Breisky. — Loc. cit
La traduction que je donne diffère de celles déjà publiées; je mets en garde le lecteur contre les traductions allemandes antérieures qui sont pour la plupart inexactes. Je tiens à remercier tout particulièrement Mlle le D1’ Majerczak dont la collaboration | m'a été très précieuse dans les longues recherches nécessitées par ce chapitre histo-
| rique.
méat à la commissure 23 millimètres. On voit une ligne d’aspect cicatriciel : linéaire, allant de la partie inférieure du mont de Vénus à la partie externe du frein du clitoris et mesurant 28 millimètres de longueur. Les téguments au-dessous du mont de Vénus et entre la partie supérieure des grandes lèvres sont lisses, brillants, secs. Les petites lèvres sont bien peu développées, figurées seulement par deux bourrelets en dedans des grandes lèvres et séparées d’elles par un léger sillon ; elles disparaissent complètement lorsqu’on entr’ouvre la vulve. La commissure postérieure présente la même consistance de la peau qui est sèche, rude, comme cicatricielle; de la commissure postérieure au périnée, sur une étendue de 1 centimètre, est une ligne en raphé. Au-dessous du prépuce clitoridien, on voit un pli transversal, dur, tendu, sec, qui rétrécit le vestibule. L’épiderme sec de la face interne des lèvres se déchire facilement à l’exploration. L’entrée du vagin est profonde et étroite.
Au moment du travail, il se produisit des fissures à la vulve et une déchirure du périnée, malgré l’incision pratiquée pour faciliter la sortie de la tête.
Observation II. — Femme de vingt-cinq ans. Examinée après un accouchement qui avait produit une déchirure périnéale qui remonte un peu dans le vagin. La malade n’a jamais ressenti ni douleurs ni démangeaisons du côté des organes génitaux externes. 11 existe du catarrhe vaginal avec écoulement jaunâtre. La vulve est béante. Les bords de la plaie périnéale sont couverts d’un épiderme blanchâtre épaissi. La surface interne des grandes I lèvres et le prépuce clitoridien sont brillants et tendus. Les bords du prépuce et les plis du frein sont à peine marqués. Le gland du clitoris et les petites : lèvres ont presque complètement disparu et ce n’est qu’à droite qu’on trouve un petit bourrelet à la face interne de la grande lèvre droite (qui indique la place où existait la nymphe droite). Tout le vestibule est lisse. Il reste quel- ; ques traces des caroncules hyménéaux. La muqueuse, à l’entrée du vagin, \ est lisse et brillante; il existe une sécrétion légère, presque incolore.
Observation 111. — Femme de trente ans, mariée depuis trois ans, sans enfants. Réglée à dix-huit ans, d’abord à de longs intervalles, ensuite régulièrement; chaque période durait trois jours. Neuf mois auparavant, métror- i ragie, et depuis trois mois la période cataméniale dure douze à quatorze jours, j Leucorrhée avant le mariage, qui a persisté depuis. Un prurit douloureux des organes génitaux existe depuis la leucorrhée et revient principalement la nuit. Le coït a été fort douloureux au début du mariage. L’état général de la malade est bon, quoiqu’elle soit un peu pâle.
A l’examen local, on ne trouve plus trace des petites lèvres; le frein et le prépuce du clitoris ne sont pas visibles, le gland lui-même est absent. Le vestibule présente, entre le clitoris et le méat, un pli transversal tendu, blanchâtre. Une plaque blanchâtre occupe toute la région du clitoris, descendant jusqu’au méat. Le vestibule est rétréci dans son ensemble; la peau tout
autour est rétractée, sèche, présentant dans quelques endroits des lâches rougeâtres, dans d’autres une coloration blanchâtre, laiteuse, avec quelques ulcérations limitées. Il existe un catarrhe de la muqueuse vaginale, et une ulcération de la lèvre inférieure du col. Leucorrhée abondante. L’utérus est en antéflexion, les annexes paraissent normales. Ce cas présentait au plus haut point le processus de rétraction.
En 1888, Janovski 1 publie six observations dont la lecture montre de suite que le terme de Kraurosis englobe des cas disparates. Il s’agit de femmes jeunes (vingt, vingt-quatre, dix-neuf, trente et un, vingt-trois, vingt-quatre ans) atteintes de blennorragie , de chancre mou, de syphilis, de végétations \ dans un cas, il est dit que la muqueuse est parsemée de plaques blanchâtres semblables aux plaques de leucoplasie décrites par Schwimmer. L’examen histologique manque.
En 1890, Ohmann-Dusmenil3, en Amérique, rapporte 9 observations dont 4 sont dues à Heitzmann et 1 â Bernays. Celles de I1eitzman*n sont des plus vagues : il s’agit de prurit, de taches cornées, parcheminées, et il n’y a pas d'atrophie des petites lèvres. Le cas de Bernays a traita une veuve de cinquante-six ans, stérile, qui présente de l’atrophie vulvaire et « des taches blanchâtres sur les téguments des grandes lèvres ». Les 4 observations d’Ohmann-Dusmenil ne sont guère plus à retenir que les précédentes : la première concerne une prostituée de trente ans atteinte de déformation des grandes lèvres, « les petites lèvres et le clitoris étant presque à l’état normal, les uns et les autres sans plaques opalines » ; la seconde a trait à une femme de soixante et onze ans, atteinte de leucorrhée, de temps en temps d'herpès et d'urticaire sur la surface interne des grandes lèvres, et chez laquelle il y a disparition des petites lèvres, atrophie du clitoris et des grandes lèvres, sténose de l’orifice vulvaire; la troisième se rapporte à une jeune hile de vingt ans atteinte de leucorrhée chronique, présentant simplement de Y atrophie du mont de Vénus et de la partie inférieure des grandes lèvres, et enfin la quatrième à une femme de vingtsept ans, dont tout l’appareil génital externe est frappé d'arrêt de développement , sans d’ailleurs qu’elle présente aucun autre symptôme morbide. Aucun examen histologique n’a été pratiqué.
De la clinique de A. Martin sortent des travaux importants sur
1. V. Janovski. — Monatschr. f. prakt. Dermatologie , 1888, 1er Octobre, Bd VII, n° 19, p. 951.
2. A. H. Ohmann-Dusmenil. — Monatschr. f. prakt. Dermatologie , Bd X, p. 293.
F. JA Y LE
la question, en 1890 avec Orthmann, en 1894 avec Martin, en 1896 avec Peter, en 1900 avec Jung.
Orthmann 1 publie cinq observations. Dans deux d’entre elles, les lésions de Leucoplasie tiennent une large place : l’une a trait à une femme de quarante-neuf ans, ménopausée, atteinte de leucorrhée, chez laquelle les grandes lèvres sont, par places, couvertes de plaques épidermiques blanchâtres , scelles ; l’autre concerne une femme de soixante-six ans, ménopausée depuis vingt ans, présentant également des plaques blanchâtres sur les grandes lèvres. Une troisième observation est intéressante par l’existence d’une ulcération de la largeur d’une pièce de 20 pfennig sur la partie supérieure de la grande lèvre droite, ulcération coexistant avec de la leucorrhée , et l’existence d’une bande blanchâtre de 1 à 2 centimètres de large entourant l’entrée du vagin. Dans les deux autres observations concernant des femmes de vingt-quatre et vingt-six ans, les lésions d’atrophie, de rétraction, d’étroitesse de l’anneau vulvaire dominent le tableau clinique.
Martin2 publie trois observations: l’une concerne une femme de soixante-sept ans, atteinte de cancer développé sur une région kraurosique, dit l’auteur, mais qu’on aurait pu aussi bien dire leucoplasique (PI. X, fig. 1). Le rapport de la Leucoplasic avec le Kraurosis n’échappe d’ailleurs ni à Orthmann ni à Martin. Orlhmann admet que « les troubles de nutrition qui aboutissent à l’hyperplasie et aux modifications leucoplasiques de l’épithélium amènent aussi, par prolifération dans les couches profondes, du Kraurosis ». Martin, dans sa communication à la Gesellscbaft f. Geb. und G t/n. zu Berlin , dit que la seule ana- > logie avec le Kraurosis pourrait être trouvée dans les plaques muqueuses néoplasiques de Schwimmer. Dans la discussion qui suit cette communication, Sænger insiste sur l’hypertrophie de la couche cornée et du stratum mucosum, et ajoute que l’atrophie du chorion est le point capital ; d’après lui, l’épaississement épithélial peut être reconnu déjà macroscopiquement d’après la coloration blanchâtre , comme celle que donnerait un saupoudrement de farine, en partie diffuse, en partie formant des taches, des surfaces cutanées kraurosiques. 11 est à regretter que tous ces auteurs n’aient pas décrit d’autre part la Leucoplasie vulvaire; c’eût été la seule façon de constater si, pour eux, la Leucoplasie et le Kraurosis constituent deux maladies ou n’enfont qu’une seule. 11
1. S. D. Orthmann. — Zelt. f. Geb. u. Gyn ., 1890, Bd XIX, p. 283.
2. A. Martin. — Samml. kl. Vort. ( Volkmann ), 4 894, N. F.; Gyn'àkoJogie , n° 102, p. 167.
faut cependant mettre en relief cette phrase de Martin. qui, par luimême et par ses élèves, a publié les plus nombreux travaux sur le Kraurosis : « Les modifications atrophiques frappent beaucoup plus que la coloration pâle. »
En 1894, Czempin 1 relate trois observations dont une avec cancroïde chez une jeune fille de vingt-deux ans.
En 1896, Peter1 2 3 publie une observation d’une femme de cinquante et un ans, opérée par Martin pour un polype urétral et qui était atteinte de Kraurosis: la coloration gris argent mat occupait une zone circulaire et tranchait surtout dans la région du clitoris et de la commissure postérieure. L’examen histologique montra des lésions d’atrophie de l’épiderme et des couches superficielles du chorion.
D’autres lésions cutanées sont décrites avec IIallowel 3 (1891), Smith4 (1890-1891); le premier, dans un cas compliqué de déchirure du périnée et d’atrophie vulvaire, parle de taches blanchâtres , mais dans un autre, observé chez une femme enceinte de quarante-cinq ans, décrit des bandes rouges, lisses, serpigineuses; le second, chez une femme de cinquante-deux ans, relève des taches rougeâtres et une plaque de couleur rouge sombre , sensible, large d’un quart de centimètre environ.
En 1897, Pichevin5 et Pettit relatent un cas complexe de leucoplasie, kraurosis ou cancer ; l’examen histologique leur fait porter le diagnostic de Kraurosis.
D’autres observations isolées sont publiées çà etlà, et Pu. Jung6 peut en réunir, en 1900, 60 cas, dont 4 nouveaux provenant de la clinique de A. Martin; remarquant que 6 se sont compliqués de cancer, il admet qu’il n’y a pas simple coïncidence, et pense plutôt que l’inflammation chronique pourrait donner facilement une prolifération atypique de l’épithélium : ainsi, d’après Jung, le Kraurosis peut dégénérer en cancer.
En 1902, Trespe [publie un mémoire très intéressant et expose une pathogénie. Il a rassemblé 67 cas, dont 3 personnels, et conclut d’ail-
1. Czempin. — Verhandl. der Gescllschaft f. Geb. u. Gyn ., Berlin, séance du 23 Février 1894, in Zeit. f. Geb. u. Gyn., Bd XXX, p. 294.
2. Peter. — Monatschr. f. Geb. u.tGyn., 1896, Bd III, p. 297.