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POISONS VOLATILS, PHOSPHORE, ACIDE CYANHYDRIQUE, ETC

Pour les essais préliminaires concernant le phosphore, on peut en général se contenter d’opérer sur une portion de l’estomac, de l’intestin et de leur contenu.

I. Phosphore. — La présence du phosphore est souvent presque démontrée à l’avance, par l’odeur des matières, par leur phosphorescence visible dans l’obscurité, par l’existence dans l’estomac ou l’intestin de phosphore en nature, ou de débris d’allumettes.

Les matières sont délayées dans l’eau, de manière à former une bouillie claire, additionnées d’acide tartrique, introduites dans un appareil distillatoire et chauffées à l’ébullition. Les vapeurs sont conduites dans un réfrigérant vertical placé au centre d’une caisse de bois noirci, dans la paroi antérieure de laquelle sont percés deux trous permettant de voir le tube du réfrigérant, à l’abri de toute lumière étran-

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gère. On observe s’il se produit des lueurs phosphorescentes. On recueille en même temps le licpiide entraîné à la distillation. Si le résultat est positif, la recherche est recommencée sur de nouveaux échantillons ; par des méthodes plus précises on essaie d’apprécier la quantité de phosphore, (méthode de Mitscherlich-Scherer ; — ébullition prolongée ; les vapeurs sont entraînées dans une solution de nitrate d’argent, etc.) Pour le détail de ces méthodes, nous renvoyons le lecteur aux traités spéciaux.

L’expertise est un peu plus délicate, lorsque l’analyse n’est faite qu’au bout d’un certain temps, et que le phosphore n’est plus à l’état libre, mais a déjà subi un commencement d’oxydation et s’est transformé en composés oxygénés. La méthode de Dussart et Blondlot donne alors de bons résultats. Elle consiste, comme on sait, à placer le mélange contenant les produits d’oxydation inférieurs du phosphore, dans un appareil dégageant de l’hydrogène pur : le gaz qui se produit, dans ces conditions, brûle avec une flamme caractéristique, verte dans sa partie centrale. L’orifice de dégagement doit être formé par un petit bec de platine percé d’un trou très fin (bout de chalumeau). La flamme verte peut être examinée au spectroscope : son spectre présente trois raies vertes, l’une en E, l’autre entre E et F, la troisième plus faible entre D et E.

METHODES D EXPERTISES TOXICOLOGIQUES

Il est plus pratique d’opérer, non sur les matières elles-mêmes, mais sur le précipité noir préalablement obtenu en faisant passer dans du nitrate d’argent le gaz dégagé par le contact des matières suspectes avec du zinc pur et de l’acide sulfurique pur.

Cette méthode est fort sensible ; l’expert doit se rappeler que les hypophosphites, qui sont quelquefois employés en médecine, donnent la coloration verte dans le procédé Dussart et Blondlot, circonstance qui peut obliger à une certaine réserve dans les conclusions.

En résumé, la méthode de Mitscherlich, basée sur la phosphorescence, est de beaucoup la plus sûre : il convient donc de ne pas la négliger, et de pratiquer la recherche du phosphore le plus tôt possible après l’autopsie, avant que l’oxydation ait transformé le poison en composés d’oxydation sur lesquels la phosphorescence ne peut plus être observée.

Rappelons que certaines substances empêchent la phosphorescence, — notamment la térébenthine, souvent administrée comme contre-poison du phosphore, l’alcool, l’éther, l’ammoniaque, etc.

L’examen histologique du foie, et d’autres organes, qui dans l’empoisonnement par le phosphore, offrent des dégénérescences graisseuses, complète utilement les résultats de l’examen chimique.

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II. Acide cyanhydrique , cyanures. — La recherche de l’acide cyanhydrique se fait à la suite de celle du phosphore : le liquide distillé provenant de l’opération précédente (recherche du phosphore par la méthode de Mitscherlich) est additionné d’un léger excès de potasse, de quelques gouttes d’un mélange de protosulfate et de persulfate de fer ; le précipité qui se forme est redissous dans la quantité strictement nécessaire d’acide chlorhydrique étendu, et l’on observe s’il reste un précipité de bleu de Prusse. Quand les quantités d’acide cyanhydrique sont faibles, il n’y a souvent qu’une coloration bleue ou verte : avec le temps, le précipité bleu se dépose en flocons. La réaction est extrêmement sensible ; la seule précaution à prendre est de n’employer que les proportions nécessaires de réactifs, de manière à ne pas noyer de faibles quantités de bleu de Prusse dans un excès de liquides inutiles.

Bien que cette réaction soit suffisante pour permettre un diagnostic certain, nous la complétons d’ordinaire par l’essai au sulfhydrate : une partie du liquide distillé est chauffée quelques instants avec une ou deux gouttes de sulfhydrate d’ammoniaque ; on chasse l’excès de sulfhydrate en faisant bouillir avec un peu d’acide chlorhydrique ; on filtre et on ajoute une trace de perchlorure de fer étendu. La présence de l’acide cyanhydrique est indiquée par

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une coloration rouge intense. Cette réaction n’est pas moins sensible que la précédente.

Le dosage de l’acide cyanhydrique se fait au moyen d’une liqueur titrée d’iode, par les procédés ordinaires. Ce dosage permet de constater la dissémination de l’acide cyanhydrique dans divers organes ; notamment, on en trouve très souvent de petites quantités dans le cerveau.

En résumé, la recherche de l’acide cyanhydrique ne présente aucune difficulté ; à la condition toutefois que l’examen chimique soit fait promptement, avant que les composés cyanhydriques contenus dans les viscères aient disparu par volatilisation, ou se soient transformés en produits de décomposition.

III. Autres poisons volatils. — D’autres substances toxiques peuvent être isolées par distillation : ce sont par exemple le chloroforme, l’acide phénique, les essences, etc. L’odeur du produit distillé donne souvent une indication précieuse sur la nature du corps cherché. Pour isoler et caractériser ces diverses substances, on doit recourir à des procédés spéciaux dont nous ne dirons que quelques mots. L’alcool est isolé par distillation fractionnée; on opère principalement sur le contenu de l’estomac ; l’excès d’eau est séparé par le carbonate de potasse et le liquide isolé est caractérisé par sa combustibilité, son point d’ébullition, etc. ; s’il s’agit seu-

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lement de retrouver des traces d’alcool, on peut recourir à diverses réactions sensibles, telles que : transformation en benzoate d’éthyle sous l’influence du chlorure benzoïque ; réduction du bichromate de potasse dissous dans l’acide sulfurique, transformation en iodoforme, etc. Ces deux dernières réactions d’ailleurs ne sont pas caractéristiques de l’alcool et s’appliquent à d’autres produits analogues, comme l’éther, l’acétone, etc.

Le chloroforme est rarement isolé en nature ; on le reconnaît en faisant passer dans les matières suspectes un courant d’air qui entraîne les vapeurs chloroformiques : celles-ci, dirigées dans un tube chauffé au rouge, produisent de l’acide chlorhydrique qu’on précipite à l’aide d’une solution de nitrate d’argent. Le même procédé s’applique à la recherche du chloral, qui se transforme en chloroforme par la distillation en présence de la soude. — L’acide phénique, séparé par distillation, est très aisément caractérisé par son odeur, par sa transformation en acide picrique ; on le dose volumétriquement, avec une solution titrée de brome, à l’état de tribromophénol. — La recherche des essences présente le plus souvent de grandes difficultés1. — La nitrobenzine se reconnaît

1. Voy. Dragendorff, Traité de Toxicologie , 2me édition française.

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encore à son odeur, et peut être transformée en aniline, qui donne avec la solution de chlorure de chaux une coloration bleue ou violette.

Plusieurs composés volatils (aniline, nitrobenzine, acide phénique, essences), sont aussi isolés par divers dissolvants, et se retrouvent au cours des opérations faites en vue de la recherche des alcaloïdes.

DESTRUCTION DES MATIÈRES ORGANIQUES

Le résidu des viscères soumis à la distillation est ensuite consacré à la recherche des poisons minéraux.

Il s’agit à présent d’opérer la destruction des matières organiques ; opération souvent longue et pénible. Divers procédés peuvent être mis en œuvre.

Le plus simple consiste dans la calcination des matières : mais il n’est applicable que si l’on sait n’avoir à isoler aucun métal volatil au rouge : ce procédé est donc rarement mis en œuvre ; il est incompatible avec la recherche des deux poisons minéraux les plus importants, l’arsenic et le mercure.

Les méthodes de destruction par l’acide sulfurique et par l’acide nitrique, qui ont été modifiées de diverses façons, nous ont toujours paru d’une application assez délicate : l’opération est en général fort longue, si l’on veut arriver à une destruction totale des matières carbonées. Il se produit parfois une mousse abondante, ce qui nécessite l’emploi de vases de très grandes di-

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mensions. Enfin on observe, dans certaines conditions, des déflagrations violentes qui ne sont pas toujours sans danger : nous connaissons un accident assez grave survenu h la suite d’une destruction de matières organiques, par l’acide nitrique et l’acide sulfurique.

La méthode de M. Gabriel Pouchet, que nous employons quelquefois, repose sur l’emploi combiné de l’acide nitrique, du bisulfate de potasse et de l’acide sulfurique : pour la description détaillée de cette méthode, nous renvoyons au Traité de médecine légale , de Legrand du Saulle, Berryer et G. Pouchet.

Reste le procédé au chlorate de potasse et à l’acide chlorhydrique, dit procédé de Frésénius et Babo, qui paraît aujourd’hui abandonné et qui cependant offre bien des avantages. C’est celui que nous utilisons de préférence ; mais nous n’avons gardé que le principe de la méthode, et nous avons modifié complètement le mode opératoire. Nous entrerons à ce sujet dans quelques détails.

On a fait au procédé de Frésénius et Babo le reproche de laisser perdre une certaine quantité d’arsenic qui peut être volatisée sous forme de chlorure : c’est un inconvénient qu’on évite sans peine en opérant dans un appareil distillatoire, et en prenant quelques précautions très simples pour isoler le chlorure d’arsenic entraîné. — On a fait remarquer encore que, par ce procédé,

DESTRUCTION DES MATIERES ORGANIQUES

la destruction des matières organiques n’est pas totale: il est vrai qu’il est fort difficile, sinon impossible, d’arriver à une destruction complète du tissu cellulaire et des matières grasses. Mais on doit reconnaître que la destruction est suffisante pour que la presque totalité des matières minérales entre en dissolution ; la présence des matières grasses non détruites peut rendre le lavage des résidus un peu difficile et empêcher la dissolution d’une faible proportion des poisons minéraux qu’il s’agit de retrouver : toutefois cette proportion est certainement faible. Dans de semblables recherches, d’ailleurs, il importe, non pas d’arriver aune précision complète dans le dosage des éléments toxiques, mais de bien définir l’ordre de grandeur des quantités de poisons existant dans les viscères : il nous est indifférent de nous tromper de quelques centièmes en moins sur la valeur absolue du poids d’arsenic trouvé dans un organe; si, de 500 grammes d’intestin, par exemple, nous isolons un milligramme d’arsenic, il nous importe peu de connaître cette valeur à 1/10 près ; une telle erreur ne modifierait pas les conclusions; tandis qu’il est tout à fait indispensable de savoir si ces 500 grammes contiennent un poids d’arsenic voisin de 1 milligramme ou bien une valeur voisine de 1 centigramme.

Un autre reproche plus sérieux, à notre avis, peut être fait à la méthode au chlorate : lors-

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qu’on projette, dans la capsule ou dans la cornue contenant les matières délayées dans l’acide chlorhydrique, de petites quantités de chlorate de potasse, ce sel, tombant à la surface du liquide acide, s’y détruit immédiatement, et les gaz chlorés produits par sa décomposition s’échappent de la surface même du liquide sans avoir été en contact intime avec les matières qu’il s’agit de détruire : il en résulte qu’une forte proportion du chlorate et de l’acide sont employés en pure perte. Or, dans toute expertise toxicologique, il est utile de restreindre autant que possible les doses des réactifs nécessaires, d’abord parce que la présence d’un excès de corps étrangers peut compliquer les rëcherches ultérieures, ensuite parce que les réactifs eux-mêmes, quel que soit le soin apporté à leur purification, risquent d’introduire dans les matières des traces de produits toxiques.

Le mode opératoire que nous allons décrire nous semble obvier en partie à ces inconvénients1. Il consiste à faire agir le gaz chlorhydrique sur les matières à détruire, additionnées d’un excès de chlorate. Le dispositif est le suivant (fig. 4) :

Les viscères sont broyés, délayés dans l’eau, de manière à former une bouillie un peu fluide, introduits dans un grand ballon (de 3 à 4 litres

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