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RECHERCHES SUR LA DIGITALINE

la nécessité de pratiquer, après l’ingestion, la ligature de l’œsophage.

Les comparaisons sont plus faciles dans les empoisonnements par injection hypodermique. 11 résulte des essais de M. Lafon :

1° Que les digitalines cristallisées, soit de Nativelle, soit de Duquesnel, soit d’Homolle et Quévenne, soit de Mialhe, possèdent à peu près le même pouvoir toxique ; la dose de digitaline suffisante pour tuer, par voie hypodermique, un chien de 12 à 15 kilogr. est comprise entre 2 et 3 centigrammes.

2° Que la digitaline française, chloroformique du Codex, d’Homolle et Quévenne, possède sensiblement le même pouvoir toxique que les digitalines cristallisées.

3° Que le produit vendu en Allemagne sous le nom de digitoxine, et qui est considéré dans ce pays comme le principe le plus actif de la digitale, a sensiblement le même pouvoir toxique que les digitalines cristallisées.

En résumé, les diverses digitalines cristallisées, la digitaline amorphe Homolle et Quévenne, la digitoxine allemande, qui possèdent les mêmes caractères chimiques, ont aussi des pouvoirs toxiques comparables.

Elimination de la digitaline . — Les recherches de l’auteur, effectuées sur des chiens et corroborées par des observations sur l’homme, ten-

dent à montrer que la digitaline ne s’élimine pas en nature par les reins.

Ce travail se termine par une étude détaillée de l’action de divers agents physiques ou chimiques, ferments, etc., sur la digitaline. L’auteur a essayé l’action de la diastase, de la pepsine, du suc pancréatique, de la bile, de la levure de bière, de l’émulsine, etc. La digitaline semble résister assez bien à tous ces agents, et, point important pour la recherche toxicologique, elle résiste aussi pendant fort longtemps aux influences destructives des microbes de la putréfaction ; pour plus de détails, sur ces points, nous renvoyons le lecteur au mémoire original1.

1. Lafon, Etude pharmacologique et toxicologique de la digitaline ( Annales d'hygiène, 3eksérie, t. XVI, p. 429 et 506).

P. BROUARDEL, VÜLPIAN, SCHUTZENBERGER, G. POUCHET ET J. OGIER

Expériences sur la Colchicine, à propos d’une accusation d’intoxication par cet Alcaloïde (Affaire R )

Les empoisonnements par la colchicine sont rares, et les propriétés de cet alcaloïde assez mal connues. Aussi l’étude médico-légale des viscères de la femme R..., qu’on supposait avoir été intoxiquée par la colchicine, présentait-elle quelques difficultés, et soulevait-elle quelques questions intéressantes.

Pour la relation complète de cette expertise, nous renverrons le lecteur au mémoire original l. Nous résumerons seulement ici les principales expériences faites à propos de cette affaire.

Procède d’ extraction. — Pour extraire l’alcaloïde des viscères, on a employé le procédé suivant : Les matières broyées ont été épuisées par l’alcool ; la solution alcoolique a été évaporée dans le vide ; le résidu sec a été épuisé par l’al-

1. Brouardel, Accusation d'intoxication par la Colchicine, d’affaire R..., acquittement ( Annales d' Hygiène, 1886, tome XV, p. 230).

BROUARDEL ET OGIER

cool dilué ; puis la solution alcoolique acide a été traitée par l’éther de pétrole, pour éliminer les matières grasses ; nous avons vérifié que le pétrole, dans ces conditions, n’entraîne aucune trace de colchicine ; la même solution a été ensuite épuisée par le chloroforme, pour enlever l’alcaloïde. — Sur les résidus laissés par l’évaporation du chloroforme, nous avons essayé diverses réactions, en particulier celle de l’acide nitrique de densité 1,4-, qui est la plus importante ; la colchicine donne avec ce réactif une coloration violette. Les résidus extraits des viscères ont en effet fourni de faibles colorations violacées.

Une série de recherches a été entreprise pour déterminer jusqu’à quel point il était permis de conclure, d’après cette seule réaction, à la présence de la colchicine. Des chiens ont été empoisonnés par la colchicine, d’autres pendus ; on a fait la recherche de l’alcaloïde sur les organes des uns et des autres ; l’analyse a fait reconnaître immédiatement ceux des animaux qui avaient été empoisonnés ; les autres viscères n’ont pas donné la réaction par l’acide nitrique.

La colchicine s’est retrouvée facilement dans les vomissements (même lorsque l’animal a été empoisonné par la voie intraveineuse), facilement aussi dans l’urine ; on l’a constatée encore dans le rein, moins nettement dans le foie, difficilement dans l’estomac et dans l’intestin.

EXPÉRIENCES SUR LA COLCHICINE

D’autres essais ont été faits pour rechercher si des extraits de viscères, contenant des ptomaïnes, des extraits chloroformiques de matières fécales et de matières animales en putréfaction, pourraient donner la réaction violette ; les résultats ont été négatifs1. D’autre part, l’expérimentation physiologique, (injection intraveineuse à un chien des résidus chloroformiques extraits du cadavre) n’a pas donné de résultats nets ; et les viscères de l’animal ainsi empoisonné n’ont pas fourni de résidus présentant la réaction violette.

Les conclusions de ce premier rapport devaient donc être fort réservées ; nous disions :

Les symptômes observés pendant la maladie à laquelle a succombé madame R..., ainsi que les résultats de l’autopsie, ne présentent aucune contradiction avec l’hypothèse d’un empoisonnement par la colchicine.

L’analyse chimique des viscères fournit les réactions chimiques indiquées comme caractérisant la colchicine.

Les expériences physiologiques n’ont donné aucun résultat confirmatif ou infîrmatif.

11 serait donc logique de conclure en faveur

1. Voir à ce sujet les expériences de MM. Ogier et Minovici, (p. 119), sur l'influence des ptomaïnes dans la recherche chimicolégale des alcaloïdes.

de l’hypothèse d’un empoisonnement par la colchicine.

Mais les symptômes, les lésions, la physiologie de l’empoisonnement par cet alcaloïde sont encore peu étudiés ; il n’est pas impossible que l’avenir révèle l’existence d’un alcaloïde, encore inconnu, pouvant avoir les réactions chimiques de la colchicine.

Dans ces conditions, nous devons conclure avec une grande réserve et dire :

Les données fournies par l’observation des symptômes, par l’autopsie, par l’analyse chimique, sont en concordance avec cette hypothèse que la mort de madame R... a été causée par une intoxication résultant de l’ingestion d’une certaine quantité de colchicine ; mais nous ne pouvons affirmer scientifiquement, avec entière certitude, que cette hypothèse soit exacte.

Une nouvelle expertise fut ordonnée, à laquelle prirent part MM. Brouardel, Vulpian, Schützenberger, G. Pouchet et J. Ogier.

Les résultats de l’examen chimique furent les mêmes que précédemment ; on observa encore la coloration violette avec les matières extraites des viscères. Voici le détail de ces expériences :

En opérant sur les extraits du cadavre de madame R... nous observons les faits suivants :

Lorsqu’on laisse tomber une goutte d’acide nitrique de densité égale à 1,40, exempt de va-

EXPÉRIENCES SUR LA COLCHICINE

peurs nitreuses, au centre du verre de montre et de l’extrait chloroformique desséché et étalé en couche mince à la surface du verre, la goutte elle-même reste incolore ; mais sur le pourtour, là où la goutte est en contact avec l’extrait sans qu’il y ait excès d’acide, il se forme une auréole rose ou rose violacé assez persistante.

L’addition ultérieure de potasse caustique donne à toute la masse du liquide une teinte orangé rougeâtre.

Lorsqu’on répète la même expérience, en procédant de la même façon, sur un verre de montre dans lequel on a évaporé une solution récemment préparée de colchicine pure dans le chloforme, on constate que la totalité de la goutte d’acide nitrique se colore en violet, à mesure que la colchicine s’y dissout : la teinte violette est plus ou moins intense selon la proportion d’alcaloïde employée.

Les différences observées entre les deux modes d’apparition de la teinte colorée sont :

1° Auréole rose violacé ou rose autour de la goutte, au point de contact de son pourtour avec l'extrait, auréole qui s’étend en disparaissant dans les parties d’abord atteintes, à mesure que la goutte s’étale, — observée avec les extraits du cadavre de la dame R.. . ;

2° Coloration violette dans la goutte ellemême, observée avec la solution chloroformique de colchicine récemment préparée.

Ces différences, disons-nous, peuvent s’expliquer par l’influence de matières étrangères dans l’extrait chloroformique du cadavre, matières dont la présence est indéniable, qu’il est impossible d’éliminer complètement et qui doivent modifier dans une certaine mesure la netteté et l’aspect des réactions colorées. Ces impuretés, qui sont de nature grasse, ne peuvent entrer en contact direct avec la goutte d’acide nitrique ; on comprend donc qu’il ne puisse se produire dans ce cas une coloration immédiate dans la masse même de la goutte d’acide, comme il arrive avec la colchicine pure.

D’autre part, la coloration propre de ces impuretés doit évidemment altérer la coloration due à l’action du réactif et en modifier plus ou moins la teinte. En répétant nos premiers essais avec un extrait chloroformique purifié davantage par solution dans l’acide acétique et évaporation dans le vide à la température ordinaire, nous avons obtenu une coloration rose ou rose violacé un peu plus nette et qui se développait même dans toute la masse lorsqu’on exposait celle-ci aux vapeurs d’acide azotique fumant.

Nous devons aussi faire observer que les teintes développées par l’acide nitrique d’une densité égale à 1,4 dans les divers produits retirés du cadavre de madame R.., ne se sont jamais présentées à nous avec le caractère franchement violet que l’on constate avec la colchicine frai-

EXPÉRIENCES SUR LA COLCHICINE

chement dissoute dans le chloroforme et séparée par évaporation au bain-marie.

Les masses étaient surtout roses ou rose rougeâtre violacé.

Cette différence assez tranchée conduirait à faire rejeter l’hypothèse d’un empoisonnement par la colchicine; mais d’autre part, d’après nos expériences personnelles, il semble que la colchicine pure en dissolution dans le chloroforme subit au bout de quelque temps une altération notable ; nous avons, en effet, observé que la colchicine extraite de solutions chloroformiques préparées depuis plusieurs mois ne donne plus la réaction franchement violette ou bleu violet avec l’acide nitrique de densité 1,40, mais une coloration rouge violacé qui se rapproche assez de celles que nous avons été à même d’observer.

Quant à la couleur rouge orangé ou orange que prend l’acide nitrique après addition de potasse caustique, nous pensons qu’on ne peut lui attribuer qu’une valeur restreinte, attendu qu’il existe un nombre assez considérable de matières organiques azotées, prises parmi celles que l’on rencontre normalement dans l’organisme animal, qui développent une couleur analogue lorsqu’on les traite successivement par l’acide nitrique concentré et par les alcalis.

Réaction du sulfovanadate d'ammoniaque. — Depuis l’époque de la première expertise, on

avait signalé un nouveau réactif de la colchicine. Ce réactif, proposé par M. Mandelin (laboratoire du professeur Dragendorff à Dorpat), est formé de vanadate d’ammoniaque dissous dans l’acide sulfurique monohydraté (1 gramme de vanadate dans 200 grammes d’acide sulfurique) ; avec la colchicine pure, cette liqueur donne naissance à une coloration verte assez intense, à laquelle succède très rapidement une teinte brun violacé.

Avec les résidus chloroformiques provenant du cadavre de madame R..., nous avons observé une coloration verte fugitive, tournant au brun violacé.

Nous avons cherché à préciser l’importance de la coloration verte obtenue avec le sulfovanadate d’ammoniaque. Cette réaction est-elle spéciale à la colchicine? ne se produit-elle pas avec d’autres alcaloïdes ? Voici ce que nous avons observé :

Les alcaloïdes suivants ont été soumis à l’action du nouveau réactif :

Vératrine, digitaline, pilocarpine, morphine, narcéine, codéine, ésérine, cocaïne, caféine, berbérine, gelsémine, narcotine, kaïrine, brucine, strychnine, solanine, colchicine, colchicéine, curare, arbutine, sabadilline, aloïne, rhéine, esculine, santaline, igasurine.

Avec la colchicine et la colchicéine, coloration verte immédiate.

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Avec l’arbutine, coloration verdâtre au commencement, devenant tout de suite brun sale.

Avec l’aloïne, coloration verte devenant brune.

Avec la rhéine, coloration verte persistante.

Les autres alcaloïdes ont donné des colorations très différentes ou n’en ont donné aucune.

La colchicéine, l’arbutine, l’aloïne, la rhéine, sont donc, parmi les corps étudiés, les seuls qui puissent être confondus avec la colchicine.

Nous n’essayerons pas de différencier la colchicéine de la colchicine. La chose a peu d’importance en elle-même ; ces deux corps ont des propriétés extrêmement voisines.

La colchicéine est un dérivé direct de la colchicine. Le seul échantillon de colchicéine que nous ayons pu nous procurer possédait toutes les réactions de la colchicine.

Pour l’arbutine, elle se distingue de la colchicine en ce que, par addition d’acide nitrique, elle ne donne pas, comme celle-ci, de coloration violette.

Même résultat pour la rhéine et l’aloïne.

Ainsi, il n’y a aucune confusion possible, si l’on s’appuie simultanément sur les deux réactions.

11 résulte de ces données expérimentales que les réactions de l’acide nitrique et du sulfovanadate combinées ont une importance réelle et sérieuse dans la recherche de la colchicine.

Il nous reste à examiner si, pendant la putréfaction, il ne peut pas se former des alcaloïdes cadavériques pouvant offrir simultanément la réaction violette par l’acide nitrique et la réaction verte par le sulfovanadate. Ce point capital avait déjà été examiné en ce qui concerne l’acide nitrique dans le premier rapport par MM. Brouardel, Pouchet et Ogier.

Il nous a semblé utile, vu l’importance de la question, deprocéder à de nouvelles expériences sur ce point.

Avec des organes putréfiés provenant de deux cadavres pour lesquels l’idée d’une intoxication par la colchicine ne peut être soulevée, nous avons préparé deux extraits chloroformiques en opérant exactement dans les conditions énoncées plus haut à propos des viscères de madame R...

L’un de ces extraits n’a donné ni coloration verte avec le sulfovanadate, ni la coloration violette de la colchicine fraîchement dissoute dans le chloroforme avec l’acide nitrique, ni la coloration rose ou rose violacé observée avec les extraits du cadavre de madame R... Le second extrait cadavérique a donné une coloration vert sale avec le sulfovanadate, comparable à celle que produisait le résidu chloroformique des viscères de madame R...

Avec l’acide nitrique de densité égale à 1 ,40, ce second extrait cadavérique a donné une colo-

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ration rose violacé formant auréole autour de la goutte d’acide, coloration analogue à celle obtenue dans les essais sur les viscères de la femme R...

Cette coloration était, il est vrai, beaucoup moins intense dans la contre-épreuve, et, après purification des extraits par dissolution dans l’acide acétique, la différence d’intensité s’est notablement accentuée.

Les extraits cadavériques n° 2 précipitaient également par le tannin, l’iodure de potassium ioduré, l’iodure double de potassium et de mercure, ce qui indique la présence d’un ou de plusieurs alcaloïdes cadavériques. 11 résulte de ces observations que dans certains cas il peut se former, pendant la putréfaction, des composés alcaloïdiques capables de donner avec les réactifs les plus caractéristiques de la colchicine des colorations qui se rapprochent dans une certaine mesure de celles que donne la colchicine elle-même.

Expérimentation physiologique. — De nouvelles expériences furent faites par M. Vulpian, sur les symptômes de l’empoisonnement par la colchicine. Voici les conclusions :

Ces expériences montrent que la colchicine peut tuer des chiens d’assez petite taille à la dose de 2 centigrammes. La dose d’un centigramme détermine des effets morbides, mais

n’est pas sûrement mortelle, puisque le chien qui a pris cette dose a été malade, mais a survécu et a guéri complètement. La dose de cinq milligrammes peut rendre malade, d’une façon passagère, un jeune chien de petite taille ; la dose de deux milligrammes et demi n’a produit qu’une selle diarrhéique, et longtemps après l’ingestion, chez un chien adulte d’assez grande taille.

Les symptômes observés dans ces expériences ont été assez uniformes. Des vomissements ont eu lieu dans toutes les expériences, si ce n’est dans la dernière (chien ayant avalé seulement deux milligrammes et demi de colchicine). Ils se sont produits assez longtemps après l’ingestion de la colchicine. Un des chiens [a] a commencé à vomir au bout d’une heure et quarante-cinq minutes ; les premiers vomissements ont eu lieu chez le deuxième chien [b] au bout de trois heures ; le troisième chien (c) n’avait pas encore vomi au bout de huit heures et demie. Le premier de ces animaux avait avalé dix centigrammes de colchicine ; le second, cinq centigrammes ; le troisième, deux centigrammes de cette substance. Le quatrième (rf), qui n’est pas mort et qui avait avalé un centigramme de colchicine, a vomi au bout de deux heures et quart. Enfin le cinquième (c), qui n’a pris que cinq milligrammes de colchicine, n’a vomi qu’au bout de quatre heures et demie.

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La diarrhée a été constante chez tous les chiens soumis à l’action de la colchicine. Ils ont rendu d’abord des matières fécales liquides ; puis les selles ont été formées uniquement de liquide muqueux, plus ou moins abondant, souvent sanguinolent (il n’y a eu qu’une selle diarrhéique chez le chien qui n’a pris que deux milligrammes et demi de colchicine).

Les seuls autres phénomènes symptomatiques constatés chez ces chiens (sauf le dernier) ont consisté en une perte complète d’appétit, avec soif plus ou moins prononcée, en un affaiblissement rapide, produisant une prostration extrême chez tous ceux qui ont succombé. On a constaté un amaigrissement très prononcé chez le chien qui a survécu quatre jours (a). On n’a pas pu examiner les animaux pendant les dernières heures de leur vie, et on ignore s’il y a eu des phénomènes spasmodiques dans la période terminale de l’intoxication.

La durée de la survie chez les chiens qui sont morts n’a pas été en rapport direct avec la dose ingérée. Le chien [a) qui avait avalé dix centigrammes de colchicine est mort le cinquième jour après l’ingestion du poison; le chien (b) qui avait pris cinq centigrammes de colchicine est mort en moins de vingt-quatre heures ; le chien (c) qui avait avalé deux centigrammes de cette substance est mort au bout d’une quarantaine d’heures. Cette différence dans la survie

s’explique en partie par le temps qui s’est écoulé avant le premier vomissement, temps qui avarié notablement chez les divers chiens, comme on vient de le dire. Les lésions constantes ont été : une congestion plus ou moins vive de la membrane muqueuse de l’estomac et de l’intestin, et l’existence d’une quantité plus ou moins grande de matières diarrhéiques muqueuses dans ces parties du canal digestif ; ces matières étaient sanguinolentes dans un cas. Comme lésions inconstantes, on a trouvé du gonflement des plaques de Peyer, de la tuméfaction des ganglions mésentériques, de la congestion des méninges cérébrales, des poumons, du foie, de la rate ; et des ecchymoses sous-pleurales et sous-endocardiques.

En somme, ni chez les lapins, ni chez les chiens, la colchicine n’a produit desefîets propres à caractériser ce genre d’intoxication.. Nombre d’autres substances et, parmi elles, celles surtout qui ont sur l’homme une action purgative, énergique, drastique, détermineraient, chez ces animaux, les mêmes symptômes et les mêmes lésions. Dans de telles conditions, les expériences faites à l'aide du résidu chloroformique provenant des viscères de madame R... ne pouvaient évidemment pas donner des résultats bien significatifs.

Ce chien qui a avalé tout le résidu chloroformique n’a eu que des vomissements tardifs et

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peu nombreux. Les vomissements se produisent chez le chien avec une extrême facilité. Ils peuvent avoir lieu, même sous l’influence de l’ingestion de matières presque inertes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ce résidu chloroformique ait provoqué des vomissements chez le chien qui l’a avalé, et cela n’indique pas que ce résidu ait contenu une substance réellement toxique : en particulier, ils ne peuvent pas être considérés comme un indice de la présence de la colchicine dans ce résidu.

Cette expérience faite sur chien, la seule que nous ayons pu tenter, puisque nous avons employé, pour la faire, tout le résidu chloroformique provenant des viscères de Madame R..., ne prouvait assurément pas que ce résidu ne contenait pas de colchicine. Elle nous donnait, toutefois, le droit de dire, en nous fondant sur les expériences dont nous avons rapporté précédemment les résultats, que, si ce résidu contenait de la colchicine, la quantité de cette substance qui était renfermée était très minime, inférieure à 2 milligrammes et demi. On a vu, en effet, que cette dose de 2 milligrammes et demi a produit une selle diarrhéique chez un chien pesant 18 kilog., tandis que le chien qui a avalé tout le résidu chloroformique n’a pas eu une seule fois la diarrhée, bien qu’il fût de petite taille (6 kilogrammes).

ConclusioJis . — 1° La physiologie, dans l’état actuel de nos connaissances, ne peut pas nous donner le moyen de reconnaître, au moyen d’expériences faites sur des animaux, un empoisonnement par la colchicine.

2° Si le résidu chloroformique provenant des viscères de madame R... contenait de la colchicine, il n’en renfermait qu’une quantité très minime, insuffisante pour produire de la diarrhée chez un chien de petite taille.

En résumé , laissant de côté : les réactions fournies par l’iodure de potassium ioduré, par l'iodure double de potassium et de mercure, par le tannin, par la potasse caustique après traitement nitrique, réactions trop générales, que nous avons du reste pu constater aussi bien avec les extraits du cadavre de la femme R... qu’avec le cadavre qui nous servait de contreépreuve et qui s’appliquent par conséquent aux alcaloïdes cadavériques comme aux autres ; fixant uniquement notre attention sur les deux seuls réactifs qui nous restent : acide nitrique de densité égale à 1,4; sulfovanadate d’ammoniaque, nous pouvons dire :

L’acide nitrique ne nous a pas donné la coloration franchement violette que développe la colchicine pure et fraîchement dissoute dans le chloroforme, mais seulement la coloration rose violacé ou rose que nous a donnée une colchicine

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modifiée et dissoute depuis longtemps dans le chloroforme. Cette coloration rose ou rose violacé a été observée par nous sur un extrait cadavérique ordinaire avec une moindre intensité, il est vrai, mais avec des caractères analogues.

Le sulfovanadate d’ammoniaque nous a donné une coloration verte passant au rouge brun sale : 1° avec la colchicine ; 2° avec les extraits du cadavre de madame R..., et 3° avec les extraits de l’un des cadavres servant de contre-épreuve.

L’expérimentation physiologique ne nous a pas donné de résultats plus décisifs et, comme cela a été rapporté plus haut, elle ne peut servir à démontrer avec certitude le fait d’un empoisonnement par la colchicine.

Nos conclusions ne peuvent donc être que conformes pour le fond avec celles de la première expertise.

La réserve théorique formulée par MM . Brouardel, Gabriel Pouchet et Ogier se trouve justifiée par l’une des expériences que nous avons faites pour servir de contre-épreuve : dans cette expérience en effet, avec des extraits provenant d’un cadavre qui ne renfermait pas de colchicine, les réactifs ont fourni des colorations, moins intenses il est vrai, mais analogues cependant à celles qui ontété observées sur les extraits du cadavre de madame R...

Nous conclurons donc ainsi :

BROUARDEL ET OGTER .

Conclusion. — Les résultats de nos expériences n’excluent pas l’hypothèse d’un empoisonnement par la colchicine, mais ils n’apportent a cette hypothèse aucune preuve décisive et qui ne puisse être controversée.

L’accusé R... fut acquitté en assises.

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