SUR LES ROSES
ui jamais a su chanter et n’a pas chanté la rose? Les poètes n’ont pu exagérer sa beauté, ni parfaire son éloge, ils l’ont appelée, avec justice, fille du ciel, ornement de la terre, gloire du printemps; mais quelle expression a jamais rendu les charmes de cette belle fleur, son ensemble voluptueux et sa grâce divine? Quand elle s’entr’ouvre, l’œil suit avec
délices ses harmonieux contours. Mais comment décrire les portions sphériques qui la composent, les teintes séduisantes qui la colorent, le doux parfum qu'elle exhale? Voyez-la, au printemps, s’élever mollement sur son élégant feuillage, environnée de ses nombreux boutons ; on dirait que la reine des fleurs se joue avec l’air qui l’agite, qu’elle se pare des gouttes de la rosée qui la baignent, qu’elle sourit aux rayons du soleil qui l’entr’ouvrent ; on dirait que la nature s’est épuisée pour lui prodiguer à l’envi la fraîcheur, la beauté des formes, le parfum, l’éclat et la grâce. La rose embellit toute la terre • elle est la plus commune des fleurs. Le jour où sa beauté s’accomplit, on la voit mourir ; mais chaque printemps nous la rend fraîche et nouvelle. Les poètes ont eu beau la chanter, ils n’ont point vieilli son éloge, et son nom seul rajeunit leurs ouvrages. Emblème de tous les âges, interprète de tous nos sentiments, la rose se mêle à nos fêtes, à nos joies, à nos douleurs. L’aimable gaieté s’en couronne, la chaste pudeur emprunte son doux incarnat ; on lui compare la beauté, on la donne pour prix à la vertu; elle est l’image de la jeunesse, de l’innocence et du plaisir; elle appartient à Vénus, et, rivale de la beauté même, la rose possède comme elle la grâce plus belle encore que la beauté.
Anacréon, le poète des amours, a célébré la rose, et, pour la bien louer, il ne faut qu’emprunter ses chants :
Des fleurs je chante la plus belle,
La rose, trésor du printemps;
Thaïs, à ma chanson nouvelle »
Viens mêler tes aimables chants.
ÉTÉ
Des humains la foule charmée Admire ce don précieux,
Et la nure haleine des dieux De ses parfums est embaumée.
Dans la saison chère aux Amours, Des Grâces la foule riante,
Pour en composer ses atours,
Va cueLlir la rose naissante;
Vénus, empruntant ses couleurs,
En paraît encor plus charmante.
La rose est chère aux doctes Sœurs, Et le poëte heureux la chante:
Dans le buisson, pour la saisir,
La main glisse et brave l’épine;
Qu’il est doux alors de cueillir De l’Amour la fleur purpurine,
Et dans un ravissait loisir D’en savourer l’odeur divine!
Des festins la rose est l’honneur,
El dans ces jours où le buveur Livre à Bacchus son âme entière Pour lui moins douce est la lumière Que ne l’est cette aimable fleur.
Sans la rose que peut-on faire?
Des sages qu’Apollon préfère Lisez les vers harmonieux;
Elle teint les doigts de l’Aurore;
Des nymphes le bras gracieux Lui doit l’éclat qui le décore,
El des plus tendres de ses feux Vénus entière se colore.
Dans nos maux sa vertu souvent Fut utile au dieu d’Épidaure,
Et ses guirlandes sont encore Des morts le dernier ornement.
Bien que le temps lui fasse outrage, La rose orne encor le bocage.
Et, jusqu’à son dernier moment,
A les parfums de son jeune âge Me faut-il raconter comment La terre fit ce bel ouvrage?
Alors que, gisant sur les flots,
Sortit du sein de l’onde émue La belle reine de Paphos,
Cypris, rougissant d’être nue;
Quand, du cerveau du roi des cieux,
Terrible et respirant la guerre, S’élança la déesse altière Dont l’aspect fit trembler les dieux; Cybèle, à ce double prodige, N’opposa pour charmer les yeux Qu’un bouton et sa double tige.
L’Olympe en la voyant sourit,
Et sur la plante répandit Du nectar la douce rosée ;
Des parfums du ciel arrosée, Soudain, fraîche et majestueuse, Parut, sur la branche épineuse,
La rose que Bacchus chérit U