‹ Le Labrador, notes et récits de voyageChapitre 4 sur 6 · LK LABRADOR · texte numérisé non relu

LK LABRADOR

milieu des îles jusqu’à Chécatika, où était un ancien établissement de pêche, commencé vers le milieu du seizième siècle et peut-être auparavant. Jacques Cartier visita Chécatika à son premier voyage, ei lui donna son nom. On y arrive par un canal de deux ou trois milles, si profond, que les plus gros vaisseaux y flotteraient à Taise, et si étroit, que souvent kl ne paraît pas avoir plus de cent pieds de largeur. On dirait une immense fissure produite dans le roc par quelque convulsion de la nature. Partout nous rencontrons des ports vastes et sûrs, dans lesquels sont abritées des goélettes ; les matelots s’occupent à faire la pêche de la morue, du hareng et du maquereau ; sur un espace de quatre lieues aüvdelà de Chécatika, la chaîne d’îles qui nous protégeait est interrompue, et nous sommes exposés à une forte houle qui vient du large.

La partie la plus mauvaise de la côte est à la baie des Rochers, où la mer est presque toujours grosse ; une berge ne peut sans danger entreprendre de la traverser lorsque le vent souffle vers la terre. Après avoir franchi ce passage, nous poursuivons notre course au milieu des îles Herbées, ainsi nommées parce qu’elles sont ceintes d"une lisière de prairies,

dont la verdure contraste avec la couleur monotone des rochers. Une des passes les plu? étroites est barrée par quatre seines, placées les unes près des autres et pleines de poisson. On nous apprit plus tard qu’elles renfer maient près de quatre mille barils de hareng. Cela suffisait pour charger plusieurs des vaisseaux mouillés auprès, dans le beau port de Bonne-Espérance.

Le port de Bonne-Espérance,nommé Bonny par les pêcheurs américains, est un des plu? vastes du Labrador ; il est complètement abrité par deux ou trois rangs d’îles, et on y peut entrer par quatre passages différents. Lors de mon arrivée, il s’y trouvait encore une cinquantaine de vaisseaux ; on me dit qu’au mois de juillet il y en avait eu jusqu’à cent. Ceux qui sont partis ont emporté des charges complètes.

Les îles qui environnent le port de Bonne- Espérance sont encore quelquefois nommées les îles de la Demoiselle. Ce nom s’étendait •adis à tout l’archipel qui borde la côte depuis les îles Brûlées jusqu’à Wapitugan. Selon Thévet, les îles de la Demoiselle ont ainsi été désignées parce que M. de Roberval aurait

laissé sur Tune d’elles sa nièce, t>cmoîsell6 Marguerite, avec un jeune homme et une vieille duègne normande. Après la mort de ses deux compagnons d’infortune, la Demoiselle serait restée longtemps seule, et aurait enfin été délivrée de sa longue captivité par un navire qui venait faire la pèche dans ces parages. Il est à remarquer cependant que le vieux cosmographe, dans d’autres passages de ses ouvrages, a transporté la prison de la Demoiselle Marguerite sur plusieui^s points du golfe Saint-Laurent. Le nombre de ces îles est si grand, que Jacques Cartier paraît y avoir trouvé son arithmétique en défaut. ‘‘ Nous passâmes, ” dit-il, “ par le milieu des îles, qui sont si nombreuses qu’il n’est possible de les compter.”

La baie qui se trouve entre Bonne-Espérance et Blanc-S ablon a six lieues de traverse et est ouvette aux vents de la mer ; il faut ici encore attendre un temps favorable pour la passer. Heureusement nous étions au Labrador, où toutes les portes sont ouvertes au voyageur et particulièrement au prêtre. J’allai demander chez M. John Buckle une hospitalité qui me fut accordée avec empressement et avec joie. Quoique la famille soit ca-

Ihohque, le père est encore protestant ; cependant la réception qu’il me fit n’en fut pas moins cordiale. Les vents et la brume nous retinrent en ce lieu pendant trois jours, et ce ne fut que le vingt que nous pûmes reprendre la mer. Le soir même, j’arrivais au havre de Blanc-Sablon, où je trouvai la Marie-Louise prête à mettre à la voile le lendemain ; le P. Goopman était à la Longue-Pointe, devant laquelle je venais de passer. Comme on avait annoncé la prochaine arrivée d’un steamer, remontant de Belle-Isle à Québec, il s’était décidé à l’attendre. Pour moi, comme je n’étais point assuré que le vaisseau annoncé dût toucher à Blanc-Sablon, je me décidai à profiter de la goélette. Je m’exposais à être longtemps à remonter ; mais j’étais du moins certain de ne pas hiverner en ce lieu.

La Baie de Blanc-Sablon tire son nom des sables blancs d’une petite rivière, qui lui apporte le tribut de ses eaux. La baie et la rivière forment une extrémité de la ligne qui sépare le Labrador canadien du Labrador uni au gouvernement de Terreneuve. Sur la rive méridionale de la baie, s’avance la Longue- Pointe, formée de rochers tout différents de ceux que nous avons vus jusqu’à présent sur

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