CHAPITRE XIÏ. 1S
ma confiance en lui, et c*est en lui que mettent leur confiance les hommes qui se résignent.
68. Ils entrèrent donc dans la ville en se conformant à l'ordre de leur père; mais cette précaution ne pouvait leur être d'aucune utilité contre les arrêts de Dieu, sauf qu'elle satisfaisait le désir de Jacob, qui la leur avait recommandée. Or Jacob possédait la science que nous lui enseignâmes ; mais la plupart des hommes n'en ont point.
69. Et quand ils se présentèrent devant Joseph, celui-ci retint à diner son frère Benjamin, et lui dit : Je suis ton frère, ne l'afflige plus du crime qu'ils ont commis.
70. Joseph, les ayant pourvus de leurs provisions, glissa une coupe à boire dans les bardes de son frère Benjamin ; puis, par ses ordres, un héraut cria après eux : Hé ! voyageurs ! vous êtes donc des voleurs?
71. Les fils de Jacob retournèrent sur leurs pas, et s'écrièrent: Que cherchez-vous ?
*72. — Nous cherchons, leur répondit-on, la coupe du roi. Quiconque la restituera, recevra une récompense en blé de la charge d'un chameau ; j'en suis garant, dit le héraut,
73. — Nous le jurons par Dieu, répondirent les fils de Jacob, vous savez que nous ne sommes point venus ici pour commettre des brigandages ; nous ne sommes pas des voleurs.
74. — Et, si vous mentez, quelle sera la peine de celui qui l'a fait ? dirent les autres.
75. — Celui, répondirent-ils, dans les bardes duquel sera trouvée la coupe, vous sera livré en expiation. C'est ainsi que nous punissons les coupables^
76. Joseph commença par fouiller dans leurs sacs avant de fouiller dans celui de son frère, puis il tira la coupe du sac de son frère. C'est nous qui suggérâmes cette ruse à Joseph ; il n'aurait pas pu, d'après la loi du roi de l'Egypte, s'emparer de la personne de son frère, à moins que Dieu ne l'eût voulu. Nous élevons le rang de celui que nous voulons. Il est quelqu'un plus savant que les savants.
77. Les fils de Jacob dirent alors : Si Benjamin a commis ce vol, son frère en avait commis un avant lui^. Joseph comprima au
* C'est-à-dire, d'après l'usage en Yigueur chez nous Hébreux, le Yoleur est retenu comme esclave.
' D'après les commentateurs, Joseph, étant tout petit, aurait volé une ceinture à sa tante; selon d'autres, une poule, pour la donner à un pauvre, ou enlin une idole à son grand-père Laban.
fond de son cœur la vérité et ne se fit pas connaître, il dit en luimême : Vous êtes dans une condition plus à plaindre que nous deux. Dieu connaît rnieux ce que vous racontez.
78. — -0 Seigneur! dirent-ils alors, il a un père âgé, respectable ; prends plutôt un d'entre nous à sa place. Nous savons que tu es généreux.
79. — ■ A Dieu ne plaise que je prenne un autre que celui chez qui notre coupe a été trouvée! Si je le faisais, j'agirais injustement.
80. Quand ils eurent désespéré du succès de leurs demandes, ils se retirèrent pour se consulter. Le plus âgé d'eux dit : Ne savez-vous pas que votre père a reçu de vous une promesse faite devant Dieu ? Ne vous rappelez-vous pas quel crime vous avez commis à l'égard de Joseph? Je ne quitterai pas le pays que mon père ne me Tait permis, ou que Dieu ne m'ait manifesté ses ordres, car il est le meilleur des juges.
81. Retournez auprès de votre père, et dites-lui : 0 notre pèrej ton fils a commis un vol : nous ne pouvons témoigner, excepté de ce qui est à notre connaissance, et nous ne pouvions nous tenir en garde contre les choses imprévues.
82. Fais prendre des renseignements dans la ville où nous étions, et près de la caravane avec laquelle nous sommes arrivés, et tu verras que nous disons la vérité.
%z. De retour chez eux, Jacob leur parla ainsi : Vous avez arrangé tout cela vous-mêmes ; mais prenons courage, peut-être Dieu me les rendra tous deux, car il est le Savant, le Sage.
84. Il s'éloigna donc d'eux et s'écria : Hélas I ô Joseph ! Et ses yeux blanchirent de tristesse, et il fut oppressé par la douleur.
85. Ses fils lui dirent : Au nom de Dieu, tu ne cesseras donc de parler de Joseph jusqu'à ce que la mort te surprenne ou que la douleur termine tes jours ?
86. — Je porte mon affection et ma douleur devant Dieu, et je sais sur Dieu ce que vous ne savez pas.
87. 0 mes enfants! allez et informez -vous partout de Joseph et de son frère, et ne désespérez pas de la bonté de Dieu ; car les ingrats seuls désespèrent de la bonté de Dieu.
88. Ils revinrent en Egypte, et, s'étant présentés chez Joseph, ils lui dirent : Seigneur ! la misère s'est appesantie sur nous et sur notre famille ; nous n'ai)portons qu'une modique somme ; mais fais-nous remplir la mesure, fais-nous-en l'aumône. Dieu récompensera ceux qui font l'aumône.