Voir Dragendorff, Traité de Toxicologie , note p
2. Le produit désigné dans le commerce sous le nom de pétrole léger, éther de pétrole, est de composition très variable. D’ordinaire il renferme des quantités sensibles de carbures bouillant au dessus de 100° ; plus souvent encore des carbures à point d’ébullition très bas, qui rendent le maniement de ce liquide incommode ou même dangereux. — Nous nous servons de préférence d’un pétrole toujours identique, bouillant vers 68°, et ofrant les propriétés de l’hydrure d'hexyle ; le produit peut s'obtenir aisément et à un prix -assez bas, par la distillation des pétroles d’Amérique. Son inflammabilité n'est pas excessive, et son point d’ébullition est assez bas pour qu’on puisse l'évaporer rapidement au bain-marie.
ALCALOÏDES
Le liquide aqueux est alors additionné d’un excès de bicarbonate de soude, et épuisé complètement et à plusieurs reprises par l’éther, — comme dans la méthode de Stas. Tous les alcaloïdes importants sont dissous par l’éther, à l’exception cependant de la morphine, fort peu soluble dans ce dissolvant, et pour laquelle un traitement spécial, par l’alcool amylique, est nécessaire.
C’est sur ce liquide éthéré, obtenu en somme par la méthode de Stas, que nous appliquons la méthode de Dragendorff. A cet effet, l’éther est éliminé par distillation au bain-marie ; il reste une solution aqueuse d’un petit volume, de 100 à 150 cent, cubes par exemple (s’il est nécessaire, on ajoute un peu d’eau) ; on la rend acide, et on l’épuise successivement par le pétrole, par la benzine, par le chloroforme ; on la rend ensuite alcaline avec un peu d’ammoniaque, et on Eépuise de nouveau, par le pétrole, par la benzine, par le chloroforme, par l’alcool amylique. En résumé, notre procédé consiste, on le voit, à isoler les alcaloïdes en bloc au moyen de l’éther en présence du bicarbonate de soude, puis à appliquer la méthode de séparation sur le résidu aqueux laissé par l’évaporation de l’éther ; ce mode opératoire a cet avantage que les épuisements successifs par les divers dissolvants s’effectuent sur un très petit volume de liquide, déjà purifié d’ailleurs de la majeure partie des subs-
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
tances étrangères qui pouvaient gêner l’extraction.
Les dissolvants sont filtrés et séparés avec soin des gouttelettes d’eau entraînées. S’il y a lieu, on les évapore partiellement au bain-marie : de préférence on les abandonne à l’évaporation spontanée, dans un petit nombre de verres de montre, cinq à six pour chaque dissolvant1.
Dans le liquide primitif, épuisé par l’éther, il peut rester de la morphine ; on l’épuise par l’alcool amylique. Cette solution amylique est réunie à l’alcool amylique employé précédemment. Comme l’évaporation de ce liquide serait assez pénible, on en extrait l’alcaloïde par agitation avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique étendu. La solution chlorhydrique est évaporée à sec dans le vide sur de la chaux vive. Le résidu ainsi obtenu contient d’ordinaire du chlorhydrate d’ammoniaque, qui gêne certaines réactions colorées ; il est bon de le purifier par dissolution de l’alcaloïde dans de l’alcool rigoureusement absolu.
D’après les expériences de divers auteurs, et notamment d’après celles de Dragendorff et de
1 . L'appareil ci-contre (fig. 6), qui n'a pas besoin d'explication, est un bain-marie destiné à chauffer des verres de montre; il peut servir au cas où l'on voudrait obenir une évaporation prompte des dissolvants. Ce bain-marie est entièrement clos, et ne dégage point de vapeur d’eau, ce qui présente quelques avantages pour la dessication des résidus.
ALCALOÏDES
ses élèves, voici quels sont les groupements d’alcaloïdes établis par l’emploi des dissolvants
Fig. 6. — Bain-marie.
successifs (nous laissons de côté le pétrole pro-
BROUARDEL ET OGIER
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
venant de l’épuisement en solution acide, dont il a été déjà parlé). Nous ne citons que les alcaloïdes importants :
1° Dans la benzine (solution acide) doivent se trouver : la caféine, la colchicéine, la digitaline ;
2° Dans le chloroforme (solution acide) : la cinchonine, la papavérine, la narcéine, la colchicine ;
3° Dans le pétrole (solution alcaline) : la quinine, la strychnine, l’aconitine, la brucine, la vératrine, la nicotine, l’aniline, etc. ;
4° Dans la benzine (solution alcaline) : l’atropine, la strychnine, la quinine, la narcotine, la codéine, la thébaïne, la brucine, la vératrine;
5° Dans le chloroforme (solution alcaline) : la morphine, la cinchonine, la papavérine, la narcéine ;
6° Dans l’alcool amylique (solution alcaline) : la morphine, la solanine, la narcéine.
On voit, d’après ce résumé, que les mêmes alcaloïdes figurent parfois dans deux groupes différents ; c’est dire que les séparations ne sont pas rigoureuses. Si imparfaites qu’elles soient, ces séparations sont fort utiles, puisqu’elles donnent des indications sur le genre d’alcaloïdes qu’il y a lieu de rechercher dans tel ou tel résidu.
D’ailleurs, répétons-le, cette méthode générale ne doit être employée que dans le cas où
ALCALOÏDES
l’on n’a aucun renseignement sur la nature du poison ; le plus fréquemment, lorsqu’il y a eu intoxication par un alcaloïde, des symptômes parfois assez nets ont été constatés avant la mort ; les indications recueillies par l’instruction, — indications qui, en France du moins, sont toujours communiquées aux experts, — montrent donc la marche à suivre. Si nous apprenons, par exemple, que la mort a été précédée de convulsions tétaniques, nous chercherons spécialement à isoler la strychnine ; la méthode générale pourra alors être de beaucoup simplifiée.
Réactifs des alcaloïdes. — Les réactifs des alcaloïdes sont de deux ordres : les uns généraux, les autres spéciaux. Les traités de toxicologie mentionnent un grand nombre de réactifs généraux, c’est-à-dire donnant des précipités avec tous, ou à peu près tous les alcaloïdes. Ce sont, par exemple, l’iodure de potassium ioduré, l’iodure de cadmium et de potassium, l’iodure de bismuth et de potassium, l’acide phosphomolybdique, l’acide phosphotungstique, le chlorure d’or, le chlorure de platine, le bichromate de potasse, le tannin, l’acide picrique, et d’autres encore. Nous ne saisissons pas bien l’utilité d’effectuer tant de réactions générales, qui n’ont d’autre objet que démontrer la présence d’un alcaloïde, et ne permettent pas de
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
dire quel est cet alcaloïde. Certes, il y a bien quelques différences dans la manière dont se comportent les alcaloïdes vis-à-vis de ces divers réactifs ; mais ces différences sont peu significatives, surtout lorsqu’on opère, comme c’est presque toujours le cas en toxicologie, sur des poids de matière extrêmement faibles. Ce qui est intéressant, c’est de savoir s’il y a un alcaloïde dans le résidu étudié: un ou deux réactifs généraux suffisent amplement à cet effet. Nous n’employons donc d’ordinaire que le réactif de Mayer1 (iodure double de mercure et de potassium) et le réactif de Bouchardat2 (iodure de potassium ioduré) ; tous deux sont d’une extraordinaire sensibilité, principalement le second. Le réactif de Mayer donne avec les alcaloïdes des précipités blancs, jaunâtres, ou jaune-clair, — sans que d’ailleurs les différences de coloration puissent permettre des distinctions utiles — (il y aurait peut-être lieu d’étudier de plus près qu’on ne l’a fait jusqu’ici ces précipités et notamment de noter les formes cristallines des iodomercurates d’alcaloïdes, qui peuvent se dissoudre et cristalliser dans l’alcool). — Le réactif de Bouchardat fournit des précipités brun-kermès,
1. Ce réactif se prépare en dissolvant dans l’eau 13 gr. 546 de bichlorure de mercure, 49 gr. 8 d’iodure de potassium, eau, q. s. pour faire un litre.
2. On dissout dans un peu d’eau 16 à 18 grammes d’iodure de potassium et 12 gr. 70 d’iode, et on complète un litre.
ALCALOÏDES
d’aspects à peu près identiques. Pour constater la présence d’un alcaloïde au moyen de ces réactifs généraux, on opère sur le résidu dissous dans quelques gouttes d’acide chlorhydrique étendu.
Nous ne voulons pas entrer dans le détail des nombreuses réactions spéciales qui servent à distinguer les alcaloïdes. Disons quelques mots seulement des réactifs les plus fréquemment employés.
Le réactif de Frôhde est une solution de molybdate de soude dans l’acide sulfurique (un centigramme de molybdate par centimètre cube d’acide sulfurique) ; il sert principalement à reconnaître la morphine, avec laquelle il donne une coloration violette très sensible ; d’autres alcaloïdes fournissent aussi des colorations plus ou moins nettes.
Le sulfovanadate d’ammoniaque, réactif proposé il y a quelques années par M. Mandelin, (1 p. 100 de vanadate dans 200 p. d’acide sulfurique), donne avec la strychnine une coloration violette intense, devenant rouge par addition d’eau ou de potasse ; c’est un caractère très sensible de cette substance ; d’autres alcaloïdes produisent avec le sulfovanadate des colorations diverses, souvent assez précises, notamment la colchicine qui prend une teinte vert-olive.
Le sulfosélénite d’ammoniaque (1 partie de sélénite dans 20 p. d’acide sulfurique), réactif si-
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
gnalé par M. Lafon, colore en vert pur la codéine, et en vert un peu olive, la morphine (voir p. 89).
L’acide azotique de densité 1. 4, sert à reconnaître la colchicine qu’il colore en violet ; la morphine, en rouge orangé ; la brucine, en rouge vif.
Pour l’atropine, le meilleur caractère consiste à chauffer le résidu avec un peu d’acide nitrique fumant, et à traiter le résidu sec par la potasse alcoolique qui détermine l’apparition d’une teinte violette.
La digitaline se reconnaît en chauffant légèrement le résidu avec un mélange d’acide sulfurique et d’alcool ; puis en ajoutant une trace de perchlorure de fer, qui produit une teinte verte (voy. p. 88.)
Signalons encore le mélange de bichromate de potasse et d’acide sulfurique, celui d’oxyde de cérium et d’acide sulfurique (colorations violettes avec la strychnine) ; le perchlorure de fer (coloration bleue avec la morphine) ; l’acide iodique (réduction par la morphine) ; le réactif de Brouardel et Boutmy (réduction du ferricyanure, précipité bleu par addition d’un sel ferrique), employé comme caractère général des ptomaïnes, etc.
Nous reviendrons plus loin sur le degré de confiance qu’il convient d’accorder à ces réactions, à propos d’un travail sur l’influence des
ALCALOÏDES
ptomaïnes dans la recherche médico-légale des alcaloïdes (voir p. 117).
Expérimentation physiologique. — Les caractères tirés des réactions chimiques doivent être complétés, s’il est possible, par l’expérimentation physiologique, faite sur des animaux ou même sur l’homme, avec les résidus d’extraction. Ces réactions physiologiques s’appliquent par exemple à la recherche de la strychnine, l’atropine, la vératrine, la cantharidine, la cocaïne. Signalons les principales expériences de ce genre utilisables en toxicologie. Pour la strychnine, on injecte sous la peau d’une grenouille le liquide suspect, et on observe au bout de peu de temps des convulsions tétaniques. La grenouille est, vis-à-vis de cet alcaloïde, un réactif merveilleusement sensible. La brucine produit des résultats à peu près identiques. Les tracés myographiques peuvent être pris au moyen des appareils enregistreurs de Marey, et être conservés pour servir de pièces à conviction. — L’atropine détermine des dilatations de la pupille ; — la cocaïne, une insensibilisation particulière des muqueuses, que l’expert peut observer sur lui-même, en déposant sur sa lèvre la matière à examiner; c’est jusqu’ici le meilleur et presque seul caractère spécifique de cet alcaloïde ; — la vératrine détermine chez la grenouille un allongement très marqué de la courbe de la contrac-
72 MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
tion musculaire ; — la digitaline ralentit les battements du cœur, — la cantharidine appliquée sur la peau produit un effet vésicant, etc. — Il est d’ailleurs nombre d’alcaloïdes pour lesquels l’expérimentation physiologique, au moins dans les conditions habituelles des expertises, ne donnerait que des renseignements insuffisants, et inférieurs, comme valeur démonstrative, à ceux tirés de l’analyse chimique.
TACHES DE SANG
La recherche des taches de sang sur des vêtements, linges ou objets divers, se fait, comme on sait, par divers procédés. — Le plus simple serait peut-être l’examen spectroscopique des bandes d’absorption qui caractérisent la matière colorante du sang. Lorsque les taches ont une certaine étendue, sont d’origine récente et se dissolvent facilement dans l’eau, l’emploi du spectroscope fournit en effet des résultats très prompts et très sûrs. Toutefois on doit reconnaître qu’on a rarement l’occasion d’utiliser le spectroscope: car, le plus souvent, l’expertise porte sur des taches de très petites dimensions, anciennes et desséchées, dont la matière colorante est altérée et très difficilement soluble.
Il ne nous paraît pas d’ailleurs que l’usage des instruments dits « microspectroscopes » soit beaucoup plus pratique que celui du spectroscope ordinaire, ni qu’ils permettent l’emploi de quantités sensiblement moindres de liquide.
Nous n’insisterons pas sur le mode d’examen spectroscopique du sang : mentionnons seule-
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
ment que nous avons quelquefois emploj^é avec avantage, pour examiner sous une grande épaisseur des solutions de petit volume et faiblement colorées, des morceaux de tubes plats, terminés par des rebords rodés et fermés par de petites glaces, à peu près comme les tubes de polarimètre (fîg. 7) : ces tubes étaient examinés dans le sens de leur longueur, la section allongée du tube étant placée contre la fente du
Fig. 7. — Tube pour l’examen spectroscopique du sang.
spectroscope : avec un centimètre cube de liquide, on peut avoir ainsi une épaisseur de cinq ou six centimètres, et reconnaître les bandes d’absorption de l’hémoglobine sur des solutions même extrêmement étendues.
L’épreuve par la teinture de gaïac et l’essence de térébenthine est aujourd’hui abandonnée par beaucoup d’expérimentateurs ; on reproche avec raison à cette réaction de n’être pas caractéristique et de s’appliquer à des substances autres que le sang. Nous utilisons cependant
TACHES DE SANG
très fréquemment cette réaction, parce qu’elle est cl’une sensibilité extrême : lorsqu’elle n’a pas donné de résultat positif, on peut être à peu près sûr que les autres procédés de recherche n’en donneront pas davantage, et que la tache examinée n’est point formée par du sang.
La teinture de gaïac est fort commode pour l’application du procédé dit « des empreintes » : le fragment d’étoffe à étudier est comprimé pendant quelques minutes entre des doubles de papier à filtre blanc, mouillé d’eau distillée : la tache transporte son empreinte sur le papier, qu’on humecte ensuite avec de la teinture de gaïac et de l’essence de térébenthine : s’il y a du sang, il se produit une teinte bleue ou bleu verdâtre, presque immédiatement. La teinte est d’un bleu plus pur et la réaction plus sensible, lorsque la solution alcoolique de gaïac est récente. 11 importe d’observer que la teinte doit apparaître promptement : à la longue, un bleuissement faible du papier se produit presque toujours, même en l’absence de toute trace de sang.
Le caractère le plus fréquemment employé pour reconnaître les taches de sang, est la réaction des cristaux d’hémine ; cette réaction consiste à dissoudre la tache dans l’eau, à évaporer à une très douce chaleur, sur une lame de verre, la solution préalablement additionnée d’une trace de chlorure de sodium, puis à chauffer le
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
résidu à diverses reprises avec de l’acide acétique cristallisable. On examine ensuite la préparation au microscope : les cristaux caractéristiques d’hémine sont aisément reconnaissables à leur forme et à leur couleur : c’est là une preuve excellente de la présence du sang : la réaction est d’ailleurs fort sensible et applicable même à des taches très anciennes et très altérées dont il serait fort difficile de reconnaître la nature par tout autre procédé.
Cette opération présente une petite difficulté : lorsqu’on verse sur le résidu sec des gouttes d’acide acétique cristallisable, ces gouttes s’étalent sur la lame, et entraînent la matière en formant une tache d’une grande surface dont l’examen ultérieur au microscope devient extrêmement long : avec un peu d’habileté, on évite cet inconvénient en chauffant doucement la lame
Fig. 8. — Table chauffante.
autour du résidu où est déposée la goutte d’acide. Pour rendre cette opération plus facile, nous avons fait construire par M. Wiessnegg une pe-
TACHES DE SANG
tite table chauffante fîg. 8), en cuivre nickelé, portée sur trois vis calantes, et percée d une série de trous circulaires d'un centimètre de diamètre: la lame qui porte la matière à traiter par l’acide acétique est placée de telle sorte que le résidu soit au-dessus de l'un des trous circulaires : la goutte d’acide versée sur ce résidu s’évapore lentement, et ne dépasse pas les bords du . ceux-ci étant à une température plus élevée que le centre. Grâce a ce dispositif, on obtient sans peine des préparations n’occupant qu'une faible étendue, et dont l'examen microscopique est par suite plus facile et plus rapide.
La recherche microscopique des globules sanguins fournit aussi d'excellents résultats, lorsque les taches ne sont pas trop anciennes et les globules pas trop altérés. Parmi les nombreux liquides conservateurs des globules indiqués pour ces sortes de préparations, nous employons de préférence celui dont la formule a été indiquée par M. le docteur Vibert1, formé de: Eau 100. Chlorure de sodium 2. Bichlorure de mercure 0,5.
La question si souvent posée aux experts :
Les taches observées ont-elles été formées par sang humain ? » reste toujours sans réponse: on doit reconnaître que nous n’avons jusqu’ici
1. Voir Ch. Vibert, Précis de médecine légale, 2e édition. Paris, 18S9.
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
aucun procédé certain pour reconnaître le sang d’homme du sang des mammifères. Tout ce que nous savons faire, c’est de distinguer, d’après leur forme elliptique, les globules du sang d’oiseau, de poisson, de batracien : Cette distinction a quelquefois son intérêt : c’est ainsi que, dans une expertise récente, nous avons pu constater que des taches de sang trouvées sur les sabots d’un homme inculpé d’assassinat étaient formées par du sang d’oiseau.
PHOTOGRAPHIE
La photographie est aujourd'hui d’une application fréquente dans les expertises légales. La plaque sensible est souvent un moyen précieux d’investigation, et permet de résoudre un certain nombre de problèmes intéressants : reproduction d’écritures effacées où la photographie fait reparaître les traces de caractères invisibles a l’œil ; reproduction de fausses signatures, de fausses monnaies, dont les imperfections sont mises en évidence par l’agrandissement photographique. La photographie nous permet enfin de conserver des pièces à conviction d’une véracité indiscutable : blessures, pièces anatomiques diverses, cadavres ; l’addition de pareils documents au rapport de l’expert rend souvent les descriptions plus rapides et plus aisément compréhensibles.
L’étude de ces applications de la photographie n’a pas été négligée au Laboratoire1.
1 . Nous saisissons cette occasion pour remercier, ici, M. E. Dugast, attaché au Service photographique de la Préfecture de
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
Photographie de cadavres . — En ce qui concerne les photographies de cadavres, la principale difficulté est de placer le sujet devant un fond convenable, et dans une position qui mette bien en évidence les régions intéressantes à reproduire.
Le seul procédé pratique nous paraît être de laisser le cadavre sur un plan horizontal : nous avons donc fait construire un grand appareil dont l’objectif a son axe dans un plan vertical, et passe au travers d’un trou percé dans la planchette du pied de l’appareil : cette disposition très simple semble préférable à l’emploi de prismes à réflexion totale, ou autres appareils analogues. Le cadavre est alors placé entre les trois tiges du pied, qui est nécessairement d’une assez grande hauteur. La mise au point, faite du haut d’une échelle, est, il faut le dire, assez incommode.
Ce système donne toutefois de bons résultats, et il s’applique à la reproduction photographique d’un grand nombre d’objets qu’il est impossible ou difficile de disposer dans un plan vertical : têtes, fragments d’organes, ossements, etc. Pour éviter les ombres portées, souvent gênantes, nous avons l’habitude de placer les pièces à photographier sur une grande plaque
police, qui nous prête dans toutes les études de ce genre un concours aussi intelligent que désintéressé.
PHOTOGRAPHIE
de verre horizontale et fixée à quelque distance du fond, à un mètre par exemple.
Photographie microscopique. — La photographie microscopique est aussi, en chimie légale, l’objet d’applications intéressantes et nombreuses : elle nous fournit un moyen peu coûteux et absolument fidèle de représenter des objets divers, tels que spermatozoïdes, globules sanguins, cristaux d’hémine, produits chimiques variés résultant de réactions effectuées sur de très petites quantités de matière ; préparations histologiques montrant l’altération des tissus sous l’influence de certains poisons, etc.
Un grand nombre d’appareils destinés à la photographie microscopique, la plupart fort compliqués, ont été décrits dans ces derniers temps. Celui que nous représentons ici (fig. 9) a été construit sur nos indications par M. Vérick. Il est d’une extrême simplicité et rappelle l’appareil de M. Yvon. Le pied est celui d’un microscope ordinaire, avec ses diverses pièces accessoires, condenseurs et diaphragmes. Sur le plan même de la platine se glissent de petits diaphragmes supplémentaires, qui servent à supprimer toute lumière inutile autour de la portion de préparation à photographier. Le pied et la chambre sont rejoints par un soufflet. La plaque sensible peut être fixée à des hauteurs variables selon l’agrandissement que l’on veut obtenir.
BROUARDEL ET OGIER
MÉTHODES DEXPERTISES TOXICOLOGIQUES
La partie supérieure est reliée au socle en fonte, par cpiatre tiges métalliques qui donnent une grande stabilité. Dans tout appareil de ce genre, la condition indispensable, — condition qui n’est
Fig. 9. — Appareil pour la photographie microscopique.
pas toujours observée, — est que la chambre et le pied portant l’objectif ne soient pas solidaires l’un de l’autre : car, si de petits mouvements de la chambre ne sont pas d’une extrême importance, il n’en est pas de même, lorsque ces petits mouvements peuvent se transmettre à l’objectif, qui les amplifie nécessairement. L’ap-
PHOTOGRAPHIE
pareil que nous signalons est fort bien construit sous ce rapport, et les images obtenues peuvent être d’une grande netteté, même lorsque l’instrument repose sur une base assez peu stable, telle qu’une table de laboratoire.
En général nous supprimons l’oculaire : dans quelques cas, l’emploi de l’oculaire à projection de Zeiss donne de bons résultats. On fait une épreuve directe avec un grossissement aussi fort que le permet l’épaisseur de la préparation. S’il y a lieu, le cliché est ensuite agrandi (génénéralement de deux diamètres). L’épreuve directe ne peut jamais, si l’on tient à la netteté, atteindre des grossissements bien considérables, à cause de la difficulté de mettre au point des préparations d’une certaine épaisseur: sous le rapport de la profondeur, les objectifs microscopiques laissent encore beaucoup à désirer. En somme, la grande difficulté de la microphotographie réside dans la préparation ellemême, à laquelle il n’est pas toujours possible de donner une minceur suffisante : cette difficulté s’observe même avec les objets les plus déliés : ainsi, il est rare d’arriver à mettre au point, avec une netteté absolue, toutes les parties d’une bactérie, quelle que soit la perfection de l’objectif à immersion employé.
Comme source d’éclairage, nous nous con- 1 tentons d’une simple lampe à albo-carbon, dont les rayons sont condensés sur le miroir au
MÉTHODES D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES
moyen d’une grosse lentille à projection : avec cette lumière, le temps de pose varie de quelques secondes à dix ou quinze minutes, selon le grossissement et le mode d’éclairage. Il nous paraît très inutile de recourir à des éclairages plus intenses, tels que la lumière électrique. L’excès d’éclairage, qui est souvent gênant dans les observations microscopiques ordinaires, a pour effet de donner des images uniformes, sans vigueur, et d’un développement difficile : mieux vaut opérer avec une lumière faible, quitte à prolonger le temps de pose.
Pour la reproduction de préparations colorées en bleu ou violet (principalement les préparations de bactériologie), il est bon d’interposer devant la source lumineuse une cuve contenant une solution étendue d’acide picrique, ou encore un mélange d’acide picrique et d’indigo. Il faut, par des artifices convenables, obtenir sur la plaque une image de l’objet coloré paraissant à peu près noire sur un fond faiblement teinté. Ajoutons que l’emploi judicieux de matières colorantes bien choisies, permet d’éviter le plus souvent ces petites difficultés : ainsi, tandis que la fuchsine ordinaire donne en photographie de fort mauvais résultats, le produit désigné sous le nom de rubine , dont la teinte est pourtant bien peu différente, est au contraire d’un usage fort commode.
La mise au point se fait au moyen d’une glace
PHOTOGRAPHIE
non dépolie, à l’aide d’une loupe. Le verre dépoli ne peut servir qu’à vérifier si l’éclairage général est satisfaisant.
La reproduction photographique est avantageusement utilisée pour produire des copies durables des tracés graphiques en noir de fumée, obtenus avec les appareils enregistreurs, dans les expérimentations physiologiques (recherches d’alcaloïdes, etc.). 11 est inutile de faire des clichés de ces tracés : il suffit de les exposer à la lumière au-dessus d’un papier sensible ordinaire : le tracé vient en noir sur fond blanc.