‹ Le Klephte; comédie en un acteChapitre 9 sur 15 · SCÈNE VIII PRABERNEAU, AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII PRABERNEAU, AMÉLIE

PRABBRNEAU, entrant.

Tiens I Claire n'est pas là?

AMÉLIB.

Tu voulais lui parler?

PRABERNEAU.

Oui... de la part de Philippe...

AMÉLIE, TiremenL

n t'a tout raconté?

PRABERNEAU.

Je crois bien !... un ménage déplorable, des scènes perpétuelles... ptur un oui, pour un non, ils se prennent aux cheveux... Ça ne peut pas durer; Philippe en convient luimême.

AMÉLIB.

11 veut faire la paix ?

Absolument. C'est pour cela qu'il me charge de dire à sa

n LE KLEPHTE

femme qu'à partir d'aujourd'hui il la prie de ne plus lui adresser la parole.

AMÉLIE

Hein?

PRABERNKilU.

Si elle a besoin de lui parler pour les affaires de la maison, elle devra recourir à un intermédiaire.

AMÉLIE

Voilà ce que tu appelles faire la paix? Et moi qui comptais sur ton influence...

PRABERNEAU»

Ah! bien, écoute donc!... j'ai beau être influent, je ne peux pas réconcilier la mer Noire avec l'Océan Atlantique!...

AMKLIK.

Sont-ils séparés à ce point?

PRABERNEAU.

Mais il y a un abîme entre eux I Je l'ai dit à Philippe : un abîme qui ira toujours grandissant. — Ça l'a beaucoup frappé.

AMÉLIE

Il est certain que lorsque deux époux ne sont pas fait? l'un pour l'autre...

Comme nous 1 C'est ce que j'ai dit à Philippe : Regardenous!

A M É L 1 E| ■rso MntlmenL

Ça ne Ion changerait pas, va ! Nous sommes plus heureux

qu'eux... Il n'y a pas d'autre conclusion à tirer de leur infortune.

PRABERNEÀU.

C'est bien ce qui me console ! Sans cela, je m'affecterais trop du malheur de ces pauvres cousins...

AMÉLIE

Bon Achille ! (changeant de ton. Cnrieuiemenl) AlorS Philippe t'a

fait toutes ses confidences?

PRABERNEAU.

Toutes I Et sa rage de lecture, et l'arrivée du Klephtc, et la nuit passée dans les larmes, et la dispute au déjeuner? et l'histoire de l'emballeur...

AMÉLIE

L'histoire de l'emballeur?... Je ne la connais pas.

PRABERNEAU, riant

Ah 1 elle est très drôle I... C'est un emballeur qui vient un jour... Mais elle est trop longue, je te la raconterai plus tard.

AMÉLIE

Pourquoi pas tout de suite ?

Parce que je n'en ai pas le temps, mon amour. Cest une histoire qui n'en finit pas... Philippe me l'a commencée en sortant de la maison ; nous avons fiiit trois fois le tour du parc, quand nous sommes rentrés, elle durait encore 1

44 LE KLEPUTE

AMÉLIE

Tu peux me la résumer en deux mots.

PRABERNEAU.

Mais noni en deux mots, ça manquerait de sel... Ce n'est pas l'histoire qui est drôle, ce sont les détails.

AMÉLIE

Oui... les détails scabreux 1

PRABERNEAU.

Mais les détails n'ont rien de scabreux 1

AMÉLIE

Tu a» voulu d'abord me raconter l'histoire, et puis tu as réfléchi qu'elle était trop leste. . .

PRABERNEAU.

Je te jure qu'elle n'est pas leste 1

AMÉLIE

Oh I va donc 1

PRABERNEAU.

Elle est plutôt niaise. .. là... si tu veux le savoir. Au fond, je la trouve niaise.

Alors, pourquoi ne veux-tu pas me la dire î

PRABERNEAU.

fiirce qu'il mo faudrait une heure!

AMÉLIE

Depuis que nous discutons, tu aurais eu dix fois le temps de me la raconter.

PRABERNEAU.

Mais, ma bonne, je t'affirme sur ce que j'ai de plus sacré...

AMÉLIE

Tu peux m'affirmer tout ce que tu voudras, je vois bien qu'il s'agit d'une histoire inconvenante.

PRABERNEAU.

Et c'est pour cela que tu tiens à la connaître?

AMÉLIE

Ahl Achille I... je te prie de ne pas me dire des choses blessantes. *

PRABERNEAU.

Non 1 mais enfin.. .

AMÉLIE

Je te parle gentiment, tu pourrais me répondre de même.

PRABERNEAU.

C'est bien mon intention ; seulement. . .

AMÉLIE, ■'animanL

Si tu veux prendre avec moi le ton de ton ami Philippe avec Claire, je te préviens que je ne le tolérerai pas.

PRABERNEAU.

Ne t'occupe pas de Philippe 1

* Amilie, PraberuMo.

46 LE KLErUTE

AMÉLIE

Ah! pardon I Je m'en occupe... et pour cause! J'ai fort bien remarqué que lorsque tu restais quelque temps avic lui, tu prenais tout de suite des manières qui ne te sont pas iiabituelles.

PRABERNEAC, arsc bonbumie.

Alors, tu n'as pas à craindre. . .

AMÉLIE

J'ai tout à craindre, au contraire 1

PRABERNEAU.

Voyons, ma bonne amie . . .

AMÉLIE

Et je t'assure qu'il m'a fallu une certaine dose d'abnégation pour consentir à venir passer vingt-quatre heures

PRABERN EAD.

C'est toi qui m'y as poussé 1

AMÉLIB.

Pour te faire plaisir.

PR ABERNBAU*

Ah 1 elle osl forte, colle-là '

AMÉLIB.

Je savais que tu avais une envie folle d'embrasser ton cbcr i'hilippe.

LE KLEPHTK 47

PRABERNEAU.

Moi? Pas du toutl... J'aime bien Philippe... c'est un bon garçon... mais de là à l'adorer. . .

AMÉLIE

Alors, pourquoi lui as tu lait épouser ta cousine ?

PRABERNEAU.

Parce que j'espérais faire leur bonheur à tous deuxl

AMÉLIE, rallleuM.

Tu vois comme tu as réussi 1

PRABERNEAU, plqu«.

Ce n'est pas ma faute si celte union a mal tourné; toutes les conditions du bonheur s'y trouvaient... l'amour, la jeunesse, la fortune. . .

AMÉLIE

Oh I la fortune ! . . Philippe n'a pas le sou.

PRABERNEAU.

Pas le sou I... Eh bien, et ce château?

Il ne vaut pas cher.

PRABERNEAU.

La terre et le château de Larians ne valent pas cher ?

AMÉLIE, l'imitant en enflant m toIx.

« La terre et le château... » Ne dirait-on pas qu'il s'agit d'un royaume? *

* Praberneaa, Amélia.

PRABERNEAU.

Je ne dis pas cela; mais il est noloire...

AMÉLIE

Avoue-le, va ! ce qui te plaît le plus dans cette propriété, c'est le nom.

PRABERNEAU.

Le nom?

AMÉLIE

Tu n'es pas fâché d'avoir une parente qui s'appelle madame de Larians.

PRABERNEAU.

Par exemple I

AMÉLIE

Et c'est à cette gloriole que tu as sacrifié le bonheur de ta pauvre cousine...

PRABERNEAU, gnffoqué.

Oh!

AMÉLIE

AU lieu de lui faire épouser un simple bourgeois comme toi.

PRABERNEAU.

Dis tout de suite que je rougis de ma famille!

AMÉLIE

Je ne sais pas si tu en rougis... mais je sais bien que ton nom te pf'ise 1

PRABERNEAU, tarleuz.

Mon nom me pèse? le nom de Praberneau me pèse?...

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