PETIT-LAIT
Nous avons dit que dans l’altération spontanée du
lait le coagulum nageait dans un liquide verdâtre qu’on appelait sérum ou petit-lait. Ce liquide sert de boisson à un grand nombre de peuples : c’est le ürum lactis des Latins, Butlermilch des Allemands, whey des Anglais, dogh des Arabes, swero des Espagnols, vass/a des Suédois. Le petit-lait n’est pas seulement utilisé dans l’économie domestique et dans les arts, mais aussi en médecine.
Le petit-lait contient de l’albumine (lactalbumine), de la caséine, de la lactoprotéine, de l’urée, de la créatine, du sucre de lait et des sels.
Yoici ce qu’il est dit de son emploi pharmaceutique dans le formulaire de Boucbardat (1876) :
Le petit-lait est alimentaire, laxatif et diurétique ; comme agent de calorification, il contient de la lactine, qui devient très-facilement apte à être utilisée. Toutes les substances qu’il renferme n’ont pas besoin de l’intervention des sucs digestifs pour être absorbables et rendues propres à la nutrition. La caséine soluble a été modifiée par la présure dans la préparation du petit-lait; les sels sont ceux qui sont le mieux appropriés aux besoins de l’organisme par leur nature et les rapports dans lesquels ils se trouvent. Le petit-lait est quelquefois laxatif : c’est lorsqu’il n’est pas délayé dans l’estomac par l’afüux d’une quantité suffisante de suc gastrique; sa densité de 1,017 est trop élevée pour que l’absorption soit facile ; il est diurétique par l’eau qu’il introduit dans l’économie et par les sels de potasse qui animent l’activité éliminatoire des reins.
ÉTUDE SUll LE BEURRE ET SES FALSIFICATIONS. 23 5
L’usage du petit-lait en quantité trop élevée détermine quelquefois des vomissements, des coliques; il pèse à l’appareil digestif, parce qu’il n’est pas toujours promptement absorbé; on obvie à ces inconvénients en le coupant avec de l’eau. Le petit-lait peut rendre de grands services dans la phthisie au début, coïncidant ou succédant à la scrofulose ; on l’a heureusement employé pour combattre les phénomènes fébriles qui se montrent à certaines phases de cette affection; il est plus sûrement efficace dans la bronchite chronique ouïes affections broncho-pulmonaires qui simulent la tuberculose. Dans ces maladies, on doit préférer le petit-lait de brebis ou à défaut celui de chèvre.
Les engorgements du foie et de la rate, la forme abdominale de l’hypochondrie, les hémorrhoïdes, la constipation opiniâtre, la polysarcie ou l’obésité, quelques affections cutanées, sous la dépendance delà scrofule ou de l’âge, sont heureusement combaltus par les cures de petit-lait. Les affections de nature hyposthénique chez les femmes et les enfants, la convalescence des maladies graves, les épuisements causés par les excès de la vie, l’hystérie, les troubles nerveux entretenus par. la faiblesse de toute l’économie, voilà les affections qui peuvent être heureusement modifiées par les cures de petit-lait (E. Carrière).
Mais n’oublions pas que la cure est merveilleusement secondée par l’exercice et par la gymnastique des poumons qu’impose le séjour dans l’atmosphère raréfiée et pure des montagnes.
Dose. — On prend le matin à jeun 120 grammes de petit-lait au moment où l’on vient de le préparer ; on se promène un quart d’heure et on en prend encore 120 grammes. Ces doses suffisent au commencement de la cure; si aucun dérangement digestif ou intestinal ne s’y oppose, la quantité peut être doublée, quatre ou cinq verrées de 120 grammes chacune dans la journée. Pour les tuberculeux qui prennent le petitlait de brebis ou de chèvre, trois verres, séparés par une demi-heure, suffisent. La cure doit durer six ou huit semaines au moins, mais toujours autant que possible le petit-lait doit être pris aussitôt que le lait est caillé par l’aclion de la présure.
Stations. — Nous n’indiquerons que les stations françaises ou suisses. Celles de l’Allemagne, qui ont été beaucoup vantées, sont loin d’offrir des avantages comparables au point de vue de l’altitude et des autres conditions hygiéniques. En Suisse, le canton le plus usité est celui d’Appenzel ; on se rend à Gais et à Wiesbad. Dans l’Oberland de Berne, il faut citer Interlaken et Aaormuth ; Engelbert dans le canton d’Unterwald, et enfin Rohrbach sur le lac de Constance, qui convient aux phthisiques, de même que Fured sur le lac Balaton (saison du 15 juin au 15 septembre).
En France, les stations de petit-lait doivent être établies au voisinage des établissements thermaux. Nous ajouterons qu’à Saint-Nectaire on peut suivre une cure de petit-lait dans un établissement parfaitement établi au milieu des pâturages renommés de
cette partie de l’Auvergne. La durée de la cure est de vingt à trente jours. Le petit-lait s’associe très-bien aux eaux de cette station, qui renferment de la soude, de la magnésie, de la lithine, du fer, de l’iode et de l’arsenic. Par ce régime, on combat avec succès le rhumatisme chronique et surtout le rhumatisme goutteux ; on obtient également de bons résultats dans la diathèse scrofuleuse.
Lorsqu’il est administré à l’intérieur, voici comment le Codex ordonne de le préparer:^
Lait de vache pur 1 litre.
Portez le lait ii l’ébullition et ajoutez-y, par petites parties, s. q. d’une dissolution faite
avec acide tartrique 1 gr.
ou mieux d’acide citrique.
Eau. 8 gr.
Quand le coagulum sera bien formé, passez avec expression, remettez le petit-lait sur le feu avec la moitié d’un blanc d’œuf, portez à l’ébullition ; passez et filtrez avec un papier lavé à l’eau bouillante.
Un moyen prompt et employé pour préparer le petit-lait est le suivant proposé par M. Gay. Après avoir battu un blanc d’œuf avec une petite quantité d’eau, on y ajoute successivement 1 litre de lait et 25 grammes de vinaigre ou quelquefois d’un soluté d’acide tartrique, en ayant soin d’agiter sans cesse; on porte è l’ébullition, on verse un peu d’eau pour apaiser le bouillon, on jette le tout dans une étamine et on filtre.
Quelques auteurs prétendent que, préparé avec de
la présure, le petit-lait est plus odorant et plus savoureux. Dans ce cas, le petit-lait doit être neutre ou n’accuser au papier à réactif qu’une très-légère acidité. Il faut environ trente gouttes de bonne présure liquide par litre de lait ou ^^^30 de présure par kilogramme de lait. Le petit-lait des crémiers est troublé par un peu de caséum en suspension. Il est moins digestif que celui des pharmaciens.
Le petit-lait s’associe très-bien avec les sirops de groseille, de capillaire et de limon; il s’administre chargé de principes médicamenteux. Nous trouvons les formules suivantes dans VOfficine de M. Dorvault.
Des médecins prescrivent quelquefois du petit-lait gazeux (petit-lait carbonique ou acidulé) qu’on trouve dans certains établissements de la Suisse et de l’Allemagne : c’est du sérum de lait de chèvre chargé de gaz acide carbonique.
On nomme petit-lait en poudre un mélange de sucre de lait 8*
— — — de gomme arabiq.. 2
— — — de sucre 30
destinés à être dissous dans un litre d’eau.
PETIT-LAIT ALUMINEUX :
Lait 7 gr. 50
Alun en poudre 3
Faites coaguler et filtrez (Bâtis).
Quelques formulaires ajoutent l’alun au petit-lait clarifié. Cette préparation se donne dans les hémorrhagies passives par petites tasses en l’édulcorant avec du sucre ou un sirop approprié.