‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 3 sur 192 · JO · texte numérisé non relu

JO

* I a Fontaine.

Un soir, j’assistai à une de ces veillées ; après nous avoir conté une histoii’e de revenant qui nous avait fait transir de peur, ma nourrice demanda à ses aimables disciples quelle était, à leur avis, la plante la plus utile : « Mon père, dit la vive Ernestine, soutient que c’est la vigne, parce que son jus réchauffe en hiver, que ses berceaux rafraîchissent en été, que son bois est utile, que les troupeaux se nourrissent de son feuillage, et qu’on peut sculpter ses racines, car le patron de notre village est fait d’une racine de vigne. —• Oh ! si vous aviez été dans mon pays, reprit avec feu une jeune blonde, vous préféreriez comme moi le pommier ; car son fruit, qui est très beau, se conserve frais quand tous les autres ont disparu. D’ailleurs, la pomme ressemble à une fleur, elle nourrit l’homme, lui donne une boisson fort agréable, et l’arbre qui la produit prête son ombre au laboureur et alimente son foyer. Tous ces biens, le pommier les accorde sans demander, comme la vigne, de pénibles travaux. — Très bien, dis-je à la jeune fille, mais je crois deviner à votre partialité pour ce bel arbre, à vos yeux bleus, à votre teint délicat, que vous êtes née en Normandie. Pour moi, qui n’ai guère observé nos campagnes, j’ai lu que dans un pays bien loin d’ici, qu’on appelle les Indes, un arbre superbe donne aux hommes un vin fort agréable, des fruits délicieux, un abri impénétrable à la pluie et aux rayons du soleil, et des feuilles dont on fait sans peine une infinité de jolis ouvrages, et dont on pourrait se vêtir : cet arbre, c’est le palmier. — On voit bien, ma chère fille, me dit ma nourrice avec un doux sourire, que tu as étudié dans les livres les bienfaits de Dieu ; pour moi, qui les vois dans la nature, je crois que le blé, qui nourrit tant d’hommes, est de toutes les plantes la plus utile : sa paille couvre nos toits, on en fait des nattes et des chapeaux, et les peuples meurent quand sa récolte vient à manquer ; mais, avant de décider si le blé est le plus utile des biens, ditesnous votre pensée, chère Élise, vous qui, parmi toutes les fleurs, donnâtes l’autre jour le prix à la simple violette. A quelle plante accordez-vous le prix de l’utilité? — Je ne crois pas, reprit en rougissant la modeste Élise, qu’il y ait de plantes plus utiles que l’herbe des prairies. A toutes celles

PRINTEMPS

que vous avez nommées il faut des soins et de la culture, au lieu que l’herbe vient sans travail. Elle donne à l’homme de quoi se reposer, elle croît également par toute la terre ; d’ailleurs, les petits oiseaux mangent ses graines, les animaux la paissent, et l’homme peut vivre du laitage des animaux. Je crois aussi l’herbe la plus utile de toutes les plantes, parce que j’ai entendu assurer à un sage qui a pris soin de ma jeunesse que les choses les plus utiles sont toujours les plus communes ; et qu’y a-t-il au monde de plus commun que l’herbe des champs? » Nous applaudîmes toutes à ce discours, qui nous pénétra d’estime pour la modeste Élise et d’admiration pour la Providence, qui, dans une petite plante, a su cacher de si grands bienfaits.

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