SUBMERSION
Les conclusions de ce travail sont les suivantes :
Quand on fait le parallèle entre les cadavres des immergés vivants et des immergés postmortem , on constate :
1° Que l’aspect extérieur est à peu près le même dans les deux cas, et qu’il n’y a guère que le champignon de mousse, qui ait une valeur pour le diagnostic.
2° Que l’eau et les matières étrangères pénètrent aussi bien dans les voies respiratoires et dans les bronches des submergés que dans celles des immergés post mortem , mais que chez ces derniers les corps étrangers ne dépassent pas les cinquièmes ou sixièmes divisions bronchiques et que le liquide est arrêté aux bronches moyennes par la colonne d’air comprimé, tandis que chez les submergés il pénètre jusque dans les petites bronches.
3° Que lépiglotte est verticale chez les submergés, alors qu’elle n’est qu’entrouverte chez les cadavres immergés.
4° Que l’eau pénètre en assez grande quantité dans l’estomac des premiers et jamais dans celui des derniers, et qu’en faisant l’analyse comparative entre ce liquide et celui trouvé dans les bronches, on peut arriver à un diagnostic certain.
5° Qu’il en est de même, toute proportion gardée, pour l’oreille moyenne.
6° Que la mousse caractéristique ne se trouve que chez les submergés.
7° Que si la fluidité du sang existe dans certains empoisonnements par l’opium, et quelques asphyxies par les gaz délétères, il est facile, à l’aide du spectroscope et de l’analyse, de faire le diagnostic.
8° Que chez les putréfiés, tous ces signes ont à peu près disparu, et que le médecin-légiste ne peut établir que des présomptions lorsque la putréfaction a débuté par la tête, le cou et le thorax, qu’il y a eu transsudation de liquide rougeâtre dans les plèvres et du liquide dans les oreilles moyennes.
L’auteur conclut à la possibilité de diagnostiquer la mort par submersion chez les submergés à l’état frais, d’après l’ensemble des signes précédemment indiqués ; pour les cadavres putréfiés, on ne peut que faire des conjectures et le diagnostic différentiel doit être fait suivant les lésions observées sur le cadavre.
. Bougier. Thèse de la Faculté de Médecine. Paris, 1884.
F. B. PATENKO
Étude sur l’asphyxie de cause mécanique. — Modifications de la circulation pulmonaire.
Les expériences de M. Patenko, faites sur des chiens asphyxiés par pendaison ou par le gaz d’éclairage ont eu pour but de vérifier la théorie de Donders au sujet de la congestion veineuse, qu’on observe dans les différents organes, surtout dans les poumons d’individus ayant succombé à une asphyxie. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas constant, et des observateurs des plus autorisés, tels qu’Hofmann, disent formellement que chez les personnes asphyxiées, surtout chez les pendus, les poumons au lieu d’être congestionnés sont manifestement anémiques. Ainsi donc, pour une même cause, l’asphyxie, on observe tantôt la congestion, tantôt l’anémie du poumon.
Nous ne pouvons donner ici que les conclusions du long mémoire de M. Patenko :
1° La théorie de Donders sur le développement de l’hypérémie congestive pendant la mort par asphyxie est tout à fait confirmée par ces expériences.
2° Il est nécessaire d’admettre deux espèces d’asphyxie :
a) Celle qui se développe après l’inspiration.
b) Celle qui se développe avant l’expiration. Ainsi s’éclaircit la présence ou l’absence de congestions dans les cas de mort par asphyxie développée dans les mêmes conditions extérieures.
3° Mais les deux espèces d’asphyxie comportent quelques phénomènes semblables et constants :
a) Les foyers d’extravasation sanguine dans les poumons, qui ne diffèrent entre eux que par leur provenance (capillaires ou gros vaisseaux).
b) Congestion avec foyers apoplectiques dans le bulbe. De plus, inflammation parenchymateuse aiguë des cellules nerveuses du centre respirateur.
4° Dans l’asphyxie par un gaz irrespirable (gaz d’éclairage), on obtient aussi des résultats nécropsiques dissemblables qui forcent à admettre ici encore deux espèces différentes :
a) Asphyxie avec prédominance des mouvements d’inspiration.
b) Asphyxie avec prédominance du mouvement expiratoire1.
1. Patenko. Étude sur V asphyxie de cause mécanique. Modifications de la circulation pulmonaire. ( Annales d'Hygiène et de Médecine légale, 3e série, 1885, t. XIII, p. 209.)
M. POPOFF
Emploi de l’acide picrique pour la détermination des alcaloïdes végétaux en toxicologie.
On sait qu’un grand nombre d’alcaloïdes donnent avec l’acide picrique des précipités plus ou moins insolubles. Un certain nombre de ces picrates ont été décrits par divers auteurs. Nous rappellerons seulement ici que, d’après Dragendorff, l’acide picrique fournit des précipités cristallins avec les alcaloïdes suivants : Strychnine, brucine, quinidine, cinchonine, berbérine, papavérine, narcéine, nicotine, atropine. Les alcaloïdes qui ne précipitent pas en solution au 1/500 sont: la caféine, la théobromine, l’aconitine, la morphine, la codéine, la conicine, la colchicine, la solanine, la digitaline ; ceux qui donnent des précipités restant amorphes seraient la quinine, la vératrine, l’émétine, la narcotine, la thébaïne, la delphine. En somme, l’acide picrique est rarement employé dans la recherche des alcaloïdes et il ne l’est guère qu’à titre de réactif général.
M. Popoff s’est proposé d’étudier d’un peu
plus près ces réactions de l’acide picrique et, en particulier, de voir jusqu’à quel point l’examen des formes cristallines des composés obtenus pourrait servir, sinon à déterminer rigoureusement les alcaloïdes, du moins à établir des caractères distinctifs de quelque précision. La question est envisagée uniquement au point de vue de la recherche toxicologique, et par suite, l’auteur s’est borné à étudier les réactions faites dans des conditions réalisables dans une expertise d’empoisonnement.
I. Le mode opératoire adopté est le suivant : on prépare une solution aqueuse d’alcaloïde, libre ou sous forme de sel, à 1 p. 100, 2 p. 100, quelquefois plus concentrée. Pour les alcaloïdes très peu solubles, on peut se servir des solutions saturées dans l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique. Avec ces solutions types, on en prépare ensuite d’autres de concentrations décroissantes (0,5 p. 100, 0,3 p. 100, 0,1 p. 100, 0,05 p. 100, et 0,01 p. 100). On emploie 1 cent, cube de solution placée dans un verre de montre et on précipite par un léger excès d’une solution aqueuse saturée d’acide picrique. 11 n’y a pas d’inconvénient à ajouter un petit excès d’acide picrique, car les picrates d’alcaloïdes ne sont pas sensiblement solubles dans la solution d’acide picrique ; au contraire, quelques-uns sont notablement solubles dans un excès de la solution
d’alcaloïde (nicotine, éserine, cocaïne, igasurine, etc.)
Les précipités au début sont toujours amorphes; certains commencent à cristalliser presque aussitôt, et dès la température ordinaire ; d’autres cristallisent plus lentement et seulement lorsqu’on chauffe ou par évaporation. Lorsqu’on porte le mélange vers 100°, tout d’abord les précipités se redissolvent, plus ou moins complètement, selon la concentration des liqueurs ; par évaporation, les picrates se séparent de nouveau, soit amorphes, soit cristallisés. En évaporant au bain-marie, on peut obtenir des picrates, même avec des solutions très étendues qui ne donnent pas de précipités.
Toutes ces opérations peuvent se faire sur une lame porte-objet : on examine les préparations au microscope ; un grossissement de 40 à 50 diamètres est en général suffisant.
Par cette méthode, l’auteur a obtenu des picrates cristallisés avec les alcaloïdes suivants : cocaïne, codéine, papavérine, morphine, thébaïne, strychnine, brucine, igasurine, atropine, daturine, hyoseiamine, nicotine, cinchonine, pilocarpine, spartéine.
IL Dans la description qui suit, nous passerons en revue les divers alcaloïdes en les groupant approximativement selon la facilité avec laquelle leurs picrates cristallisent.
Strychnine. — Le précipité se forme avec des solutions contenant moins de 0,01 p. 100 ; il prend très vite, presque instanément, la forme cristalline, même à la température ordinaire ; chauffé, il se redissout très difficilement, seulement avec les solutions très faibles (0,05 p. 100, 0,01 p. 100) ; il est aisé d’obtenir des cristaux avec de moins 0me, 1
d’alcaloïde. Ces cristaux se présentent sous forme de tablettes
rhomboïdales (angles 75° et 105°) en général avec une dia-
Fig. 10. — Picrale de Strychnine.
gonale noire assez visible. D’ordinaire, les tablettes se superposent partiellement sur d’assez grandes longueurs, les grands axes étant disposés sur une même ligne ; il en résulte de grands cristaux en dents de scie assez caractéristiques : on trouve assez souvent deux séries en dents de scie, accolées l’une à l’autre (fig. 10).
Nicotine. — Précipité seulement dans les solutions fortes (2 p. 100, 1 p. 100, 0,7 p. 100) ; se dissout rapidement même à la température ordinaire et cristallise ensuite presque aussitôt. Les cristaux une fois formés deviennent difficilement solubles, même par échauffement. Dans les solutions faibles, pas de précipité, les cristaux se forment par évaporation. On obtient les mêmes effets soit avec la nicotine
libre (0m®, 1) soit avec le chlorhydrate. Prismes rectangulaires très allongés (angles 70° et 180°) accolés les uns aux
' Fig. 11. — Picrate de Nicotine.
autres, de manière à former des filaments courbes, d’assez grande longueur (fig. 11).
Cocaïne. — Précipité d’abord amorphe dans les solutions jus-
Fig. 12. — Picrate de Cocaïne
qu’à 0,3 p. 100 ; commence à cristalliser au bout d une demi-minute environ à la température ordinaire, et d’au-
tant plus vite que la solution est plus concentrée. Dans les solutions faibles, pas de précipité ; l'addition de quelques gouttes d’alcool détermine souvent la cristallisation dans ces solutions non précipitées. Cristaux par évaporation, même avec 0mg, 1 d'alcaloïde. Aiguilles assez épaisses, réunies en forme de houppes, de plumeaux, ou comme les rayons d'un éventail (fig. 12).
Brucine. — Précipité d'abord arçiorphe dans les solutions jusqu’à 0,9 p. 100; se dissout par échauffement et cristallise
ensuite très vite ; par évaporation, cristaux avec 0mg,l d'alcaloïde. Prismes courts et épais de forme assez caractéristique, d'un jaune plus foncé que les autres picrates (fig. 13).
Igasurine. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,5 p. 100. Les caractères du précipité sont à peu près identiques à ceux du picrate de Brucine. Couleur assez foncée.
Atropine. — Précipité amorphe dans les solutions jusqu'à 1 p. 100 ; se dissout facilement par la chaleur et cristallise ensuite très rapidement. Avec les solutions plus étendues, pas de précipité. Les cristaux s’obtiennent par évaporation ; ils entrent en fusion si l’on continue à chauffer vers 100° après dessiccation. Réaction sensible avec 0mg,l. Tables
minces, carrées (angle 90°) ou plus souvent rectangulaires de dimensions très variées (fig. 14).
Fig. 14. — Picrate d’ Atropine.
Papavérine. — Précipité amorphe dans la solution jusqu’à 0,05 p. 100 ; disparaît complètement par échauffement avec les
solutions faibles, incomplètement avec les solutions fortes. Une partie seulement du picrate cristallise pendant l’éva-
BROUÀRDEL ET OGIER 14
poration. Réaction sensible avec 0mg,l d’alcaloïde. Lames assez petites, beaucoup plus longues que larges, plus épaisses que les cristaux d’atropine, sauf à de rares exceptions (fig. 15).
Cinchonine. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,05 p. 100 ; ne se dissout que difficilement par la chaleur ; cristallise entièrement par évaporation ; réaction sensible avec 0mg,3 d’alcaloïde. Minces tablettes rhomboïdales (angles 70° et 110°) très courtes avec les solutions faibles, arêtes souvent
indécises ou ébréchées ; avec les solutions plus fortes (2 p. 100), tablettes plus longues et plus étroites, souvent imbriquées les unes sur les autres et prenant l’aspect dentelé d'une petite feuille (fig. 16).
Spartéine. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,5 p. 100, se dissolvant lentement par la chaleur. Réaction sensible avec 0mg,5 d'alcaloïde ; lames prismatiques de dimensions très diverses.
Codéine. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,5 p. 100 ; se dissolvant par la chaleur ; l’évaporation est retardée par la production d’une mince pellicule jaune ; la solution n’est guère sensible avec moins de lmg d’alcaloïde. Minces ai-
guilles disposées en houppe ou en éventail ; formes un peu analogues à celles que donne la cocaïne ; mais les aiguilles sont en général plus minces (fig. 17).
Fig. 17. — Picrate de Codéine.
Pilocarpine. — Pas de précipité, même avec les solutions à 1 p. 100. Par évaporation, cristaux qui fondent si l’on con-
tinue à chauffer vers 100° le résidu sec. Réaction sensible avec environ 0m«,5 d’alcaloïde. Longues aiguilles avec rami-
fications souvent très prolongées (évaporation lente), quelquefois analogues au picrate de cocaïne (cristallisation rapide) (fig. 18).
Morphine. — Précipité amorphe dans les solutions à 1 p. 100, facilement soluble à chaud ; cristallisation assez difficile par évaporation presque à sec ; les cristaux se séparent plus aisément par évaporation lente, surtout si on reprend le résidu par l’eau à une ou deux reprises. Réaction sensible avec 0mg,5. Tablettes allongées, quelquefois dentelées à
leurs extrémités, disposées autour d’un point central ; le milieu de l’amas de cristaux est souvent amorphe ; les lames ont à peu près l’épaisseur de celles du picrate d’atropine dont elles dilfèrent d’ailleurs beaucoup par leur plus grande longueur et leur mode de groupement (fig. 19).
Daturine. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,5 p. 100; les cristaux s’obtiennent aussi par évaporation lente, avec les solutions faibles (0,1 p. 100 et 0,05 p. 100). Une portion de l’alcaloïde reste en petites masses amorphes, sphériques. Réaction sensible avec 0ms,5 d'alcaloïde. Tables assez épaisses carrées ou rectangulaires, rappelant le picrate d’atropine, mais plus épaisses ; formant quelquefois des grou-
pements en lignes ; les grands côtés disposés parallèlement avec ramifications assez étendues (fig. 20).
Hyosciamine. — Précipité amorphe dans les solutions jusqu’à 0,5 p. 100, solubles par échauffement. Les cristaux se
forment surtout si l’on reprend par l'eau le résidu sec et si l'on évapore de nouveau : précaution qui est à recommander
BROUARDEL ET OGIER
d’ailleurs pour tous les picrates difficilement cristallisables. Les cristaux et leurs groupements sont sensiblement identiques à ceux que produit la daturine (fîg. 21).
Thébaïne. — Précipité dans les solutions jusqu’à 0,05 p. 100 difficilement soluble à chaud, difficilement cristallisable surtout avec les solutions faibles. Réaction sensible avec
Fig. 22. — Picrate de Thébaïne.
0mg,5. Prismes quadrangulaires peu épais avec sommets en pointe ; groupements en forme d’étoiles ou offrant l'aspect de petites sphères recouvertes d’aiguilles ; assez caractéristique (fig. 22).
III. Les autres alcaloïdes qui ont été examinés et qui n’ont pas donné de picrates cristallisés sont : d’une part, la narcotine, la narcéine, la delphine, la quinine, l’apomorphine, l’émétine, la belladonine, l’aspidospermine, la curarine, la staphysagrine, la gelséminine, la quinidine : cette première série d’alcaloïdes donne des précipités amorphes même avec des solu-
tions faibles (0,01 p. 100 à 0,05 p. 100); les suivants ne sont pas précipités même en solutions assez fortes (1 à 2 p. 100): digitaline, muscarine, convallamarine, bryonine, cicutine, colchicine, lycoctonine, strophantine, méconine, cubébine, caféine. Il n’est pas impossible qu’on puisse faire cristalliser ces alcaloïdes en opérant d’une autre manière ; mais l’auteur, comme nous l’avons dit, s’est borné à l’étude des réactions telles qu’on peut les exécuter dans une expertise toxicologique. Parmi les alcaloïdes cidessus mentionnés, quelques-uns sont des produits rares, peu connus et de pureté douteuse; circonstances qui obligent à ne conclure qu’avec réserve.
En résumé, la plupart des alcaloïdes intéressants donnent des picrates cristallisés relativement assez faciles à reconnaître et notablement différents les uns des autres. La brucine et l’igasurine fournissent cependant des cristaux à peu près identiques, de même que la daturine et l’hyosciamine ; il y a quelque ressemblance aussi entre l’aspect des cristaux des picrates de cocaïne et de codéine ; mais certains caractères que nous avons indiqués permettent de les distinguer.
La grandeur des cristaux varie naturellement selon les conditions de l’expérience ; mais pour un même alcaloïde la forme et les modes de groupements restent à peu près constants, et ne
diffèrent pas, que la solution soit neutre, alcaline ou acide ; la présence d’un petit excès d’acide chlorhydrique ne gêne ni la précipitation ni la cristallisation : un grand excès
d’acide chlorhydrique empêche la réaction.
IV. Causes d erreur. — Acide picrique. — Il importe de bien connaître la forme des cristaux d’acide picrique ; le réactif étant presque
Fig. 23. — Acide Picrique.
toujours employé en excès, les préparations contiennent souvent de l’acide picrique cristallisé (fig. 23). Mais il est très facile de l’éliminer en lavant la préparation évaporée à sec avec une ou deux gouttes d’eau ; même observation pour le picrate d’ammoniaque qu’on peut aussi rencontrer quelquefois.
Ptomaïnes. — Les ptomaïnes fournissent
aussi des picrates cristallisés : l’auteur a fait quelques observations à ce sujet, sur des résidus de viscères traités par la méthode suivie
Fig 24 et 25. — Picrates de Ptomaïnes.
généralement au Laboratoire (combinaison des méthodes de Stas et de Dragendorff)1. Il semble