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MÉTHODES

D’EXPERTISES TOXICOLOGIQUES

Nous décrirons dans ce chapitre les procédés d’analyse généralement suivis au Laboratoire dans les expertises toxicologiques : nous n’insisterons avec détails que sur les points où nous aurons a signaler quelques méthodes ou modifications nouvelles.

Ces procédés généraux sont longs et compliqués, surtout lorsque rien ne vient éclairer l’expert sur la marche à suivre ; lorsque, ni les documents acquis par l’instruction, ni les observations recueillies à l’autopsie, n’indiquent quel est le poison qu’il convient particulièrement de rechercher. Mais il arrive souvent que les renseignements contenus au dossier permettent de simplifier ces méthodes ; la recherche d’un poison déterminé est naturellement plus facile et plus simple qu’une expertise

BROUARDEL ET OGIER. 2

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générale. Toutefois, même dans ces cas spéciaux, il convient de pousser jusqu’au bout les méthodes générales, et de ne considérer les indications fournies par l’instruction ou par l’autopsie que comme de simples renseignements préliminaires.

OPÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

I. Autopsie. — Lorsque le chimiste expert assiste à l’autopsie, ce qui est toujours utile, il peut faire immédiatement certaines constatations intéressantes, ou même pratiquer, séance tenante, quelques expériences sommaires qui prépareront les recherches ultérieures. C’est ainsi qu’il pourra très souvent diagnostiquer, par l’odeur seule du contenu de l’estomac, les empoisonnements par l’acide cyanhydrique ou les cyanures alcalins, par le phosphore, par l’acide phénique, le chloroforme et autres substances odorantes. Il pourra constater, dans l’estomac ou dans l’intestin, la présence de divers corps étrangers, bouts d’allumettes, fragments de soufre, grains d’acide arsénieux, etc. Les colorations spéciales des muqueuses de la langue, des lèvres, de l’œsophage, de l’estomac, sont également importantes à noter (coloration jaune par l’acide nitrique, brun-noirâtre par l’acide sulfurique, jaune safran par le laudanum). Il est utile que toutes ces observations, qui souvent simplifient beaucoup le travail ultérieur, soient

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faites sans retard, alors que la putréfaction n’a pas encore modifié profondément l’aspect et l’odeur des organes.

Parmi les essais sommaires qui peuvent être faits au cours de l’autopsie, nous mentionnerons la recherche de l’acide cyanhydrique au moyen d’un papier imprégné de sulfate de cuivre et de teinture de gaïac, qui bleuit au contact des moindres traces de composés cyanhydriques; celle du phosphore au moyen d’un papier imprégné de nitrate d’argent ; celle des acides minéraux au moyen des papiers réactifs, etc.

Ces expériences préliminaires, ces observations tirées des caractères organoleptiques, n’ont sans doute que peu de valeur et ne doivent être envisagées que comme des indications utiles, et non comme des démonstrations rigoureuses.

II. Mise en bocaux. — L’expert peut enfin procéder lui-même à la mise en bocaux des viscères : il est commode de peser immédiatement les bocaux vides, puis avec leur contenu.

On emploiera des bocaux neufs et bien nettoyés, et on aura soin de n’y introduire ni alcool ni aucune substance étrangère destinée à empêcher la putréfaction. Cette précaution n’est pas toujours observée : il arrive assez souvent, surtout en province, que les médecins chargés d’une autopsie ajoutent aux viscères, dans le

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but de les conserver, de l’alcool, ou même d’autres produits antiseptiques, de pureté toujours suspecte. C’est une pratique fâcheuse dont les inconvénients sont à coup sûr plus grands que ceux qui résultent de la putréfaction des viscères. La présence d’impuretés dans ces produits peut rendre les conclusions illusoires, et l’expert, pour lever tous les doutes, est obligé de procéder à une analyse spéciale, — qui d’ailleurs n’est même pas toujours possible, — et de vérifier si les substances antiseptiques ajoutées ne contiennent aucune trace du poison dont l’existence a été constatée dans les viscères. L’emploi de l’alcool, même tout à fait pur, a d’autres désavantages ; il rend plus difficile, par exemple, la recherche du phosphore par le procédé de Mitscherlich ; on sait en effet que la présence de l’alcool annihile presque totalement les phénomènes de phosphorescence sur lesquels est basée cette méthode si sûre et si sensible.

Les bocaux sont fermés par de simples bouchons de liège, maintenus par une ficelle qu’on scelle sur le bouchon avec de la cire ; il est préférable de ne pas recouvrir de cire toute la surface du bouchon ; il vaut mieux en effet que la fermeture ne soit pas trop hermétique, et ne s’oppose pas totalement au dégagement des gaz de la putréfaction ; de plus, quand le bouchon est entièrement recouvert de cire, il devient difficile d’ ouvrir le bocal sans laisser tomber

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dans son contenu quelques parcelles de la cire, qui d’ordinaire contient du plomb. Pour les mêmes motifs, l’emploi du mastic de vitrier doit être rejeté.

Les viscères doivent être isolés les uns des autres, et non point, comme on le fait trop souvent, placés tous ensemble dans un ou deux grands bocaux. Dans la plupart des cas, en effet, il est utile de procéder à la recherche du poison dans les divers organes, séparément : l’étude de la localisation des substances toxiques est parfois d’une importance capitale ; c’est elle par exemple qui permet, dans l’empoisonnement arsenical, de distinguer si la présence de l’arsenic dans les viscères est due à une intoxication aiguë, ou si au contraire elle peut s’expliquer par l’absorption d’un médicament arsenical à petites doses longtemps répétées. Il est évident que, si les viscères ont été mêlés dans le même bocal, toute recherche de ce genre devient à peu près illusoire.

III. Conservation des viscères. — Il n’est pas toujours possible de commencer l’analyse immédiatement après l’autopsie : il est utile en ce cas de préserver les viscères de la putréfaction ; le meilleur procédé consiste à placer les bocaux dans un lieu froid ; ce qui nous est très facile à Paris ; nous disposons, à la Morgue, d’un local spécial dont la température est constamment

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maintenue aux environs de zéro ; c’est là que sont conservés les bocaux jusqu’au moment où l’analyse chimique sera commencée ; c’est aussi là que nous gardons, souvent pendant fort longtemps, les restes des viscères mis de côté pour les contre-expertises. L’expérience a montré qu’une température comprise entre + 2° et — 2° suffît pleinement pour empêcher la putréfaction : en refroidissant davantage, on s’exposerait à voir les bocaux se briser sous l’influence de la congélation.

IV. — Quand les renseignements acquis par l’instruction ou l’autopsie nous ont fourni des indications probables sur la nature du poison à rechercher, nous essayons d’abord de vérifier ces indications ; l’analyse est ensuite complétée selon les méthodes générales. En l’absence de toute indication préalable, voici la marche que nous suivons d’ordinaire :

On examine d’abord si le sang contient de l’oxyde de carbone ;

On prélève un échantillon moyen, composé du quart environ de chaque viscère ; sur cet échantillon, on recherche le phosphore, l’acide cyanhydrique, divers composés volatils, les acides ou alcalis ; puis enfin les métaux toxiques, le plomb, le mercure, l’antimoine, et surtout l’arsenic ;

On prélève ensuite un second échantillon

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moyen, composé du quart environ de chaque viscère ; cet échantillon est consacré à la recherche des alcaloïdes.

Lorsque les premiers essais ont donné un résultat positif, on recommence ces essais en opérant, s’il y a lieu, sur chaque viscère isolément, de manière à vérifier les expériences précédentes, et à déterminer, s’il se peut, la localisation du poison. On consacre à cette nouvelle série d’analyses le tiers ou le quart de ce qui reste. Le surplus est conservé en vue des contreexpertises.

Quel que soit le procédé d’analyse adopté, il est toujours utile de réduire les viscères en fragments très menus : nous employons dans ce but un hache-viande assez simple, qui rend de bons services. La qualité essentielle d’un instrument de ce genre est de pouvoir se nettoyer aisément.

Les quantités de chaque viscère employées sont déterminées à un ou deux grammes près.

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