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Méthode de J. Ogier

DESTRUCTION DES MATIÈRES ORGANIQUES

dans les expériences habituelles). On ajoute au mélange un excès de chlorate de potasse pur : la proportion de chlorate nécessaire, par rapport au poids des viscères, ne peut être fixée avec précision ; parce que les doses d’eau con-

Fig. 4. — Destruction des matières organiques par le gaz chlorhydrique et le chlorate de potasse.

tenues dans ces viscères varient énormément selon leur état de dessiccation, c’est-à-dire selon le temps écoulé depuis la mort : cependant, d’une manière générale, on peut dire qu’il suffit d’employer une quantité de chlorate égale au hui-

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tième ou au dixième du poids des viscères. — Sur le col du ballon s’ajuste un rodage à l’émeri, qui porte un tube de sûreté, un tube destiné à l’arrivée du gaz chlorhydrique, et un tube abducteur.

L’appareil producteur du gaz chlorhydrique est formé d’un grand ballon, contenant de l’acide chlorhydrique liquide pur, dans lequel on verse goutte à goutte, par une ampoule à robinet, de l’acide sulfurique pur. Il y a lieu d’insister sur la nécessité d’employer, pour cette préparation, des acides purs, et notamment, exempts d’arsenic : nous avons vérifié que l’acide sulfurique arsenical dégage dans ces conditions un gaz contenant de l’arsenic. Le gaz dégagé traverse un flacon laveur contenant de l’acide chlorhydrique pur ; il passe ensuite à travers un robinet à trois voies, dont l’une des branches plonge dans un flacon rempli d’eau : cette disposition a pour but de permettre l’interruption immédiate du dégagement gazeux, lorsque l’expérience l’exige ; interruption qu’on obtient en tournant le robinet à trois voies de manière à condenser le gaz dans l’eau. De là, le courant gazeux est dirigé dans le ballon contenant les matières à détruire. Le tube abducteur de ce ballon communique avec une longue éprouvette pleine d’eau où sont condensés les traces de chlorure d’arsenic qui pourraient être entraînées.

DESTRUCTION DES MATIERES ORGANIQUES

Le fonctionnement de cet appareil est aisé à comprendre : lorsque la concentration de l’acide formé par la dissolution du gaz chlorhydrique dans le ballon est suffisante, le chlorate commence à se décomposer ; les gaz chlorés qui résultent de cette décomposition se forment au sein même de la masse qu’ils doivent détruire, et sont par conséquent plus complètement utilisés. Lorsque l’opération est tout à fait bien conduite, il ne se perd pas de chlore, l’atmosphère du ballon reste incolore et il n’en sort que de l’acide carbonique. — L’expérience demande toutefois à être surveillée de près. Nous avions quelques craintes, au début, de voir se produire des explosions d’acide chloreux ; nous avons observé en effet, mais très rarement, que les gaz produits pouvaient détonner à l’intérieur du ballon, avec un bruit très sourd, mais sans jamais causer aucun accident ; il faut, bien entendu, éviter d’appliquer la méthode à des liquides contenant de l’alcool ou autres produits du même genre ; il se produirait alors de véritables explosions. Le dégagement de gaz chlorhydrique doit être arrêté dès que l’on voit apparaître des vapeurs jaunes dans le ballon : l’attaque continue alors d’elle-même. Si la réaction est trop violente, on la modère en versant par le tube de sûreté de l’eau distillée froide, ou encore en refroidissant l’extérieur du ballon.

La destruction des matières organiques par

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ce système est fort rapide ; dans notre appareil qui contient d’habitude 1,000 à 1,500 grammes de viscères, l’opération est terminée en moins d’une demi-heure. Les divers organes ne se détruisent d’ailleurs pas tous avec la même rapidité. Il est toujours très utile de les diviser au préalable en menus fragments. Les matières grasses restent .en grande partie inaltérées ou transformées en composés chlorés.

ARSENIC, ANTIMOINE

On obtient ainsi une solution jaune, qu’on filtre sur un filtre en papier : les matières grasses restées sur le filtre sont triturées dans un mortier et lavées à l’eau ; le nouveau liquide est filtré, réuni au premier, ainsi que l’eau contenue dans le flacon où se sont lavés les gaz dégagés, et qui peut contenir des traces d’arsenic.

On détruit l’excès de chlore au moyen d’un courant d’acide sulfureux gazeux ; l’emploi de l’acide sulfureux a encore pour effet de réduire l’acide arsénique à l’état d’acide arsénieux (dont la précipitation par l’hydrogène sulfuré est plus facile et plus prompte) ; nous produisons rapidement cet acide sulfureux en versant goutte à goutte, par une ampoule à robinet, de l’acide sulfurique pur sur du bisulfite de soude pur. On élimine, par ébullition, l’excès de gaz sulfureux dissous. Dans le liquide final, en partie neutralisé, s’il y a lieu, par l’ammoniaque, on fait passer un courant lent d’hydrogène sulfuré, pendant 10 ou 12 heures.

Qu’il y ait ou non des métaux toxiques préci-

BROUARDEL ET OGIER

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pitables par l’hydrogène sulfuré, il se forme toujours un précipité en majeure partie composé de soufre et de matières organiques. — Ce précipité est recueilli sur un filtre et divisé en deux parts dont l’une est employée à la recherehe spéciale de l’arsenic et de l’antimoine. A cet effet, on traite le précipité par l’ammoniaque, qui dissout le sulfure d’arsenic (et aussi le sulfure d’antimoine, à la faveur de l’excès de soufre mêlé au précipité). La solution ammoniacale est filtrée et évaporée au bain-marie : elle laisse un résidu contenant encore du soufre. On l’oxyde par l’acide nitrique, dont on évapore l’excès au bain-marie. Il importe surtout de chasser totalement l’acide nitrique ; dans ce but on chauffe quelque temps le résidu, vers 150°, avec de l’acide sulfurique pur. La solution sulfurique finale est étendue d’eau ; elle peut alors être introduite dans l’appareil de Marsh.

L’appareil de Marsh que nous employons est formé par un flacon d’un litre, avec un bouchon rodé muni d’un tube à entonnoir (fig. 5). Le tube abducteur est prolongé par un tube large fixé par un rodage et contenant soit de la potasse (la potasse doit être évitée lorsqu’on veut rechercher l’antimoine), soit des fragments de chlorure de calcium, soit simplement des tampons de coton pour arrêter les gouttelettes liquides entraînées. Ce tube est relié à un tube plus étroit, en verre dur, dont une portion est chauffée vers le rouge

ARSENIC, ANTIMOINE

sombre. Nous employons à cet usage une grille spéciale formée de six petits brûleurs et supportant une armature métallique dans laquelle se place une rigole en toile d’amiante où repose le tube de verre.

L’hydrogène est produit par du zinc pur et de l’acide sulfurique pur : on y ajoute préalable-

Fig. 5. — Appareil de Marsh.

ment une trace de chlorure de platine ; le vase est refroidi dans de l’eau. Il est inutile d’ajouter, qu’avant d’introduire la solution suspecte, on a eu soin de vérifier, en faisant fonctionner l’appareil à blanc, pendant une heure ou deux, que 1 hydrogène qui se dégage est rigoureusement exempt d’arsenic. Il est bon d’ailleurs de con-

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server des provisions de tous les réactifs employés dans ces opérations, zinc, acide sulfurique, chlorate, acide nitrique, ammoniaque, sur lesquels ont été faits à l’avance les divers essais nécessaires pour démontrer leur pureté, spécialement en ce qui concerne l’arsenic.

Nous ne cherchons jamais à obtenir des taches, mais seulement des anneaux d’arsenic : en produisant des taches, par l’écrasement de la flamme, on perd une quantité inconnue d’arsenic : le dosage, si important dans les questions d’intoxication arsenicale, devient impossible. Pour être sûr de recueillir sous forme d’anneau à peu près la totalité de l’arsenic, il convient de conduire l opération avec lenteur ; le mieux est de diluer assez fortement la solution sulfurique de manière à éviter tout dégagement brusque au moment des additions de liquide acide. Ces manipulations sont fort longues ; elles durent parfois douze et vingt-quatre heures consécutives. Lorsqu’il n’y a pas d’anneau nettement visible au bout d’une demi-heure de fonctionnement, nous admettons qu’il n’y a point d’arsenic.

Le dosage se fait très simplement en coupant la partie du tube qui contient l’anneau : on la pèse au dixième de milligramme ; on dissout l’anneau dans l’acide nitrique ; on sèche le tube et on pèse de nouveau ; la différence donne le poids de l’arsenic, que l’on calcule

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sous forme d’acide arsénieux ou d’arséniate de soude.

La solution nitrique de l’anneau est évaporée ; on y caractérise l’arsenic en le transformant en arséniate d’argent ou par d’autres procédés sur lesquels il est inutile d’insister. La distinction entre les anneaux d’arsenic et ceux d’antimoine est très facile (transformation en arséniate d’argent, action de l’iode, action de l’hypochlorite de soude, action de l’hydrogène sulfuré, transformation des sulfures en chlorures dans un courant de gaz chlorhydrique). Une partie de la solution nitrique peut être convertie de nouveau en anneaux, que l’on conserve pour servir de pièces à conviction.

L’étude de la localisation de l’arsenic dans les différents organes présente dans la plupart des cas une importance capitale : lorsque l’analyse a démontré sur un échantillon moyen la présence de l’arsenic, il convient donc de répéter l’expérience en opérant séparément sur chaque viscère, souvent aussi sur les os, les muscles, la moelle, les cheveux, etc.

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