INDIFFÉRENCE
Vois comme au printemps tout sourit, Les grâces font fleurir la rose;
L’air se tait, le flot s'assoupit Et sur le sein des mers repose.
Dans ce cristal brillant et pur Déjà le cygne plonge et nage,
Tandis que l’oiseau de passage Fend lentement un ciel d'azur;
Du jour plus douce est la lumière; Les sombres nuages ont fui,
Des trésors qu’enferme la terre Le germe s'est épanoui;
HIVER
Sur les rameaux, sous le feuillage.
Partout naît le fruit ou la fleur,
La vigne a repris son ombrage,
L’olivier son fruit, sa fraîcheur *.
Cette belle saison, qui anime tout dans la nature, et qui inspira au poète des amours des chants si doux, semble passer en vain pour la froide ibéride ; cette plante, dans tous les temps, nous présente son vert feuillage et ses corymbes blancs et inodores ; souvent, pour recueillir ses graines, la main du jardinier arrache le voile fleuri qui persiste à les couvrir. Ainsi le printemps et l’amour passent sans embellir cette insensible. La maternité arrive sans la flétrir; elle conserve sa parure jusque dans la décrépitude ; et, si son éclat nous rappelle celui des autres fleurs, c’est bien moins pour nous consoler de leur absence que pour nous faire regretter leurs grâces et leur doux parfum.
C’est sans doute à cause de son aspect monotone, toujours le même, que les femmes de l’Orient, qui ont inventé l’ingénieux langage des fleurs, ont fait de l’ibéride de Perse le symbole de l’indifférence.