se garder de ce préjugé mortel, que nous pouvons apprendre quelque chose de Kant. 11 doit être convaincu que l'entreprise si vantée du nouveau Copernic doit être comptée parmi les plus grandes sottises de l'histoire humaine, et que, dans les circonstances aetuelles, la science doit considérer comme l'une des tâches les plus importantes de la réfuter et de la rejeter.

CONCLUSION

CONCLUSION

i. — « Qui pourra nier, demande Borner, « qu'aujourd'hui encore c'est non seulement « un réconfort, mais encore, pour qui veut « comprendre les besoins de la philosophie « allemonde, une nécessité de se baigner dans « l'aurore du grand mouvement de l'esprit « allemand qui commence avec Kant? » Ce bain, nous venons de le prendre. Il ne nous a pas réconfortés: nous devrions plutôt croire de ceux qui ont assez de patience pour lire Kant, ce que disait Herder : « Fatigué (T. d'errer à travers des solitudes pleines de <L rêveries creuses, dans un nuage de paroles (L présomptueuses, le lecteur prendra congé « avec plaisir.» Or, un coup d'œilsur la phi-

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losophie allemande affermira en nous cette conviction qu'il est indispensable de la connaître pour bien apprécier dans son cours ce qu'on appelle la culture moderne.

Le grand évéque d'Hippone disait autrefois que Dieu permet les hérésies afin qu'elles servent à faire briller la lumière de tout son éclat. Cela est vrai surtout de la grande hérésie moderne, du Kantisme. Quiconque lit froidement et objectivement la Critique de Kant, sans se laisser empaumer par les sophismes audacieux du téméraire penseur, verra bientôt lui apparaître en pleine lumière ces trois vérités, qui condamnent tout le travail de la science moderne comme contraire à la raison et destructeur de la vie.

2. — En premier lieu, s'il est une vérité, c'est que nous sommes en face d'une râi/e/c transcendante objective, ut de plus suprasensible, qui ne se règle pas sur nous, mais sur laquelle nous devons nous régler. Sous ce rapport, Hartmann dit avec un soupçon de raison : « Seul, celui qui aura pesé à leur vrai poids

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« les arguments idéalistes ; seul, celui qui aura « compris que l'illusionnisme absolu résulte ft fatalement des prémisses idéalistes, sera en « état de ne plus craindre que la critique atta- <s. que sou réalisme; tout autre réalisme ne peut (i se soustraire aux attaques de l'idéalisme (c qu'en y fermant les yeux (1) ». Ajoutons par curiosité cet autre passage du même Hartmann : « Pour se baigner impunément dans les ,(i profondeurs de l'idéalisme, sans perdre la (.<. notion juste du réel, il faut vraiment possède der la formule magique capable de vaincre « l'idéalisme et l'illusionnisme, et comme nul « avant moi n'a bien connu celte formule, il c( n'a pu y avoir jusqu'ici que des réalistes <( aveugles ou des demi-idéalistes ou des mélan- « ges obscurs de ces deux doctrines (Ibid). » Avouons que mil avant moi du savant de Berlin semble être d'un réalisme aussi naïf que celui qu'on rencontre d'ordinaire chez des enfants étourdis.

(1) Exposil. critiq. du réalis. transe, p. 108.

Sur la base de la Critique de la raison pure, Kant croyait pouvoir établir solidement la même existence d'un monde réel extérieur en instituant les quatre antinomies cosmologiques

que voici : " • .

1. Un monde réellement existant doit avoir un commencement dans le temps et des limites dans l'espace ; et, inversement, il doit être sans commencement et sans limites.

2. Un tel monde se compose de parties simples ; et, inversement, il n'existe rien de

simple.

3. — Ce monde doit supposer la liberté, et cependant tout dans le monde se produit en vertu de lois nécessaires.

4. — Ce monde doit supposer un être absolument nécessaire, et cependant il n'existe rien d'absolument nécessaire.

Nous ne rapportons pas ces antinomies afin d'en traiter au long, mais seulement pour nous étonner qu'un aussi grand esprit que Kant ait pu attacher de l'importance à de tels fantômes.

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Mais, s'il existe réellementune réalité externe indépendante de riiomme. si l'homme fait réellement partie d'un univers extérieur, la science perd son caractère de futilité constante ; sa tâche, pleine de responsabilités, consiste à se soumettre à la vérité, à connaître. L'esprit humain doit ainsi arriver à comprendre que le bonheur et la fin de l'homme, ce n'est pas de fabrique?' la vérité, c'est de la connaître et de la suivre.

Oui ne se règle pas sur la vérité, la vérité le réglera un jour, aussi vrai qu'il y a une vérité.

Voilà le réalisme pratique, le seul nécessaire et qui atteigne le fond de la vérité, tel qu'il a toujours été cultivé par la science catholique.

3. — Un second résultat de l'étude de la Critique de Kant, c'est de confirmer la conviction qu'il y a dans l'homme un principe de vie et d'action suprasensible, partant immatériel et qui survit à la mort. Kant lui-même a dit un jour que, si l'on pouvait démontrer

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l'existence de ce principe, tout l'édifice des formes de la Critique serait inutile. Ne voil-on pas encore ici combien le grand penseur avait l'esprit faux? Parlant de ce fait indéniable que nous connaissons le suprasensiblc, il en aurait précisément conclu l'existence d'une faculté intellectuelle suprasensible, et, poussant plus loin ses conclusions, serait arrivé à comprendre qu'il y a dans l'homme un être indépendant de la matière et qui est le sujet de cette faculté. On peut affirmer que l'illustre philosophe s'est perdu dans les détours de la Critique pour n'avoir point voulu voir celle

voie

Et avec quels piteux arguments le penseur désorienté ne cherche-t-il pas à détruire comme des « paralogismes psychologiques, )) les preuves de l'existence d'une àme spirituelle ■ dans l'homme ! Il prétond que tout ce que la psychologie rationnelle démontre de la nature de l'àme humaine n a de valeur que pour le moi pensant p/ienome» ai et non pour le moi réel, qui se cache derrière celui-ci. Voici son argumenta-

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lion dans l'essentiel. La pensée suppose comme sujet un moi pensant et implique avec la conscience, cette idée, je pense. Ce moi est logiquement simple, un et identique dans les divers actes et peut se distinguer de tous les autres êtres. La psychologie rationnelle prend alors ces attributs qui pourtant ne représentent que les formes logiques des actes de la pensée pour en faire une expression du moi pensant lui-même. Du sujet logique elle fait un sujet subsistant en soi ; de la simplicité et de la personnalité apparentes, elle fait une personnalité réelle et prononce que le sujet pensant est un être spirituel impérissable. L'existence i^éelle d'une àme serait, conclut Kanl, inconcevable par cela même qu'il est impossible d'expliquer l'union de l'àme et du corps.

Il suffit d'exhumer de la nécropole de la Raison pure celte momie au plein jour de la réalité pour qu'elle tombe aussitôt en poussière.

Si l'homme a réellement une âme spirituelle, par suite, survivant au corps, la vie terrestre prend une autre valeur ; il devient absurde

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de faire du monde d'ici-bas le seul facteur réel de nos conceptions et de nos entreprises. Alors cette véritable et profonde parole de Saint Augustin, méditant la nuit, prend une importance décisive: « Cette vie mortelle n'est qu'un ri- « vage où les hommes sortis du néant, se ren- (( contrent pour faire voile vers leur véritable c patrie. ))

3, —L^i troisième vérité enfin, que le dcmolissenr a raffermie et rendue indestructible par ses attaques, c'est que, au-dessus et avant les individus possibles et réels, il y a un être absolu et nécessaire, duquel tout dépend. C'est donc une solide et sûre connaissance : il y a un Dieu et il est en dehors et au-dessus du monde.

Contre les preuves de l'existence de Dieu l'illustre penseur a, du point de vue de la Critique, fait donner son artillerie, et dénoncé ces preuves comme des sophisnies.

L'argument cosmologique, qui est l'argument capital, conclut de l'existence d'êtres contingents à celle d'un être absolument nécessaire. Selon Kant, il ne peut avoir de valeur,

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parce que le principe de causalité n'a d'emploi justifié que dan? le domaine de Texpérience sensible ; en dehors, il encourt le reproche de confondre l'idée de l'être tout réel avec celle de l'être absolument nécessaire. Inutile de nous arrêter à cette critique sans fondement. Le P. Kleutgen a raison de le remarquer : (( Si l'on reconnaît que nous sommes autorisés, « — et Kant le nie — à juger des choses ft d'api'ès nos idées, on pourra soutenir avec c( confiance qu'il y a peu de démonstrations « plus claires et plus complètes que celle qu'on « a ainsi donnée de tout temps de l'existence ft de Dieu (Philos, ancienne. N» 911) )>.

D'ailleurs, dans notre critique de la Critique, nous avons vu, en expliquant la connaissance humaine, qu'on arrive nécessairement à conclure qu'il y a concordance entre les formes fondamentales de l'existence des choses et nos facultés de connaître.

Nous sommes ainsi amenés à une métaphysique qui, selon le mot de Hartmann, « monte tre la domination de la raison dans toutes

« les sphères de l'existence et fait voir que le « Cosmos, dans sa création originelle, comme « au cours de son développement, est le produit (( léléologique d'une idée qui se détermine « elle-même logiquement ( Expos, critique, « 137 ). » Ce n'est qu'en admeltard cela que l'expérience est possible, car ce n'est qu'en admettant cela qu'elle n'est pas une escroquerie aux dépens de l'entendement, mais une vraie connaissance. La raison, avec ses lois constitutives, et les choses, avec leurs lois directrices, ont leur dernier fondement dans un être qui a tout créé et qui gouverne tout. Nous trouvons un reflet de cet être suprême absolu dans la nécessité et l'universalité de notre connaissance rationnelle. Car la vérité, avec son caractère absolu, subsisterait encore, quand même le monde péi'irait : elle ne peut émaner d'un être contingent et périssable, elle doit avoir son fondement xlans un être absolument nécessaire, qui est en même temps le principe dernier de toutes choses. 5. — Si, malgré ia Critique de Kant, l'exis-

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tence de Dieu est indéniable, cest de la part de la philosophie moderne une folle présomption que de s'être écarlée du terrain de la foi chrétienne, et d'avoir déclaré la guerre au a dogme ».

Certes, aucune nécessité ne s'imposait à Dieu d'offrir un appui à la faiblesse humaine sous la forme de moyens naturels et surnaturels. Mais étant donnée l'infinité des moyens que la sagesse divine a coutume d'employer pour atteindre les buts naturels, il fallait encore en quelque manière s'attendre à ce qu'elle usât de celui-là. Si donc elle l'a employé, l'homme doit se sentir tenu à la plus grande reconnaissance envers la divine bonté. Qui ne sait combien est mobile la nature humaine, combien sourde l'intehigence à la voix de la vérité ! Autant d'hommes sur terre, autant de genres possibles de paganisme renaissant. Quelques progrès, que fasse dans ses conquêtes la civilisation, avec chaque enfant entre dans la vie un agent de recul, de barbarie, de révolution. Comme le montre l'histoire, Dieu

Notre Seigneur a pour ainsi dire tendu un bras secourable à rimmanité qui s'égarait. C'est à l'homme de saisir cette main, sachant qu'il en a besoin. Oui. de même que Dieu a librement révélé sa toute puissance et son infinité par la Création, de même il a librement au-dessus de la nature créée, — et pour ainsi dire, afin d'afToler la nature, — révélé les profondeurs mêmes de son essence. Dieu est amour, et la révélation de cet amour est le « dogme chrétien. » Et il serait scientifique de combattre cette œuvre de Dieu ! Schiller dit fort bien quelque part, au sens de Kant, que tel fut le but de la civilisation po'stérieureà la Réforme : des chrétiens refaire des hommes. La vérité est que les chrétiens qui se laissent emporter par cette civilisation, tombent bien au-dessous de l'humanité même.

^ans la forme cxtéi'ieure de son œuvre Dieu s'est accommodé au.x particularités de la nature humaine, sa créature ; cette forme nous l'avons sous les yeux : société perpétuelle et parfaite, c'est l'Église catholique. Il était à pré-

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voir que l'orgueil insensé, qui vit dans l'humanité, en viendrait à la révolte. C'est ce qui est arrivé. Et ainsi, dit Gœtlie, — le conflit entre la foi et l'incrédulité est le — thème le plus profond de l'histoire du monde.

Résumons en quelques mots le résultat de nos études.

— Ce n'est pas Je subjectivisme protestant, mais l'objectivisme catholique, qui peut seul sauver le monde. Si la philosophie veut rester raisonnable, qu'elle s'attache à la base de la conception chrétienne, et, si elle s'y attache, qu'elle s'oriente vers le cathohcisme.

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