Moïse! je suis le seul Dieu puissant et sage
10. Jette ton bâton. Moïse le jeta, et lorsqu'il le vit s'agiter comme un serpent , il se mit à fuir sans se retourner. 0 Moïse ! lui cria-t'On, ne crains rien. Les envoyés n'ont rien à craindre de moi,
11. Si ce n'est peut-être celui qui a commis quelque iniquité; mais, s'il a remplacé le mal par le bien, je suis indulgent et miséricordieux.
12. Porte ta main dans ton sein, et tu la retireras toute blanche, sans que ce soit une maladie ^ Ce sera un des neuf signes pour Pharaon et son peuple ; c'est un peuple pervers.
13. Quand nos miracles frappèrent leurs yeux en toute évidence, ils dirent : C'est de la magie manifeste.
14. Quoiqu'ils aient acquis la certitude de leur vérité , ils les nièrent par orgueil et par injustice. Mais considère quelle fut la fm des méchants.
15. Nous avons donné la science à David et à Salomon 2. Ils disaient : Louange à Dieu, qui nous a élevés au-dessus de beaucoup de ses serviteurs croyants !
16. Salomon fut l'héritier de David ; il dit : 0 hommes! on nous a appris à comprendre le langage des oiseaux, et on nous a comblé de toute sorte de choses. C'est une faveur évidente de Dieu.
17. Un jour les armées de Salomon, composées de génies et d'hommes, se rassemblèrent devant lui, et les oiseaux aussi, tous rangés par troupes séparées.
' C'est-à-dire que ce n'est pas la lèpre.
"^ Salomon {Soleïman) est regardé parles musulmans comme un prophète et comme un roi ^age et puissant. La splendeur de sa cour, la magniticence de ses palais, l'empire absolu qu'il exerçait sur les vents et sur les génies, la connaissance du langage de tous les êtres créés, et, à côté de tous ces emblèmes de grandeur, son aflabilité qu'il laissa aller jusqu'à s'entretenir avec la fourmi et à accueillir gracieusement une cuisse de sauterelle dont elle lui fit hommage, tout cela fournit aux auteurs orientaux un sujet éternel de comparaisons et d'allusions. Mahomet, qui aura puisé dans les contes juifs le merveilleux de l'histoire de Salomon, ne sait rien des écarts qui l'ont fait tomber dans l'idolâtrie. Voy. chap. XXXVIII, 35. Peut-être aussi le prophète arabe a-t-il jugé à propos de supprimer, dans l'intérêt du culte unitaire qu'il prêchait, l'histoire de la chute d'un prince aussi célèbre par sa sagesse. Voyez chapitre XXXIV, Uj 12, 13.
04 LE KORAX.
18. Lorsque tout ce cortège arriva à !a vallée des FOURMIS, une eVeritre elles dit : 0 fourmis! rentrez dans vos demeures, de peur que Saiom.on et ses armées ne vous écrasent sous leurs pieds sans le savoir.
19. Et Salomon sourit à ces paroles de la fourmi, et dit : Seigneur! fais que je te sois reconnaissant pour les bienfaits dont lu m'as comblé ainsi que mes pères ; fais que je pratique le bien pour te plaire, et assigne-moi une part dans la miséricorde dont tu environnes tes serviteurs vertueux.
20. 11 passa en revue l'armée des oiseaux, et dit : Pourquoi ne vois-je pas ici la huppe? Est- elle absente?
21. En vérité, je lui infligerai un dur châtiment, ou bien je la tuerai, à moins qu'elle ne me donne quelque excuse légitime.
22. En effet elle ne resta pas longtemps sans venir, et dit à Salomon : J'ai appris ce que lu ne sais pas; je viens de Saba avec des nouvelles certaines.
23. J'y ai trouvé une femme régnant sur les hommes; elle possède toute sorte de choses et elle a un grand trône ^
24. J'ai vu qu'elle et son peuple adoraient le soleil à côté de Dieu : Satan a embelli leurs œuvres à leurs yeux; il les a détournés de la vraie route, en sorte qu'ils ne sont point dirigés,
25. Et qu'ils n'adorent point ce Dieu qui produit au grand jour les secrets des cieux et de la terre, qui connaît ce que vous cachez et ce que vous publiez;
2ô. Ce Dieu hors lequel il n'y a point de Dieu, possesseur du grand trône.
27. — Nous verrons, dit Salomon, si tu as dit vrai ou si lu as menti.
28. — Va-l'en avec cette lettre de ma part; remets-la-leur, et place-toi à l'écart ; tu verras quelle sera leur réponse.
29. La huppe partit et s'acquitta de sa mission. La reine dit aux grands de son royaume : Seigneurs, une lettre illustre vient
de ni'étre remise.
30. Elle est de Salomon ; en voici le contenu : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux,
31. » Ne vous élevez pas contre moi; venez plutôt à moi, vous abandonnant entièrement cl Dlcu'^. ))
' Selon les mahom clans, le nom de ceUe reine de Saba était Balkis. Le tronc dont il est ici question était d'or et d'argent, long de quatre-vingts coudées, largo rie quarante, et haut de trente. Il était surmonté d'une couronne de perles et de pierres précieuses. H est encore question de Saba au chap. XXXIV.
' Les mots: abandonnés d la volonté.,, ne peuvent s'entendre autrement
CIÎAriTRE XXVII.
32. Seigneurs, dit la reine, conseillez-moi dans cette affaire; je ne déciderai rien sans voire concours.
33. Nous sommes forts et redoutables, reprirent-ils ; mais c'est à toi qu'il appartient de donner des ordres; c'est à toi de voir ce que tu as à nous commander.
34. •— Lorsque les rois entrent dans une ville, dit la reine, ils ravagent et font de ses plus considérables citoyens les plus misérables. C'est ainsi qu'ils agissent.
35. J'enverrai des présents, et je verrai ensuite ce que me rapporteront mes envoyés.
38. Lorsque l'envoyé de la reine se présenta devant Salomon, celui-ci lui dit : Vous voulez donc m'assister de vos trésors? Ce que Dieu m'a donné vaut mieux que ce qu'il vous a donné à vous. Mais vous tirez vanité de vos dons !
37. Retourne vers le peuple qui l'envoie. Nous irons Tattaquer avec une armée à laquelle il ne saurait résister. Nous les chasserons de leur pays, avilis et bumiliés.
38. Salomon dit aux siens : 0 seigneurs! qui d'entre vous m'apportera le trône de la reine avant qu'ils viennent eux-mêmes s'abandonnant à la volonté de Dieu '?
39. Ce sera moi, répondit Ifrit^, un des génies; je te l'apporterai avant que tu te sois levé de ta place. Je suis assez fort pour cela, et fidèle.
40. Un antre génie, celui qui avait la science du Livre ^, dit à Saloraon : Je te l'apporterai avant que tu aies cligné de l'œil '^. Et lorsque Salom.on vit le trône placé devant lui, il dit : C'est une marque de la faveur de Dieu ; il m'éprouve pour savoir si je serai reconnaissant ou ingrat. Quiconque est reconnaissant l'est à son avantage; quiconque est ingrat, Dieu peut s'eni^asser, car il est riche et généreux.
41. Rendez-lui méconnaissable ce trône, fZ^Ï Salomon aux génies. Nous verrons si elle est sur la droite voie, ou bien du nombre de ceux qui ne sauraient être dirigés.
que par rapporta Dieu ; aussi pourrait-on traduire ici : Faites-vous musulmans. Nous avons déjà fait observer ailleurs que Blaliomet cherchait à rattacher ses dogmes à ceux des anciens prophètes d'Israël.
' Voyez plus haut le verset 30.
' Lg mot Ifrit, d;uis le Koran, est expliqué dans les commentaires par le mot mlain, affreiio:, reielic. Ce mot est deven-j un nom aDDellatii' de tout gtnie malfaisant.
' Voy. chap. XYIlï, 48, et LXXÎÎ,
* Mot à mot : avant que ton clignement d'œil revienne à loi, c'esi-cVdire, qus lu fermes l'œil et le rouvres.
45. Et lorsqu'elle (lo. reine] se présenta devant Salomon , on lui demanda : Est-ce là votre trône? elle répondit : On dirait que c'est lui-même ^ Or, nous avions reçu la science avant elle, et nous étions résignés à la volonté de Dieu.
43. Les divinités qu'elle adorait à côté de Dieu l'avaient égarée, et elle fut du nombre des infidèles.
44. On lui dit : Entrez dans ce palais. Et quand elle le vit, elle croyait que c'était une pièce d'eau , et se retroussa autour des jambes. C'est un palais pavé de cristal, répondit Salomon 2.
45. — Seigneur, j'avais agi iniquement envers moi-même en adorant les idoles; maintenant je me résigne, comme Salomon, à la volonté de Dieu, maître de l'univers.
46. Nous avons envoyé Saleh vers les Thémoudites, ses frères, pour leur faire adorer Dieu. Ils se divisèrent en deux partis.
47. 0 mon peuple! leur disait Saleh, pourquoi voulez-vous hâter le mal du supplice plutôt que le bien des récompenses divines? Que n'implorez-vous le pardon de Dieu, alin qu'il ait pitié de vous?
48. — Nous avons consulté sur toi et les tiens le vol des oiseaux. — Votre fortune ^ dépend de Dieu, répondit-il; vous êtes un peuple que Dieu veut éprouver.
49. Il y avait dans la ville neuf individus qui commettaient des excès dans le pays, et ne faisaient aucune bonne action.
50. Ils se dirent entre eux : Engageons-nous , par un serment devant Dieu, à tuer, pendant la nuit, Saleh et sa famille; nous dirons ensuite aux vengeurs de son sang : Nous n'avons pas été présents à la mort de sa famille; nous disons la vérité.
51. Ils mirent en œuvre leurs artifices, et nous mîmes en œuvre les nôtres pendant qu'ils ne s'en doutaient pas.
* La reine a fait là preuve de beaucoup d'esprit, disent les commentateurs, au lieu de dire : houa houa, c'est lui, c'est mon trône, elle s'exprime avec doute : On dirait que cest le même. Quant aux mots qui suivent, les commentateurs ne sont pas sûrs si c'est la reine qui dit : « Nous avons précédemment reçu de Dieu la science, et nous savons, ô Salomon, que vous êtes un prophète, » ou bien si ce sont les grands de la cour de Salomon qui se disent ces mots entre eux. Dans la première version, les mots arabes avant elle voudraient dire : avant cette circon-» stance, avant ce moment-ci.
' Les commentateurs ajoutent que Salomon n'avait fait introduire la reine dans l'appartement pavé de cristal que pour lui procurer une illusion, et pour s'assurer, en la forf;ant à se retrousser, si elle avait les jambes semblables à celles d'une chèvre, comme on le lui avait rapporté.
' Mot h mot : votre oiseau est auprès de Dieu.