‹ Le Koran;Chapitre 143 sur 503 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

1 1. Un jour les frères de Joseph dirent à Jacob : 0 notre père! pourquoi ne veux-tu pas nous confier Joseph? nous lui voulons cependant du l3ien.

12. Laisse-îe partir demain avec nous; il mangera des fruits et il jouera ^ ; nous serons ses gardiens.

13. — J'éprouverai du chagrin, dit Jacob, si vous Femmenez; je crains qu'un loup ne le dévore pendant que vous n'y ferez pas attention.

14. Si un loup doit le dévorer, nous qui sommes plusieurs, nous serions bien malheureux de ne pouvoir le défendre.

15. Puis ils emmenèrent Joseph avec eux, et d'un commun accord ils le jetèrent au fond d'un puits. Nous fîmes alors cette révélation à Joseph : Tu leur rediras tin jour ce qu'ils ont fait, et ils ne le comprendront pas 2.

16. Le soir ils se présentèrent devant leur père en pleurant.

17. 0 notre père! dirent-ils, nous nous sommes éloignés pour courir à qui mieux mieux, et nous avons laissé Joseph auprès de nos hardes, et voilà qu'un loup l'a dévoré. Mais tu ne nous croiras pas, quoique nous disions vrai.

18. Puis ils lui montrèrent sa chemise teinte de quelque autre sang 3. Jacob leur dit : C'est vous-mêmes qui avez arrangé tout cela, mais la patience vaut mieux. J'implore le secours de Dieu dans le malheur que vous venez de m'apprendre.

19. Il arriva que des voyageurs vinrent à passer par là ; ils envoyèrent un homme chargé de leur apporter de l'eau. Celui-ci laissa descendre son seau dans le puits, et s'écria : Quelle heureuse rencontre! c'est un jeune homme. Ils le cachèrent pour en faire marchandise ; mais Dieu connaissait leurs actions.

20. Ils le vendirent pour un vil prix^, pour quelques drachmes d'argent, et comme tenant peu à le garder.

21. Celui qui l'acheta (ce fut un Égyptien) dit à sa femme ^ :

' D'après une autre leçon : nous paîtrons les troupeaux et nous jouerons.

^ En Egypte, quand ses frères vinrent chercher des vivres.

^ Mot à mot : d'un sang mensonger, c'est-à-dire, qui n'était pas le sang de Joseph.

'' Joseph est pour les mahométans le type de la beauté. De là l'expression : « vendre Joseph pour un vil prix, » est devenue proverbiale, et revient au même que : « vendre un trésor inestimable pour un objet de nulle valeur. »

' Le nom de l'Egyptien, trésorier du roi, selon les commentateurs, est Kitfir ou Itfir, altération du nom dePutiphar, occasionnée par la confusion des lettres k et f, qui ne diffèrent que par les points, la lettre p n'existant pas en arabe. Le nom de la femme, d'après les mahométans, qsV Zuleïkha,

Donne-lui une hospitalité généreuse; il peut nous être utile un jour, ou bien nous Tadopterons pour notre fils. C'est ainsi que nous avons établi Joseph dans ce pays-là; nous lui apprîmes Tinîerprétation des événements. Dieu est puissant dans ses œuvres; mais la plupart des hommes ne le savent pas.

22. Lorsque Joseph parvint à l'âge de puberté, nous lui donnâmes la sagesse et la science : c'est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien.

23. La femme dans la maison de laquelle il se trouvait conçut de la passion pour lui ; elle ferma toutes les portes de l'appartement*, et lui dit : Tiens ici. — Dieu m'en préserve! répondit Joseph. Mon maître m'a donné une généreuse hospitalité. Les méchants ne prospèrent pas.

24. Mais elle le sollicita, et il eut la même intention, mais il reçut un avertissement de son Seigneur. Nous le lui avons donné pour le détourner du mal, d'une turpitude, car il était de nos serviteurs sincères»

25. Alors tous les deux s'élancèrent vers la porte, lui fjour fuir, elle pour le retenir, et la femme déchira la tunique de Joseph par derrière. Tous deux rencontrent à la porte son maître à elle (son mari). Que mérite, dit la femme, celui qui a conçu des intentions coupables à l'égard de ta femme, sinon la prison ou une punition terrible ?

26. — C'est elle , dit Joseph, qui m'a sollicité au mal. Un parent de la femme témoigna alors contre elle, en disant : Si la tunique est déchirée par devant, c'est la femme qui dit la vérité, et c'est Joseph qui est menteur.

27. Mais, si elle est déchirée par-derrière, c'est la femme qui a menti, et c'est Joseph qui dit la vérité.

28. Le mari examina la tunique, et vit qu'elle était déchirée par derrière. — Voilà de vos fourberies! dit le mari, et certes grandes sont vos fourberies!

29. 0 Joseph, ne te préoccupe pins de cette affaire^; et toi femme! demande pardon de ta faute, car tu as péché.

30. Les femmes de la ville se racontaient l'aventure, en disant : La femme de TAziz 3 a eu des vues sur son jeune homme, qui l'a

* Les commentateurs ajoutent : il yen avait sept.

' Mot ù mot : tourne le dos à cette aiïaire, Vm^^g cela 1;V

' Aziz yawi dire en arabe pi/tssanf, et aussi cher. Dans le premier sens, rc mot s'applique à Dieu. 1! est employ»'; exceptionnellement ici pour l'inlendant du trésor en Egypte, et ce titre s'est conservé lon.ijlemps cliez les Orienlaux comme particulier aux gouverneurs de l'Egypte et aux lieutenants des califes dans ce pays.

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