TRAVAUX
Nous donnerons dans cette seconde partie le résumé de quelques-uns des travaux scientifiques effectués au Laboratoire dans ces dernières années.
M. P. LAFON
Recherches sur la Digitaline
M. Lafon a entrepris une étude comparée des diverses sortes de digitaline. Il a d’abord trouvé une réaction colorée fort sensible de la digitaline, ou du moins de certaines marques de digitaline. Cette réaction consiste à chauffer doucement le produit avec quelques gouttes d’un mélange d’acide sulfurique et d’alcool (à poids égaux) ; lorsque le mélange a pris une légère teinte jaune-brunàtre, on y ajoute une goutte de perchlorure de fer étendu, qui détermine l’apparition d’une belle coloration verte ou vert-bleuàtre persistant pendant plusieurs heures.
La réaction s’applique aux digitalines françaises, cristallisées ou amorphes, de Nativelle, Duquesnel, Mialhe, Homolle et Quévenne, etc. ; elle ne s’applique pas à certaines marques allemandes, ni à la digitaline de Nativelle, ni à la digitinose de Blaquart. La digitaléine ne se colore que faiblement. Ce réactif fournit donc un caractère précieux pour la distinction des nombreux produits extraits de la digitale. — 11 se prête aussi fort bien à la recherche toxicologique de la digitaline, en cas d’empoison-
nement, ainsi que l’auteur s’en est assuré par de nombreux essais sur des animaux.
Il est fort difficile d’empoisonner un chien par cet alcaloïde, l’ingestion des moindres traces déterminant des vomissements énergiques qui éliminent le poison. — Le meilleur dissolvant, pour l’extraction du poison, paraît être le chloroforme, dans lequel les digitalines françaises sont très solubles. — M. Lafon a étudié en outre divers autres caractères différentiels des alcaloïdes de la digitale : les digitalines françaises se colorent plus ou moins en présence de l’acide chlorhydrique ; le résultat est négatif avec la digitaline de Merck, la digitine et la digitaléine de Nativelle, la digitinose de Blaquart. Avec l’acide sulfurique, les digitalines françaises donnent une coloration brunâtre ; la digitaline de Merck, la digitine de Nativelle se colorent en rouge ; la digitinose de Blaquart en violet.
En résumé, M. Lafon, par ses travaux, a introduit un nouveau réactif qui paraît caractériser principalement les digitalines vraies et qui rendra de grands services dans la recherche toxicologique, jusqu’ici fort difficile, des produits extraits de la digitale1.
1. Lafon, Comptes rendus de l’Académie des sciences , juin 1885, et Annales d’hygiène publique et de médecine légale 1886, tome XV, p. 527.
M. P. LAFON
Sur une nouvelle réaction de la Morphine et de la Codéine
L’auteur signale la réaction suivante : une trace de codéine ou de morphine traitée par le sulfosélénite d’ammoniaque produit une belle coloration verte ; la teinte est plus pure avec la codéine qu’avec la morphine. Le réactif s’obtient en dissolvant 1 gramme de sélénite d’ammoniaque dans 20 cc d’acide sulfurique concentré. Ce caractère est fort sensible ; il ne permet pas de distinguer, pratiquement, la morphine de la codéine ; mais il n’en est pas moins précieux dans l’étude des empoisonnements par l’opium et ses composés, où les deux alcaloïdes se trouvent réunis *.