‹ Le Koran analyséChapitre 1 sur 507 · Le Koran analysé · texte numérisé non relu

Le Koran analysé

La conquête de C Algérie par la France, en 1830, est l’un des faits capitaux du XIXe siècle, le siècle de l’établissement de grands courants d'échanges internationaux d'idées sociales.

Ce n'était pas la première fois que, côtoyant ou traversant le plus occidental et le plus vaste des lacs creusés dans la plus considérable des masses continentales de notre globe actuel, des peuples venus soit de l’Asie, soit de l’Europe, se posaient sur la côte septentrionale de la mystérieuse Afrique. Les Phéniciens avant les Romains, après ceux-ci les Vandales, ensuite les Grecs de Constantinople, puis les Arabes et, en dernier lieu, les Turcs, avaient déjà successivement occupé ce riche littoral: mais les uns comme les autres ne s'étaient attachés, parait-il, qu’à l’exploiter.

Nous ne savons rien de la civilisation qu'auraient importée les Phéniciens parmi des populations dont on ne peut affirmer que l’origine, tout aussi asiatique que la leur. Il est permis de penser, en interrogean t ce qu’à défaut de l’histoire a transmis la tradition, que ces trafiquants ne s’inquiétaient que d’établir et de fortifier à côté de l'Egypte, en face de la Grèce et de l’Italie et dans la direction de l’Espagne, alors les grandes visées commerciales, des stations semblables aux comptoirs installés plus tard par les Européens le long des deux côtes de l'Afrique et dans la mer des Indes, afin de s'assurer un plus facile accès vers cet extrême Orient d'où se sont répandîtes de proche en proche les lueurs primordiales de notre civilisation. Si les Phéniciens avaient enseigné quelque chose aux populations devenues leurs sujettes, il n’eût pas suffi de la destruction d'une ville et d’un ordre du Sénat romain pour effacer subitement toute trace de leur longue présence.

Les Romains qui les remplacèrent et dont la domination ne fut guère moins longue, ont laissé plus de traces. Le littoral, jusqu'à une assez grande profondeur, est semé de monuments qui attestent l'amour qu’ils portèrent à cette contrée favorisée d’une fécondité exceptionnelle et d'un climat d'une singulière générosité. Mais ils n'activèrent cette fécondité qu’au profit de leur absorbante métropole, ils

PREFACE

ne demandèrent à cette générosité que la satisfaction de leur sensualité. Les Vandales qui les firent disparaître ne se heurtèrent à aucune institution , à aucun principe social qui retardât leur triomphe.

Eux-mêmes disparurent à leur tour au bout de moins d'un siècle , ne laissant d'autre souvenir que celui de leur brutale avidité. Une poignée de soldats, conduits par Bélisaire, pour le compte de V Empereur d'Orient, Justinien, en eut promptement raison.

Les Grecs continuèrent les errements de leurs devanciers en les assaisonnant des mille et une petites misères qui finirent par énerver Constantinople elle-même.

Les deux dernières invasions arabes, d'Arabes d'Arabie, entendons-nous bien, qui eurent lieu, notamment dans notre Algérie, au VIE siècle, eurent bientôt tout balayé devant elles.

Il est inutile de s'arrêter à la période turque. Tout le monde sait à quoi s'en tenir sur l'Osmanli: il campe et ne s'implante pas.

La France doit faire mieux que ses prédécesseurs dans le principal des postes qui lui sont échus en Afrique. Elle doit comprendre qu’elle sera toujours maîtresse de la situation en Europe si elle parvient à constituer de l'autre côté de la Méditerranée, un peuple qui vive de sa vie, qui ne soit qu’un avec elle. L’émigration européenne ne suffirait pas pour cela. Le Français, moins aventureux qu’on ne se le figure, ne consent p>as facilement à aller si loin qu’il n'entende plus chanter les cloches de son village. Et puis, chaque nouveau pas fait en avant par la démocratie rendra la métropole plus chère au travailleur. L'Anglais, si peu assimilable, a ses Indes orientales, son Australie, son cap de Bonne-Espérance, son Canada ; l' Alleynagne, la grande pourvoyeuse des Etats-Unis, préfère a la nôtre une terre qu'elle n’a pas à disputer à nos infinies méticulosités administratives ; il n’y a guère à espérer qu'il s'établisse un véritable courant d'émigration venant de l’Espagne et de l'Italie : il ne faut donc pas négliger l’indigène musulman, il faut, au contraire, s'en emparer. Il ne peut aujourd’hui nous aimer, nous qui nous sommes emparés du sol dont il s'estimait le propriétaire incommutable et qui avons changé les conditions économiques dans lesquelles il y vivait; mais il pourra, comme il en est advenu de tant d’autres populations conquises, s'habituer à nous qui lui aurons créé de nouveaux besoins, inspiré de nouvelles idées.

Le tout est de s'assurer d'im moyen d’influence morale.

PREFACE

Ce moyen n’esl point du tout la prédication des dogmes chrétiens. Le christianisme, efflorescence de la philosophie hellénique ' , s'est promptement transformé, ainsi que l'avait fait dans une insondable antiquité le védisme, en une machine thèoeratique . Ce système est absolument antipathique au rameau de la grande famille indoue particularisé sous le nom de sémitique. La circonspection du mosaisme dans la délimitation du rôle quasi-Egyptien abandonné à la tribu sacerdotale de Lévi, le prouve. Or, le noyau musulman est, comme le juif, arabe, c'est-à-dire sémite par excellence, et ce qui caractérise ce groupe humain est un positivisme réfractaire aux spéculations mystiques, habitude du groupe aryen, son très-proche parent cependant -. Jamais un Arabe ne voudra rien comprendre aux trinités, aux vierges mères, aux incarnations divines ni brahmaniques, ni égyptiennes, ni chrétiennes , non plus qu'aux transsubstantiations . Seulement, comme il est narquois et fripon, il se laissera baptiser autant de fois qu’on le voudra payer 3.

Il a été de mode, pendant un moment, de prendre texte de certains principes, de certaines coutumes remarqués dans certains groupes, plus ou moins Berbères, plus ou moins autochthones , dont les plus considérables sont connus sous V appellation de Kabyles, pour en inférer la possibilité de retrouver là et de raviver un vieux levain de catholicisme : V erreur est dissipée. Ces principes, ces coutumes, sont le bagage soustrait par des fugitifs aux ravageurs du littoral et il est certain que ces fugitifs, préoccupés avant tout de leur chère indépendance, ont laissé choir et se perdre en route ce qu’ils avaient de catholicisme, tantôt orthodoxe et tantôt hérétique, suivant l’exemple donné par les Grecs ou les Romains, leurs riches et puissants suzerains. Ils sont devenus, par le seul effet de leurs instincts sémitiques de neuf monothéisme anthropomorph ique, tout aussi croyant en la mission de Mahomet que l’Arabe qui n'est pas son ami et à qui il est, au surplus, très-supérieur en industrie, en puissance de travail *.

Non, pour influer sur les musulmans il ne faut pas s’attaquer à leurs croyances religieuses. Il faut dire à ces hommes tout aussi entêtés de leur foi héréditaire que le sont de la leur les chrétiens fervents des différentes églises : « Ce que nous vous conseillons, ce que nous vous demandons est conforme à votre propre loi » et le leur

*. E. Havet, le Christianisme et ses Origines.

Page 1