‹ Le lactate d'alumine: Dans le traitement de l'auto-intoxication intestinaleChapitre 5 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le traitement de l’auto-intoxication intestinale a fait l'objet de nombreuses discussions.

Divers agents thérapeutiques ont été proposés, ayant tous une certaine valeur.

Mais la difficulté de réaliser l’antisepsie intestinale est grande ; pourtant on est d'accord pour reconnaître que les meilleurs moyens qui sont à la disposition du médeein, pour réaliser cette désinfection sont : 1° les antisepliques intestinaux (benzonaphtol, etc.) : 2° les purqatifs ; 3 le régime lacté.

Nous croyons trouver dans le lactate d’alumine la réunion, la synthèse de tous ces moyens d’action et c’est pourquoi nous le proposons comme agent thérapeutique.

Nous commencerons par rappeler les effets de l’autointoxication intestinale avec ses conséquences morbides; nous exposerons ensuite pourquoi et comment nous instituons le traitement de ces affections par le lactate d’alumine.

L'’auto-intoxication intestinale et ses

conséquences morbides.

La notion récente de l’auto-intoxication intestinale, qui s’est fait jour dans ces dernières années à la faveur de nombreux travaux scientifiques français et étrangers, a rompu les anciens cadres de la pathologie générale et nécessité la revision du chapitre étiologique d’un grand nombre d’affections en apparence très étrangères l’une à l’autre.

Un nom domine tous les autres dans cette étude, c’est celui de M. le professeur Bouchard, qui, en trouvant et en démontrant la théorie de l’auto-intoxication, à jeté une singulière lueur sur le chapitre autrefois st obscur des troubles gastro-intestinaux, à qui on ne savait assigner une origine définie.

Les connaissances nouvelles qu'il nous à apporté nous ont révélé l'existence, même chez l’homme sain, d’une intoxication continue par des substances élaborées dans l'intestin au cours de la digestion la plus normale. Mais d'ordinaire l'organisme est suffisamment armé pour la défense, et les effets de cet empoisonnement sont rapidement annthilés.

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I n'en est plus de même lorsque la quantité des poisons augmente dans des proportions notables ou quand la défense faiblit. Dans ces circonstances peuvent se produire toute une série de troubles morbides et d’affections variées, ayant {el ou tel organe pour siège et une physionomie clinique très différente suivant les cas, mais reconnaissant {ous pour cause pathogénique l’autointoxicalion intestinale.

Les bactéries intestinales et leur rôle.

Notre intestin est peuplé d'un nombre immense de parasites bactériens qui y pénètrent après la naissance avec l'air et les aliments.

A la naissance, le méconium ne contient pas de microbes ; les germes n'apparaissent que quelques heures après.

Si l'enfant est nourri au sein, une espèce prédomine el constitue à elle seule presque toute la flore : c’est le bacillus bifidus communis de Tissier. Si l'enfant est élevé au biberon, les bactéries sont bien plus nombreuses el variées : à côté du bacillus bifidus pullulent le bactérium coli commune, le bacillus lactis acrogenes, le streptocoque intestinal, etc.

Chez l'adulte, la flore intestinale est d’une richesse incomparable.

Le nombre des microbes, relativement moins considérable dans le duodénum, va en s’accroissant progressivement et atteint son apogée dans’ le cæcum, réservoir à fermentations, où pullulent les bactéries les plus diverses, aérobies et surtout anaérobies.

On trouvera dans le remarquable ouvrage du professeur Roger (Alimentation et Digestion. Paris, 1907,

res pages 356 et 357) l'énumération de toutes ces espèces bactériennes, qui varient suivant une foule de circonstances el surtout suivant le régime alimentaire.

Il semble bien que les bactéries intestinales jouent dans la digestion un rôle utile. Par les ferments, les zymases qu'elles secrètent, elles réaliseraient une seconde digestion, une digestion complémentaire.

Il y a des bacilles qui transforment les amidons en sucre, qui émulsionnent les graisses ; d'autres qui transforment les substances azotées, comme font les euzymes de l'estomac ou de l'intestin. Il est même certains aliments, la cellulose par exemple, que seule l'action des microbes est capable de transformer et de rendre assimilables.

Mais l’action des microbes ne se borne pas à cette heureuse intervention ; elle exerce dans l'intestin des modifications plus profondes, des fermentations et des putréfactions, de sorte que la présence des bactéries a pour résultat de « transformer le tube digestif, même à l'état normal en un réceptacle et en une fabrique constante de poisons » (Marfan).

Les euzymes digestifs décomposent l'albumine Jusqu'à la formation des corps cristallisés (ne donnant plus la réaction du biuret) mono et di-aminés et se limitent à cette action.

La digestion microbienne détermine la formation de ces mêmes corps aminés, mais, poussant plus loin la désagrégation de la molécule albumineuse, elle attaque ces corps à leur tour et forme des dérivés de la série grasse aromatique. (D’après Combe, de Lausanne: Auwtointoricalion intestinale. Paris, 1907.)

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Les corps aromatiques ainsi formés : phénol, crésol, paracrésol, indol, scatol, sont relativement peu toxiques.

Bien plus dangereux sont les corps de la série grasse, sels ammoniacaux et surtout ptomaïnes (alcaloïdes de putréfaction), dont l’action rappelle celle de l’atropine et du curare.

La putréfaction microbienne donne en outre naissance à des gaz et produit en particulier de l'hydrogène sulfuré, très toxique. |

Voilà done une première série de poisons nés de l’action des microbes intestinaux (anaérobies surtout) sur les substances albuminoïdes. Mais les putréfactions microbiennes ne sont pas la seule cause de la toxicité du contenu intestinal, car cette toxicité diminue du duodénum au gros intestin, alors que le nombre des bactéries augmente.

A mesure qu'elles cheminent dans l'intestin, les matières perdent de leur toxicité.

C'est dans la partie supérieure de l'intestin grêle que se trouvent les véritables poisons.

D’après le professeur Roger, les véritables substances toxiques du contenu intestinal sont représentées par des matières qui proviennent de l'intestin lui-même.

Les parois du tube intestinal renferment elles aussi (Roger et Josué) des matières toxiques et cette toxicité diminue comme celle du bol alimentaire, du duodénum au cœcum.

Roger et Garnier ont cherché à dissocier ces poisons ; ils ont trouvé que la substance toxique principale est annihilée par la chaleur, détruite (probablement coagu-

SOU lée) par l'alcool : elle rentre done vraisemblablement dans le groupe des albuminoïdes.

Mais à côté d'elle existent d’autres poisons, encore mal définis au point de vue chimique et seulement différenciés par leur action physiologique : poisons convulsivants et substances hypotensives. Ajoutons à cela l'action des toxines microbiennes, qui achèvent de transformer notre intestin en un laboratoire dangereux, el nous pourrons conclure avec M. Marfan que « le tube digestif est une source permanente d'intoxication et qu'on est.en droit de se demander comment il se fait que la santé puisse se maintenir en face de ces dangers, par quels procédés l'organisme se défend contre ces causes toujours menaçantes de maladies ».

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