‹ Le Laboratoire Départemental De Bactériologie De ConstantineChapitre 16 sur 19 · EE D · texte numérisé non relu

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Typhus

D'après un travail de statistique sur les décès à l'hôpital civil de Constantine, M. Martel, pharmacien en chef, montra que le typhus, presque inconnu avant 1890, avait des tendances à augmenter chaque année. |

En effet, depuis 1890, il ne se passe pas d'année que quelque région ne soit sérieusement éprouvée par cette maladie, et sans compter Constantine, où la courbe de la mortalité augmente, nous avons vu les épidémies de Bougie, de Chàteaudun, d'El-Outaya, de Robertville.

Dans l'arrondissement de Batna, en particulier, le typhus exanthématique serait, d’après le docteur Bruncher, à l’état endémique.

« Marquant sa présence par des cas en nombres plus ou » moins espacés, plus ou moins grands, mais toujours relati- » vementrestreints ; le germe est comme assoupi, conservant » pour ainsi dire sa vitalité par un passage sur l’homme » (Bouchard).

Les conditions propices au développement de l'affection semblent être, en Algérie, comme ailleurs, d’une façon générale, la misère, l'encombrement et les voies de transport. L'encombrement est signalé par tous les auteurs, notamment par Weisgerber, à propos de l'épidémie de 1898 à Marrakesch (Maroc) ‘

Dans le département de Constantine, hommes et bêtes

! Revue médicale de l'Afrique du Nord, 1898, pag. 401,

Éto6 ce vivent ensemble au milieu de cadavres d'animaux et de pourriture de toute sorte, surtout en hiver.

Nous avons vu, le lundi 22 Janvier 1900, aux portes de Constantine, nous promenant avec le docteur Rancoule, une maison dans laquelle se trouvaient trois femmes arabes, quatre hommes arabes, trois chiens, deux ânes, trois vaches, quinze moutons et une jument malade.

Dans le coin de l'unique salle se trouvaient un âne crevé depuis trois jours et une génisse déjà en décomposition.

La maison était entourée de fumier, d'animaux crevés et de débris de toutes sortes ; Le tout dégageant une odeur infecte.

Ce tableau donne une idée de ce que sont certains gourbis arabes ; cependant, les épidémies sont relativement rares.

Il est à croire que Mahomet protège ses adeptes.

Les voies de transport influent pour une large part sur la propagation du typhus.

Le plus beau rôle est joué, dans ce cas, par le vagabond porte-vermine dont parle Netter.

L'indigène est sale en général, il couche avec des vêtements qu'il ne change jamais ; s’il se lave, ce sont les pieds et les testicules, pour obéir plutôt à la loi religieuse qu’à un sentiment d'hygiène ou de propreté.

Nous ne pouvons passer sous silence le transport des cadavres indigènes, qui se fait souvent d'une façon déplorable. | On sait que les enterrements arabes se font sans cercueil; le corps, étendu sur une civière recouverte d’un drap, traverse les rues de la ville et risque de semer la maladie".

Les porteurs se changent à chaque instant, ce sont les parents ou les amis de la famille, et lorsqu'on arrive au

1 Ce fait fut constaté par le conseil d'hygiène de Constantine, qui obligea les Arabes à transporter leurs morts, pendant les épidémies, dans un cercueil her-

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cimetière, une cinquantaine d'individus différents ont élé en rapport direct avec le funèbre brancard. Nous avons oublié de dire que, presque toujours, la famille lave le corps du décédé et jette l’eau dans la rue; nous l'avons remarqué, notamment, durant l'épidémie de variole qui vient à peine de se terminer. Enfin, dans les campagnes, les corps sont le plus souvent ficelés et portés à dos de mulets dans certains cimetières vénérés, où ils sont enfouis presque à fleur de terre.

D’autres, qe autorisés que nous, ontindiqué à l'autorité les mesures à prendre pour éviter que de pareils faits se produisent, nous n'insisterons pas.

Voyant le typhus devenir endémique sur tous les points du département de Constantine, M. Martel a voulu continuer les essais faits par M. le docteur Legrain, à Bougie et à Alger, sur le sérum typhique.

Il fut malheureusement très difficile de faire des essais d'une manière continue, car les malades qui sont amenés à l'hôpital, Arabes ou fsraélites, sont toujours à la dernière période de la maladie.

Comme ces indigènes ne consultent presque jamais les médecins, ils sont le plus souvent ramassés par la police, les vaccinations sont presque toujours impossibles.

En 1898, nous n'avons pu faire que six applications, deux ont pleinement réussi, les malades ont guéri après deux injections de sérum; chez trois autres typhiques, les vaccinations ontamené une amélioration, malgré l’état des malades, déjà désespérés à leur arrivée ; la dernière fut inutile.

La préparation du sérum est assez facile avec les Arabes, la saignée est chez eux une des principales méthodes de traitement des «Tebibs », et, en faisant ensuite une injection de sérum artificiel (sérum de Hayem), nous pûmes constater chaque fois une amélioration dans l’état général et une con-

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valescence plus rapide; mais les sujets sont très rares comme nous l'avons dit, les malades arrivant toujours à la dernière extrémité. Il était donc intéressant de chercher un animal qui pût donner le sérum nécessaire à ces innoculations.

Nous avons fait de nombreux essais avec M. Martel et M. le docteur Chavigny, qui dirigeait le laboratoire de bactériologie de l'hôpital militaire de Constantine, et entre autres sur un porc dont la quantité dé sang permettait une sie ration facile et continue du sérum.

Toutes les inoculations faites avec le sang, la salive, les mucosités nasales des typhiques, n’ont donné aucun résultat.

En raclant l’épiderme au moment de la disparition des pétéchies, et en inoculant ce produit avec un peu d’eau disüllée stérilisée, dans la veine de l'oreille de l'animal, nous avons obtenu un peu d’œdème autour de la piqûre, une température plus élevée pendant deux ou trois Jours, mais

non la disparition de l'appétit.

Les mêmes essais ont été faits sur sept singes et n’ont donné aucun résultat.

L’épidémie ayant cessé en octobre, nous pensions repren-

dre ces expériences en 1899, où nous eûmes, en effet, quel-

ques cas de typhus à l'hôpital, mais d’une manière tellement intermittente qu'il nous a été impossible de continuer nos essais.

Sérodiagnostic

En 1898, dans une communication à l’Académie de médecine, M. le D' Chavigny avait signalé que le séro-diagnostic, qui rend tant de services pour la fièvre typhoïde, ne réussissait pas avec du sang de typhus exanthématique.

Nos observations sont absolument conformes à ce premier résultat.

En octobre 1898, une malade de M. le D' Casanova, habitant Constantine, présentait tous les symptômes cliniques d’une fièvre typhoïde; le séro-diagnostic essayé aux 5°, 10° et 15° jour ne donna aucun résultat, l'éruption exanthématique s'étant déclarée très nettement, il n'y eut plus de doutes; la marche du typhus devint bien caractérisée.

En janvier 1899, trois séro-diagnostics sur des typhiques n'ont donné aucun résultat; depuis, plusieurs essais ont été faits et ont confirmé ces premières observations.

Dans les cas de fièvre typhoïde nous avons remarqué que l’agglutination est toujours très nette. Le tableau suivant indique les résultats et le nombre des séro- diagnostics faits au laboratoire de Constantine.

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On voit tout d'abord par ce tableau la progression qu'a suivie dans ces trois années le nombre des essais faits au point de vue de l'agglutination.

Sur 119 essais les résultats ont été 40 fois positifs ; dans ce cas 32 fois la fièvre typhoïque avait été diagnostiquée cliniquement, 3 fois l’autopsie avait fait découvrir la méningite tuberculeuse et 5 fois la maladie n'avait duré que quelques jours, au bout desquels les symptômes ordinaires de la fièvre typhoïde, très nets au début, s’amendèrent.

Il ÿ eut 27 résultats douteux, sur lesquels 13 fois la fièvre typhoïde avait été diagnostiquée cliniquement; 5 fois les symptômes peu nets du début se changèrent en symptômes bien caractéristiques de la méningite (céphalalgie, vomissements, constipation, elc., etc.). Les 9 autres cas ne furent soumis à aucun contrôle.

Enfin sur les 52 résultats négatifs :

27 fois la fièvre typhoïde avait été diagnostiquée cliniquement, et après 3 à 4 essais différents ayant donné des résultats absolument négatifs au point de vue de l’agglutination, les symptômes du typhus exanthématique apparurent et vinrent donner raison au microscope ; seize fois le typhus fut diagnostiqué cliniquement, cependant pour être plus certain du diagnostic le sang fut examiné; sept fois 11 n’était question que d’une fièvre éphémère sans pronostic sérieux.

Enfin dans les 2 cas qui restent on laissa mourir les malades sans chercher à préciser le diagnostic de l'affection dont ils furent victimes. cé

Les cultures des bacilles d’'Eberth sont toujours de 24 heures suivant les recommandations de Widal.

La plupart du temps, nous faisons le séro-diagnostie avec du sang desséché, pris au doigt du malade et recueilli en gouttes sur un papier glacé stérilisé.

Diphtérie.

Quelques cas isolés de diphtérie se rencontrent évidem-

ment à l'hôpital de Constantine comme d’ailleurs dans tous les hôpitaux ; mais depuis 1898, la diphtérie a sévi dans le département avec une certaine intensité, surtout à la suite des pluies d'octobre et de novembre.

Le laboratoire à examiné de nombreuses fausses membranes, 65 dans les derniers mois de 1898, et 121 dans les premiers mois de 1899. |

Dans tous les cas où le bacille de Klebbs-Loeffler a été

reconnu, soit directement, soit par culture sur sérum, les

injections antidiphtériqués ont donné généralement d'’excellents résultats. |

À Constantine, le corps médical n'hésite pas à envoyer les membranes douteuses au laboratoire de bactériologie.

Dans le département, on est plus négligent; il n’y a rien pourtant de difficile, il n’y aurait qu'à suivre la méthode de l'Administration militaire.

Le Laboratoire départemental tient à la disposition des médecins de colonisation, des médecins communaux, etc., des tubes de sérum cougulé sur lesquels on ensemence les membranes, une autre partie est recueillie selon des indications techniques données par le Laboratoire.

La culture s'opère en partie pendant le voyage, surtout avec les températures de nos pays : à l’arrivée, les deux exa-

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Fan Ne mens sont faits rapidement et le résultat est envoyé télégraphiquement.

Malheureusement, il se trouve encore des médecins qui ne savent ou ne veulent pas profiter des commodités qu’on leur offre.

Ce service fonctionne très bien en France et le Laboratoire spécialement installé pour ces études à Paris a fait confec-

tionner un petit nécessaire très pratique pour la facilité de ces expéditions.

Nous rappellerons à ce sujet l'épidémie de croup de Tebessa, où les médecins ont été complètement désarmés; l'emploi du sérum antidiphtérique n'ayant donné aucun résultat. L'étude des membranes et la culture auraient dans ce cas démontré qu'on était en présence non d'une diphtérie pure à bacille de de Loeffler, mais d’une pseudo-diphtérie à streptocoques souvent plus grave que la première et qu’il aurait peut-être fallu associer les deux sérums antistreptococcique et diphtérique.

Le Laboratoire à fait depuis sa fondation 286 examens de membranes, répartis ainsi qu'il suit :

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