MÉLANCOLIE
J’entends le murmure des vents qui se mêle aux frémissements de la pluie. Je suis triste, inquiète, éloignée de tout ce que j’aime, la société me gêne et me fatigue. Mais de toutes parts la nature me tend les bras ; c’est une tendre amie qui semble s’aflliger de ma douleur. Dans le fond des bois, le rossignol chante, il déplore sans doute comme moi l’absence de ce qu’il aime. Isolé sur le bord des eaux, voilà le saule de Babylone ; étranger, il se désole sur nos rives ; ne dirait-on pas qu’il murmure sans cesse :
L’absence est le plus grand des maux 1 !
Cet arbre, hélas ! est une amante infortunée. Une main barbare, en l’exilant de sa patrie, l’a séparée pour toujours de l’objet de sa tendresse. Chaque printemps, abusée par une folle espérance, elle couronne de fleurs sa longue chevelure, elle redemande aux vents les caresses de celui qui devrait embellir sa vie ; penchée sur le sein des fontaines, ne dirait-on pas que, séduite par sa propre image, elle cherche le bonheur au fond des eaux? Vaine recherche! Ni le zéphyr ni les nym-
* La Fontaine.
plies des fontaines ne peuvent lui rendre ce qu’elle a perdu, ce qu’elle désire toujours.
Oui, de tous les maux de la vie,
L’absence est le plus douloureux;
Voilà pourquoi ces arbres malheureux Sont consacrés à la mélancolie 4 .
Saule cher et sacré, le deuil est ton partage ;
Sois l’arbre des regrets et l’asile des pleurs ;
Tel qu’un fidèle ami, sous ton discret ombrage,
Accueille et voile nos douleurs *.